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Chikungunya

Maladie virale transmise par la piqûre de moustiques du genre Aedes, qui provoque une fièvre brutale et des douleurs articulaires souvent intenses. La guérison est le plus souvent complète, mais les douleurs des articulations peuvent durer des mois. Il n'existe pas de traitement antiviral : on soulage les symptômes et on évite les piqûres de moustiques.

Autres noms : Fièvre chikungunya, Maladie à virus chikungunya. En anglais : Chikungunya fever, Chikungunya virus disease. CIM-10 : A92.0. Système : Maladies infectieuses et parasitaires.

Définition

Le chikungunya est une maladie virale causée par le virus chikungunya (CHIKV), un virus de la famille des Togaviridae (genre Alphavirus), transmis à l'être humain par la piqûre de moustiques infectés [1].

Il se manifeste typiquement par une fièvre d'apparition brutale et des douleurs articulaires souvent intenses et invalidantes ; la maladie peut ressembler à la dengue ou au Zika [9].

Le code de la classification internationale des maladies (CIM-10) est A92.0 [10].

Causes et mécanisme

L'agent responsable est le virus chikungunya, de la famille des Togaviridae et du genre Alphavirus [1].

Les souches circulant en Afrique centrale appartiennent à la lignée East/Central/South African (ECSA). Dans l'épidémie de 2019 en République du Congo, les souches séquencées portaient la mutation A226V, interprétée par les auteurs comme une adaptation indépendante liée au remplacement du moustique vecteur [3]. Au Congo, la souche de 2011 appartenait aussi à la lignée ECSA [4].

Transmission et facteurs de risque

Le virus est transmis par la piqûre de moustiques Aedes aegypti et Aedes albopictus, qui piquent surtout pendant la journée [1].

En Afrique de l'Ouest et centrale, le virus est maintenu dans un cycle forestier entre primates non humains et moustiques Aedes de forêt [5]. Aedes albopictus a joué un rôle majeur dans la diffusion du virus au Cameroun et au Gabon en 2006 et 2007 [5].

Une personne infectée peut transmettre le virus à d'autres moustiques ; il lui est donc conseillé d'éviter les piqûres de moustiques pendant la première semaine de la maladie, pour limiter la transmission locale [7].

Le nouveau-né peut être infecté lors de l'accouchement par une mère infectée, ou par des piqûres de moustiques infectés dans les semaines qui suivent la naissance [1].

Épidémiologie

Monde. Le virus a été identifié dans plus de 110 pays d'Asie, d'Afrique, d'Europe et des Amériques [1].

Afrique centrale. Une revue systématique rapporte, pour l'Afrique centrale, une épidémie d'environ 50 000 personnes à Kinshasa en 1999-2000, de plus de 20 000 personnes à Libreville en 2007 et de plus de 8 000 personnes à Brazzaville en 2011 ; ces chiffres viennent de périodes et de méthodes de surveillance différentes et ne sont pas comparables entre eux [5]. Le génotype ECSA (lignée ECSA2) y prédomine [5]. Les auteurs soulignent un sous-diagnostic et une sous-déclaration de la maladie en Afrique [5].

République du Congo, 2011. Une étude a analysé 317 cas suspects, du 2 juin au 28 juillet 2011, dont 308 (97,2 %) vivaient à Brazzaville ; 37 (11,7 %) étaient confirmés par RT-PCR. Parmi les patients confirmés, 97,3 % avaient de la fièvre et 86,5 % des douleurs articulaires, et tous étaient négatifs pour la dengue [4]. Avant l'épidémie, 34,4 % de 517 donneurs de sang avaient déjà des anticorps, signe d'une circulation antérieure du virus ; ce chiffre ne représente pas la proportion de la population nationale [4].

République du Congo, 2019. Une épidémie a été déclarée le 9 février 2019 [2,3]. Entre le 1er janvier et le 14 avril 2019, 6 149 cas suspects ont été rapportés (environ 54 % de femmes) ; huit des douze départements sanitaires étaient touchés et 47 % des cas venaient du Kouilou. Sur 173 prélèvements sanguins analysés, 61 (35,3 %) étaient positifs en PCR. Aucun décès n'avait été notifié, et l'OMS estimait l'ampleur de l'épidémie probablement sous-évaluée, en raison de capacités de détection limitées [2].

L'investigation de 2019 a mis en évidence la lignée ECSA avec la mutation A226V ; un lot de moustiques Aedes albopictus était positif en RT-PCR [3].

Signes cliniques

L'incubation est habituellement de 4 à 8 jours (extrêmes 2 à 12 jours) selon l'OMS [1] ; le CDC indique 3 à 7 jours (extrêmes 1 à 12 jours) [9].

Le début est brutal, avec une fièvre (typiquement supérieure à 39 °C) et des douleurs de plusieurs articulations (polyarthralgies), en général des deux côtés du corps et symétriques, parfois sévères et invalidantes [9].

  • douleurs musculaires (myalgies) et maux de tête [1,9] ;
  • gonflement des articulations (arthrite), conjonctivite [9] ;
  • nausées ou vomissements, fatigue [1,9] ;
  • éruption cutanée faite de petites taches et papules (maculopapuleuse) [9].

Les signes aigus disparaissent le plus souvent en 7 à 10 jours [9]. Chez certains patients, les douleurs articulaires persistent ou reviennent pendant des mois, voire des années [1,9].

Signes de gravité

Les formes graves sont rares. Le risque est plus élevé chez les nouveau-nés exposés autour de l'accouchement ou peu après la naissance, chez les personnes âgées (plus de 65 ans) et chez les personnes atteintes d'autres maladies, par exemple l'hypertension, le diabète ou une maladie cardiovasculaire [1,9].

Les complications rares comprennent l'inflammation de l'œil (uvéite, rétinite), du cœur (myocardite), du foie (hépatite) ou du rein (néphrite), des lésions cutanées bulleuses, des hémorragies, ainsi que des atteintes neurologiques : méningo-encéphalite, myélite, syndrome de Guillain-Barré, paralysies de nerfs crâniens [9].

Les décès sont rares ; ils surviennent surtout chez de très jeunes bébés ou chez des personnes âgées atteintes d'autres maladies [1].

Un nouveau-né, une personne âgée ou une personne atteinte d'une autre maladie qui présente de la fièvre avec des douleurs articulaires doit être examiné rapidement par un professionnel de santé [1,9].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Il faut évoquer un chikungunya devant une fièvre d'apparition brutale avec des douleurs articulaires, en tenant compte de la zone où la personne vit ou a séjourné [9].

Les signes peuvent se confondre avec ceux de la dengue et du Zika, surtout dans les premiers jours de la maladie [8]. Comparé à la dengue, le chikungunya provoque plus souvent une forte fièvre, des douleurs articulaires sévères, une arthrite, une éruption et une baisse des lymphocytes ; la dengue entraîne plus souvent une baisse des polynucléaires neutrophiles et des plaquettes, des hémorragies, un choc et la mort [9].

À Brazzaville en 2011, un score clinique appliqué à 126 patients vus dans les deux premiers jours de la maladie avait une valeur prédictive positive de 45 % et une valeur prédictive négative de 92 % : lorsque la maladie est peu fréquente, les signes cliniques seuls identifient mal les malades, d'où l'intérêt de la confirmation au laboratoire [4].

Examens biologiques

RT-PCR (recherche du virus) : le matériel génétique du virus peut souvent être détecté dans le sérum pendant les 8 premiers jours de la maladie [6]. L'OMS indique que la RT-PCR détecte le virus dans le sang prélevé pendant la première semaine [1].

Sérologie (recherche d'anticorps) : elle est utilisée après la première semaine de maladie [1,6]. Une sérologie IgM positive doit être confirmée par un test de neutralisation, car de faux positifs existent [6].

Si le prélèvement de la phase aiguë est négatif, un prélèvement de convalescence est nécessaire pour écarter définitivement le diagnostic [6].

Les examens du sang peuvent montrer une baisse des lymphocytes, une baisse des plaquettes, une élévation de la créatinine et des transaminases ; ils ne sont pas spécifiques [9].

Diagnostic différentiel

Il faut éliminer d'abord la dengue, qui peut coexister avec le chikungunya, et le Zika, dont les signes sont en général plus légers mais qui peut infecter le fœtus [9]. En cas de suspicion de chikungunya, le patient est pris en charge comme pour la dengue tant que celle-ci n'est pas écartée [7].

Autres diagnostics à considérer : paludisme, leptospirose, rougeole, rubéole, rickettsioses, infection à streptocoque du groupe A, infection à parvovirus, entérovirus ou adénovirus, infections par d'autres alphavirus, arthrite post-infectieuse et maladies rhumatismales [9].

Évolution, complications et pronostic

La majorité des patients guérissent, mais les douleurs articulaires peuvent durer des semaines, des mois, voire des années [1].

Certains patients gardent des douleurs des articulations (arthralgies) pendant des mois ou des années, ou présentent des rechutes des symptômes rhumatologiques dans les mois qui suivent la phase aiguë [9].

Traitement

Il n'existe pas de traitement antiviral spécifique du chikungunya ; la prise en charge repose sur le traitement des symptômes : repos, boissons abondantes, et médicaments contre la fièvre et la douleur [1,7].

Le paracétamol est le traitement de première intention de la fièvre et de la douleur dans les zones de dengue, tant que la dengue n'est pas écartée, afin de réduire le risque d'hémorragie lié à la dengue [7]. L'OMS recommande d'éviter les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) tant que la dengue n'est pas exclue [1]. L'aspirine et les AINS peuvent augmenter le risque d'hémorragie en cas de dengue [7].

En cas de douleurs articulaires persistantes, les AINS, les corticoïdes (y compris en application locale) et la kinésithérapie peuvent soulager les symptômes [7].

La posologie et la durée du traitement relèvent de la fiche du médicament et du protocole national [7].

Médicaments de la base cités dans cette fiche

Prévention

La prévention repose sur la lutte contre les moustiques et l'évitement des piqûres [1].

  • vêtements couvrants et répulsifs appliqués sur la peau exposée ou sur les vêtements, selon la notice du produit (DEET, IR3535 ou icaridine) [1] ;
  • moustiquaires aux portes et aux fenêtres, moustiquaires imprégnées d'insecticide [1] ;
  • élimination des eaux stagnantes où les moustiques pondent [1] ;
  • pulvérisation d'insecticides par les services de lutte contre les moustiques, lors des flambées [1].

Une personne malade doit éviter les piqûres de moustiques pendant la première semaine de la maladie afin de ne pas infecter d'autres moustiques [7].

Deux vaccins contre le chikungunya ont reçu des autorisations de mise sur le marché ou des recommandations d'usage dans plusieurs pays, mais ils ne sont pas encore largement disponibles ni utilisés à grande échelle [1].

Quand consulter en urgence

Consultez un professionnel de santé en cas de fièvre brutale avec douleurs articulaires, surtout après des piqûres de moustiques ou si des cas sont signalés dans votre quartier : la dengue et le paludisme font partie des maladies à rechercher [7,9].

Consultez en urgence pour un nouveau-né, une personne âgée ou une personne atteinte d'une autre maladie (hypertension, diabète, maladie du cœur) qui a de la fièvre et des douleurs articulaires [1,9].

Évitez de prendre de l'aspirine ou des anti-inflammatoires sans avis médical tant que la dengue n'a pas été écartée [1,7].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Chikungunya (aide-mémoire). 2025. Version du 14 avril 2025 (en anglais).
  2. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Chikungunya – Congo (Disease Outbreak News). 2019. Bulletin du 1er mai 2019 (en anglais).
  3. Revue à comité de lecture · Vairo F, et al. Chikungunya Outbreak in the Republic of the Congo, 2019—Epidemiological, Virological and Entomological Findings of a South-North Multidisciplinary Taskforce Investigation. Viruses. 2020;12(9):1020. 2020. Résumé et article en libre accès.
  4. Revue à comité de lecture · Moyen N, et al. First Reported Chikungunya Fever Outbreak in the Republic of Congo, 2011: Clinical, Epidemiological and Virological Findings. PLoS One. 2014;9(12):e115938 (publié le 26 décembre 2014). 2014. Résumé.
  5. Revue à comité de lecture · Russo G, Subissi L, Rezza G. Chikungunya fever in Africa: a systematic review. Pathog Glob Health. 2020;114(3):136-144. 2020. Revue systématique ; chiffres des épidémies d'Afrique centrale.
  6. OMS · Centers for Disease Control and Prevention. Clinical Testing and Diagnosis for Chikungunya Virus Disease. 2025. Mise à jour du 19 novembre 2025.
  7. OMS · Centers for Disease Control and Prevention. Treatment and Prevention of Chikungunya Virus Disease. 2026. Révision du 19 février 2026.
  8. OMS · Organisation panaméricaine de la Santé. Guidelines for the Clinical Diagnosis and Treatment of Dengue, Chikungunya, and Zika. 2022. Recommandations GRADE ; seule la présentation et la préface ont été lues.
  9. OMS · Centers for Disease Control and Prevention. Clinical Signs and Symptoms of Chikungunya Virus Disease. 2024. Révision du 15 mai 2024.
  10. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Classification internationale des maladies, 10e révision (CIM-10), version 2010 : A92.0 Chikungunya virus disease. 2010. Utilisée pour le code uniquement.

Fiche mise à jour le 11 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 11 octobre 2028.