Leptospirose
Zoonose due à des bactéries du genre Leptospira, éliminées dans l'urine d'animaux infectés, surtout des rongeurs. On s'infecte au contact d'eau, de boue ou de sol souillés, en particulier lors des inondations. La maladie va d'une fièvre banale à une forme grave avec atteinte du rein, du foie ou du poumon. Le diagnostic repose sur la PCR et la sérologie ; les antibiotiques, donnés tôt, sont le traitement habituel.
Autres noms : Maladie de Weil (forme grave avec jaunisse), Ictère hémorragique, Infection à Leptospira. En anglais : Leptospirosis, Weil's disease. CIM-10 : A27. Système : Maladies infectieuses et parasitaires.
Définition
La leptospirose est une maladie infectieuse due à des bactéries du genre Leptospira. C'est une zoonose : elle se transmet des animaux à l'être humain, par l'urine d'animaux infectés [1,5].
Elle se présente le plus souvent comme une maladie fébrile aiguë non spécifique, avec fièvre, douleurs musculaires et maux de tête ; la plupart des infections dans les zones d'endémie sont bénignes ou passent inaperçues, mais la maladie peut être grave et mortelle [5,6].
Causes et mécanisme
L'agent est une bactérie en spirale (spirochète) du genre Leptospira. Les souches pathogènes sont considérées comme des sérovars de L. interrogans ; on en compte plus de 250, répartis en 25 sérogroupes [1].
Presque tous les mammifères peuvent être des réservoirs : bovins, chevaux, moutons, chèvres, porcs, chiens et rongeurs. Les rongeurs sont la source principale de l'infection : ils éliminent les leptospires pendant toute leur vie sans être malades [1]. Le rat brun (Rattus norvegicus) est la source la plus importante des infections humaines [5].
Les animaux porteurs hébergent la bactérie dans les tubules de leurs reins et la rejettent dans leur urine [5].
Transmission et facteurs de risque
L'infection survient par exposition directe ou indirecte à l'urine d'animaux infectés, par contact avec des tissus d'animaux infectés ou par l'ingestion d'eau ou d'aliments contaminés [1].
La bactérie pénètre par les coupures et les écorchures de la peau, par la peau longtemps macérée dans l'eau et par les muqueuses intactes (nez, bouche, yeux) ; l'inhalation de gouttelettes d'urine est possible mais rare. La transmission d'une personne à l'autre est rare (rapports sexuels, grossesse, lait maternel) [1].
Les personnes les plus exposées sont les agriculteurs et ouvriers agricoles, les vétérinaires, les égoutiers, les travailleurs des abattoirs, les manipulateurs de viande, les militaires, les personnes qui pratiquent des sports nautiques en eau douce et les victimes de catastrophes naturelles comme les inondations [1].
La maladie est endémique dans de nombreuses régions tropicales et provoque de grandes épidémies après de fortes pluies et des inondations. Les habitants des bidonvilles urbains, où l'assainissement est insuffisant et le logement précaire, sont très exposés aux rats [5].
Épidémiologie
Monde. Une revue systématique estime à environ 1,03 million le nombre de cas et à 58 900 le nombre de décès par an dans le monde ; près de la moitié des cas (48 %) et 42 % des décès surviennent chez des hommes adultes de 20 à 49 ans [3].
Régions les plus touchées. Les estimations de morbidité et de mortalité les plus élevées concernent l'Asie du Sud et du Sud-Est, l'Océanie, les Caraïbes, l'Amérique latine et l'Afrique subsaharienne de l'Est [3]. Dans certaines régions, comme l'Afrique, peu d'études de qualité existent [3].
Charge de morbidité. Environ 2,90 millions d'années de vie corrigées de l'incapacité (DALY) seraient perdues chaque année, dont près de 80 % chez les hommes. Ce poids est supérieur à 70 % de celui du choléra estimé par l'étude Global Burden of Disease 2010 [4].
Maladie sous-diagnostiquée. La leptospirose est une cause fréquente de fièvre non différenciée et elle est souvent non reconnue ; en Afrique, sa charge a pu être attribuée à tort à d'autres fièvres, comme le paludisme [4,7]. Le risque devrait augmenter avec la croissance des populations pauvres des villes tropicales, les tempêtes et les inondations urbaines liées au changement climatique [5].
Signes cliniques
Le délai entre l'exposition et les premiers signes est le plus souvent de 7 à 10 jours (de 2 à 30 jours) [1] ; il est de 5 à 14 jours (de 2 à 30 jours) selon les CDC [2].
Phase septicémique (4 à 7 jours). Début brutal de fièvre, frissons, maux de tête, douleurs musculaires (surtout aux mollets et au bas du dos), nausées ; rougeur des yeux (conjonctives). La plupart des malades n'ont pas de jaunisse (5 à 10 % seulement) [1].
Intervalle (1 à 3 jours). La fièvre et les autres symptômes disparaissent temporairement [1].
Phase immune (jusqu'à 30 jours ou plus). La fièvre peut reprendre, avec atteinte du système nerveux (méningite) ; les leptospires disparaissent de la plupart des tissus, sauf des tubules du rein, d'où ils peuvent continuer à être éliminés dans l'urine pendant longtemps [1].
D'autres signes sont possibles, moins fréquents : toux, difficulté à respirer, vomissements, douleurs abdominales, diarrhée, douleurs articulaires, éruption cutanée [1,2].
Signes de gravité
Les formes graves sont regroupées en grands tableaux [1] :
- syndrome de Weil : jaunisse, insuffisance rénale, hémorragies et atteinte du muscle cardiaque avec troubles du rythme [1] ;
- méningite ou méningo-encéphalite [1] ;
- hémorragie pulmonaire avec insuffisance respiratoire (syndrome d'hémorragie pulmonaire sévère) [1,6].
La mortalité est élevée dans les formes graves : plus de 10 % pour la maladie de Weil et plus de 50 % pour le syndrome d'hémorragie pulmonaire sévère, même avec un traitement optimal [7]. Elle augmente avec l'âge, surtout après 60 ans [5]. Selon l'OMS, la létalité varie de moins de 5 % à 70 % selon les formes [1].
Une forte quantité de bactéries dans le sang est associée à une évolution défavorable. Les atteintes du rein, du foie et les hémorragies sont fréquentes dans les formes graves : le rein peut continuer à produire de l'urine malgré l'insuffisance rénale, l'élévation de la bilirubine vient d'une atteinte des cellules du foie, et les hémorragies sont associées à des anomalies de la coagulation [5].
Une personne qui a de la fièvre après un contact avec de l'eau ou des rongeurs et qui présente une jaunisse, une toux avec crachats sanglants ou une gêne respiratoire, des saignements, une diminution des urines ou des signes de méningite doit être conduite sans attendre à l'hôpital : les formes graves peuvent être mortelles [2,5,7].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Le diagnostic clinique est difficile : la leptospirose se présente comme de nombreuses autres maladies, avec des symptômes variés et peu spécifiques [2]. Elle peut être confondue avec la grippe ou la dengue [5].
Le contexte compte : séjour en zone d'endémie, contact avec de l'eau douce, de la boue ou le sol après des pluies ou des inondations, exposition professionnelle ou de loisirs aux animaux ou à l'eau [1,5].
Devant une forte suspicion clinique, les CDC recommandent de débuter les antibiotiques sans attendre les résultats [2]. Le retard au diagnostic, lié au manque d'infrastructures et de suspicion clinique, contribue à la mortalité [6].
Examens biologiques
Le diagnostic de certitude repose sur la détection de l'ADN de Leptospira (PCR) dans le sang, le sérum, l'urine ou le liquide cérébro-spinal (en cas de signes neurologiques), ou sur la mise en évidence d'une réponse en anticorps. Le choix du test dépend de la durée des symptômes [2].
- Test de micro-agglutination (MAT) : examen sérologique de référence [1,10]. Il se fait sur deux prélèvements de sérum espacés dans le temps (sérums appariés) [10].
- Culture du sang, de l'urine ou de tissus, examen au microscope à fond noir, techniques de coloration, PCR [1].
- Détection d'anticorps par différentes techniques : ELISA IgM, tests d'hémagglutination indirecte, immunofluorescence, bandelettes, tests à flux latéral [1].
Une méta-analyse de 2024 (15 études) montre que la précision du MAT n'est pas élevée : sur sérums appariés, sensibilité de 68 % et spécificité de 75 % ; sur un seul prélèvement en phase aiguë, sensibilité de 14 % et spécificité de 86 %. Le MAT reste néanmoins l'examen de référence faute d'un test plus précis [10].
Diagnostic différentiel
Les signes de la leptospirose sont peu spécifiques : le diagnostic différentiel est vaste, et la confirmation repose sur le laboratoire [2,5].
| Maladie à évoquer | Éléments à connaître |
|---|---|
| Paludisme | Autre cause de fièvre des régions tropicales ; la charge de la leptospirose en Afrique a pu être attribuée à tort au paludisme [4]. |
| Dengue | Maladie fébrile de présentation semblable à la forme initiale de la leptospirose [5]. |
| Grippe | Syndrome fébrile avec douleurs musculaires et maux de tête, avec lequel la leptospirose peut être confondue [5]. |
| Méningites | La leptospirose peut elle-même donner une méningite pendant la phase immune [1]. |
| Autres causes de fièvre non différenciée | La leptospirose est une cause fréquente de fièvre non différenciée, souvent non reconnue [7]. |
Évolution, complications et pronostic
Dans les zones d'endémie, la plupart des infections sont bénignes ou sans symptômes [5]. Les formes graves, avec défaillance de plusieurs organes, surviennent dans 5 à 10 % des cas selon les CDC [2].
Même après la guérison, les leptospires peuvent continuer à être éliminés dans l'urine pendant longtemps [1].
L'évolution dépend de trois facteurs : les conditions d'exposition, la sensibilité de la personne et la virulence de la souche. Elle est plus sévère chez les personnes âgées [5].
Traitement
Le traitement repose sur les antibiotiques, à débuter dès que la maladie est fortement suspectée [2]. Les piliers du traitement sont les tétracyclines et les bêta-lactamines (pénicillines, céphalosporines) [6].
- Formes bénignes : un antibiotique par voie orale, comme la doxycycline (traitement de choix selon les CDC), l'azithromycine, l'amoxicilline ou l'ampicilline [1,2].
- Formes graves : pénicilline par voie intraveineuse (traitement de choix) ou ceftriaxone [1,2]. Les céphalosporines de troisième génération (ceftriaxone, céfotaxime) et les quinolones semblent aussi efficaces [1].
- Soins de soutien : en cas d'atteinte rénale, perfusion de liquides et d'électrolytes ; en cas d'insuffisance rénale avec peu d'urine, la mise en route rapide d'une dialyse peut sauver la vie [5].
Preuves. Une revue Cochrane de 2024 (9 essais, 1 019 participants) conclut que la certitude des preuves est très faible : on ne sait pas si les antibiotiques réduisent la mortalité, car les essais randomisés manquent de données solides sur les critères cliniques importants. Les essais ont comparé la pénicilline, la doxycycline, l'azithromycine, le céfotaxime et la ceftriaxone [8].
Médicaments de la base Africa Medical Data : doxycycline, azithromycine, amoxicilline, ampicilline, ceftriaxone et céfotaxime [1,2].
Les posologies et les durées de traitement ne figurent pas dans cette fiche : elles dépendent de l'âge, de la gravité et du protocole national. Elles sont données dans la fiche de chaque médicament [2].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
- Doxycycline (Antibiotique oral des formes bénignes (traitement de choix selon les CDC))
- Azithromycine (Alternative orale pour les formes bénignes)
- Amoxicilline (Alternative orale pour les formes bénignes)
- Ampicilline (Alternative pour les formes bénignes)
- Ceftriaxone (Céphalosporine de 3e génération, formes graves)
- Céfotaxime (Céphalosporine de 3e génération)
Prévention
Éviter le contact avec l'eau souillée. Ne pas boire, se baigner, nager ni patauger dans une eau qui peut être contaminée par de l'urine d'animaux, surtout après des inondations ou de fortes pluies ; éviter le contact avec des animaux potentiellement infectés [2].
- porter des vêtements de protection et couvrir les plaies avec un pansement imperméable [1] ;
- lutter contre les rats : éliminer les ordures, garder propres les abords des habitations, ne pas laisser de nourriture à l'extérieur [1] ;
- séparer les animaux d'élevage des habitations (clôtures, grillages) et vacciner chiens et bétail [1] ;
- améliorer l'assainissement : la prévention repose largement sur lui, mais il est difficile à mettre en place dans les pays pauvres [5,6].
Antibiotiques préventifs. Une revue Cochrane de 2024 (5 essais, 2 593 participants) ne trouve pas de preuve solide en faveur de la prophylaxie antibiotique (certitude faible à très faible) et note qu'elle pourrait augmenter les effets indésirables non graves [9]. Les CDC n'ont pas de recommandation standard de prophylaxie après exposition chez les personnes sans symptômes et la décision se prend au cas par cas, en raison du risque de résistance aux antibiotiques [2].
Vaccins. Des vaccins humains existent en France et à Cuba ; ils sont spécifiques de quelques sérovars et ne confèrent ni protection durable ni protection croisée [1].
Quand consulter en urgence
Consultez rapidement en cas de fièvre avec frissons, maux de tête, douleurs musculaires (mollets) et yeux rouges survenant dans les jours ou semaines qui suivent un contact avec de l'eau douce, de la boue ou des rongeurs, surtout après des inondations. Signalez cette exposition au soignant [1,2].
Urgence : jaunisse, essoufflement ou toux avec sang, saignements, urines très peu abondantes, raideur de la nuque ou confusion. Rendez-vous immédiatement à l'hôpital : une prise en charge précoce est essentielle dans les formes graves [1,5,7].
Le paludisme se manifeste aussi par de la fièvre : faites-vous tester pour ne passer à côté d'aucune des deux maladies [4].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- OMS · Organisation mondiale de la Santé, Bureau régional de l'Asie du Sud-Est. Leptospirosis: fact sheet. 2009. Aide-mémoire de 2009, lu en anglais.
- Référence professionnelle · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Clinical Overview of Leptospirosis. 2026. Page mise à jour le 2 juin 2026.
- Revue à comité de lecture · Costa F, et al. Global Morbidity and Mortality of Leptospirosis: A Systematic Review. PLoS Negl Trop Dis. 2015;9(9):e0003898. 2015. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Torgerson PR, et al. Global Burden of Leptospirosis: Estimated in Terms of Disability Adjusted Life Years. PLoS Negl Trop Dis. 2015;9(10):e0004122. 2015. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Haake DA, Levett PN. Leptospirosis in humans. Curr Top Microbiol Immunol. 2015;387:65-97. 2015. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Bharti AR, et al. Leptospirosis: a zoonotic disease of global importance. Lancet Infect Dis. 2003;3(12):757-771. 2003. Résumé.
- Revue à comité de lecture · McBride AJA, Athanazio DA, Reis MG, Ko AI. Leptospirosis. Curr Opin Infect Dis. 2005;18(5):376-386. 2005. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Win TZ, et al. Antibiotics for treatment of leptospirosis. Cochrane Database Syst Rev. 2024;3(3):CD014960. 2024. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Win TZ, et al. Antibiotic prophylaxis for leptospirosis. Cochrane Database Syst Rev. 2024;3(3):CD014959. 2024. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Valente M, et al. Diagnosis of human leptospirosis: systematic review and meta-analysis of the diagnostic accuracy of the Leptospira microscopic agglutination test, PCR targeting Lfb1, and IgM ELISA to Leptospira fainei serovar Hurstbridge. BMC Infect Dis. 2024;24(1):168. 2024. Résumé.
Fiche mise à jour le 6 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 6 octobre 2028.