Coqueluche
Infection respiratoire très contagieuse due à la bactérie Bordetella pertussis, qui provoque une toux en quintes prolongée pouvant durer plusieurs semaines. Elle est surtout dangereuse chez le nourrisson, qui peut faire des pauses respiratoires (apnées) et une pneumonie. La vaccination des enfants, avec des rappels et, dans certains pays, la vaccination de la femme enceinte, protège contre les formes graves.
En anglais : Pertussis, Whooping cough. CIM-10 : A37. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies de l'appareil respiratoire.
Définition
La coqueluche (pertussis en anglais) est une infection respiratoire très contagieuse. Dans les cas typiques, après un début semblable à un simple rhume (légère fièvre, nez qui coule, toux), la toux devient rauque et s'accompagne de « reprises » bruyantes, les quintes [1].
C'est une maladie évitable par la vaccination, surtout dangereuse chez le nourrisson [1,2].
Causes et mécanisme
La coqueluche est causée par la bactérie Bordetella pertussis [1]. Bordetella est un petit bacille à Gram négatif (coccobacille) aérobie ; la majorité des cas est due à B. pertussis, et une partie à Bordetella parapertussis [5].
Une autre espèce, Bordetella holmesii, décrite pour la première fois en 1995, peut provoquer des symptômes semblables à ceux de la coqueluche ; elle est souvent confondue avec B. pertussis parce que les tests habituels ne distinguent pas les espèces [10].
Transmission et facteurs de risque
La bactérie se transmet facilement d'une personne à l'autre, surtout par les gouttelettes émises en toussant ou en éternuant [1].
Les personnes malades sont les plus contagieuses jusqu'à environ 3 semaines après le début de la toux [1]. Pour la surveillance, on considère qu'une personne est contagieuse pendant 21 jours après le début des symptômes, ou jusqu'à 5 jours après le début d'un traitement antibiotique efficace [9].
Les nourrissons sont le plus souvent contaminés par un membre de leur famille [5]. Les adolescents et les adultes, dont la maladie est souvent moins typique, peuvent contaminer les nourrissons [4,6]. Une femme enceinte au troisième trimestre peut elle-même transmettre la coqueluche à son nouveau-né [9].
Épidémiologie
Monde. Selon des estimations par modélisation, la coqueluche aurait causé en 2014 environ 24,1 millions de cas et 160 700 décès chez les enfants de moins de 5 ans, dont 5,1 millions de cas et 85 900 décès chez les nourrissons de moins d'un an ; ces estimations sont très incertaines (de 7 à 40 millions de cas et de 38 000 à 670 000 décès selon les hypothèses) [3]. Les estimations de l'OMS pour 2013 donnaient encore environ 63 000 décès chez les enfants de moins de 5 ans [2]. Ces nombres sont très supérieurs aux cas déclarés : l'OMS indique plus de 264 000 cas notifiés dans le monde en 2025 [1].
Afrique. La Région africaine de l'OMS contribuait à la plus grande part de la charge estimée chez l'enfant de moins de 5 ans en 2014 : 33 % des cas (7,8 millions) et 58 % des décès (92 500) [3]. Les auteurs soulignent que la qualité de la surveillance limite la précision de ces estimations [3].
Résurgence. Même dans les pays à forte couverture vaccinale, des augmentations de cas ont été observées au cours des dernières années ; les raisons évoquées sont des changements de la bactérie, une meilleure connaissance et de meilleurs tests, et la baisse de l'immunité au cours du temps [5,6]. La charge de la maladie s'est déplacée des nourrissons vers les enfants d'âge scolaire et les adultes, qui deviennent la principale source de contamination des nourrissons [6].
Vaccination. En 2025, 85 % des nourrissons dans le monde avaient reçu les trois doses recommandées d'un vaccin contenant la valence coqueluche (DTC3) [1].
Signes cliniques
Les premiers symptômes apparaissent généralement 7 à 10 jours après la contamination : légère fièvre, nez qui coule et toux [1].
Dans les cas typiques, la toux devient ensuite rauque, avec des quintes suivies d'une reprise inspiratoire bruyante (« chant du coq » ou whoop) [1]. Les quintes de toux se maintiennent à la même fréquence pendant 2 à 3 semaines, puis diminuent progressivement [7] ; de nombreux enfants toussent ainsi pendant 4 à 8 semaines [1].
Chez le nourrisson, la toux peut être minime ou absente ; les signes évocateurs sont des apnées (arrêts respiratoires) et une cyanose (peau bleutée) [7].
Chez l'adolescent et l'adulte, la maladie est généralement moins sévère et la reprise bruyante est plus rarement observée [7]. Chez les personnes déjà vaccinées, la maladie peut être plus bénigne et la toux en quintes caractéristique peut manquer [7].
Pour la surveillance, la coqueluche est définie cliniquement par une toux durant au moins 2 semaines, en l'absence d'un diagnostic plus probable, avec au moins l'un des signes suivants : quintes de toux, reprise inspiratoire bruyante, vomissements après la toux, apnée (avec ou sans cyanose) [9].
Signes de gravité
La maladie est surtout dangereuse chez le nourrisson, chez qui elle est une cause importante de maladie grave et de décès [1]. Les formes graves nécessitant l'hospitalisation, y compris en soins intensifs, touchent surtout les enfants de moins de 3 mois [5].
Chez le nourrisson, les complications les plus fréquentes sont l'apnée (68 %) et la pneumonie (22 %) ; environ un tiers des nourrissons malades ont besoin de soins à l'hôpital, et des décès peuvent survenir [7]. La pneumonie est la complication la plus courante à tout âge ; les convulsions et l'atteinte cérébrale (encéphalopathie) sont rares et surviennent généralement chez de très jeunes nourrissons [1,9].
Un nourrisson qui présente des pauses respiratoires, une peau bleutée ou des quintes de toux épuisantes est une urgence : il doit être examiné sans délai, car la maladie peut être mortelle à cet âge [1,7].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Le diagnostic est évoqué devant une toux persistante en quintes, avec reprises bruyantes ou vomissements après la toux, surtout si un proche tousse depuis plusieurs semaines ; chez le nourrisson, il faut y penser devant des apnées même sans toux typique [7,9].
Le diagnostic est plus difficile chez le nouveau-né, qui présente souvent des signes atypiques, et chez l'adulte : ces présentations atypiques retardent la reconnaissance de la maladie et le traitement [4].
Définition de cas : toux d'au moins 2 semaines avec quintes, reprise bruyante, vomissements après la toux ou apnée, en l'absence d'un diagnostic plus probable [9]. Cette définition clinique est aussi utilisée pour estimer la charge de la maladie [3].
Examens biologiques
Culture : c'est la méthode de référence, la seule à identifier la bactérie avec une spécificité de 100 % ; elle est moins sensible que la PCR et demande jusqu'à 7 jours. Elle est plus utile pendant les 2 premières semaines de toux, avant tout antibiotique [9].
PCR (recherche du matériel génétique de la bactérie) : elle peut diagnostiquer la coqueluche de la 2e à la 4e semaine de toux, mais sa sensibilité diminue après 3 semaines [9]. Le prélèvement se fait par aspiration ou écouvillonnage du fond du nez et du pharynx (rhinopharynx postérieur), et non par un prélèvement de gorge ou de l'entrée du nez [9].
Sérologie (recherche d'anticorps) : elle est surtout utile entre la 2e et la 8e semaine après le début de la toux, mais n'est pas considérée comme confirmant le cas pour la déclaration [9].
La plupart des tests de routine ne distinguent pas les espèces de Bordetella, ce qui peut faire attribuer à B. pertussis des infections dues à B. holmesii [10].
Diagnostic différentiel
Une toux persistante n'est pas toujours une coqueluche : la définition clinique de cas suppose l'absence d'un diagnostic plus probable [9]. Des bactéries proches peuvent donner un tableau semblable :
| Cause à évoquer | Éléments à connaître |
|---|---|
| Bordetella parapertussis | Cause d'une partie des cas de coqueluche, avec un tableau voisin de celui de B. pertussis [5]. |
| Bordetella holmesii | Peut donner des symptômes semblables à ceux de la coqueluche et est fréquemment confondue avec B. pertussis ; sa sensibilité aux macrolides est plus faible qu'attendu [10]. |
Évolution, complications et pronostic
Sans complication, la toux en quintes s'atténue progressivement sur plusieurs semaines : de nombreux enfants toussent pendant 4 à 8 semaines [1,7].
Chez le nourrisson, la maladie peut être très grave et mortelle ; chez l'adolescent et l'adulte, les complications sont généralement moins sévères [7].
L'immunité acquise après la vaccination diminue avec le temps, ce qui contribue à la résurgence de la maladie et justifie les rappels [4,6].
Traitement
Antibiotiques. Les antibiotiques recommandés pour traiter la coqueluche, ou pour la prévenir chez les personnes exposées, sont les macrolides (azithromycine, clarithromycine, érythromycine) et le cotrimoxazole [8]. Le choix tient compte de l'âge, des effets indésirables, des interactions, de la facilité de prise et d'une éventuelle résistance aux macrolides [8].
Les macrolides sont préférés à partir de l'âge de 1 mois ; le cotrimoxazole est une alternative à partir de 2 mois, notamment lorsqu'une résistance aux macrolides est suspectée ou confirmée [8]. Chez le nourrisson de moins de 1 mois, les macrolides s'utilisent avec prudence, mais l'azithromycine reste le médicament de choix ; une sténose du pylore (rétrécissement de la sortie de l'estomac) a été rapportée avec l'érythromycine et l'azithromycine à cet âge, et ces nourrissons doivent être surveillés [8].
Moment du traitement. Le traitement est surtout utile dans les 1 à 2 premières semaines, avant les quintes : il peut alors atténuer les symptômes ; donné plus tard, il ne modifie pas l'évolution de la maladie ni la transmission [8]. Le repère habituel est de traiter dans les 3 semaines suivant le début de la toux à partir de 1 an, et dans les 6 semaines chez le nourrisson de moins d'un an et chez la femme enceinte [8].
Résistance. Une forte fréquence de B. pertussis résistant à l'érythromycine a été rapportée en Chine, où elle peut faire échouer le traitement empirique par macrolides ; dans ce contexte, un consensus d'experts réserve les macrolides aux infections dont la sensibilité est confirmée [6].
Entourage. Les antibiotiques sont aussi proposés, après exposition, aux personnes à risque de forme grave et à leurs proches [8].
Médicaments de la base Africa Medical Data : azithromycine, clarithromycine, érythromycine et cotrimoxazole [8].
Les posologies ne figurent pas dans cette fiche : elles dépendent de l'âge et du poids et sont données dans la fiche de chaque médicament et par le soignant [8].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
- Azithromycine (Macrolide recommandé pour traiter la coqueluche ou en prévenir la survenue chez les personnes exposées)
- Clarithromycine (Macrolide recommandé pour traiter la coqueluche (à partir de 1 mois))
- Érythromycine (Macrolide recommandé pour traiter la coqueluche (à partir de 1 mois))
- Cotrimoxazole (Alternative aux macrolides à partir de 2 mois, notamment en cas de résistance)
- Vaccin diphtérie-tétanos-coqueluche-polio (DTCP) (Prévention par la vaccination)
Prévention
Vaccination. La vaccination est le meilleur moyen de prévenir la coqueluche. Une série primaire de trois doses d'un vaccin contenant la valence coqueluche (DTC3) réduit le risque de forme grave du nourrisson [1].
L'OMS recommande la première dose dès l'âge de 6 semaines, les suivantes à 4 à 8 semaines d'intervalle (à 10-14 semaines puis 14-18 semaines), la série primaire étant idéalement terminée avant l'âge de 6 mois ; une dose de rappel est recommandée, de préférence au cours de la deuxième année de vie, et d'autres rappels peuvent être envisagés plus tard selon la situation locale [1,2]. Le vaccin combiné utilisé est détaillé dans la fiche vaccin diphtérie-tétanos-coqueluche-polio ; la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite ont leurs propres fiches [1].
Types de vaccins. Les vaccins à germes entiers (wP) sont réactogènes plus souvent que les vaccins acellulaires (aP), mais les deux ont un excellent profil de sécurité ; les vaccins aP peuvent être moins efficaces que les wP de meilleure efficacité, et leur protection s'estompe plus vite [2]. Chez les personnes de 7 ans et plus, seuls les vaccins aP doivent être utilisés [2].
Femme enceinte. Les programmes nationaux peuvent envisager une dose de vaccin Tdap au 2e ou 3e trimestre, au moins 15 jours avant la fin de la grossesse, pour protéger les nourrissons trop jeunes pour être vaccinés [1,2]. Cette stratégie est déployée dans de nombreux pays et a réduit la coqueluche chez les nourrissons ; elle pourrait atténuer légèrement l'efficacité de la vaccination des nourrissons plus tard, mais les modélisations prévoient qu'elle reste efficace pour protéger les nouveau-nés [11].
Rappel de l'adolescent. Un rappel à l'adolescence réduit la maladie chez l'adolescent, mais il n'est pas recommandé de façon générale pour protéger les nourrissons [2].
Isolement et entourage. La personne malade reste contagieuse jusqu'à 5 jours après le début d'un traitement antibiotique efficace ; les antibiotiques peuvent être proposés aux proches exposés à risque [8,9].
Déclaration obligatoire
La coqueluche est une maladie à surveiller : les cas sont classés d'après une définition clinique (toux d'au moins 2 semaines avec quintes, reprise bruyante, vomissements après la toux ou apnée) et, si possible, une confirmation par culture ou PCR [9].
Quand consulter en urgence
Consultez un centre de santé en cas de toux qui dure plus de 2 semaines, surtout si elle est en quintes, avec des vomissements après la toux, ou si un proche tousse depuis longtemps ; plus le traitement est précoce, plus il est efficace [8,9].
Urgence : chez un nourrisson, pauses respiratoires, peau ou lèvres bleutées, quintes qui l'épuisent, difficulté à respirer ou à boire, convulsions. Rendez-vous immédiatement dans un centre de santé ou un hôpital [1,7].
Vérifiez le carnet de vaccination de vos enfants : trois doses dans la première année de vie, puis un rappel, sont recommandées [1]. Une femme enceinte peut demander conseil à son soignant sur la vaccination pendant la grossesse [2].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Pertussis (page thématique). 2026. Définition, transmission, complications, vaccination, chiffres 2025.
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Pertussis vaccines: WHO position paper – August 2015. Wkly Epidemiol Rec. 2015;90(35):433-458. 2015. Lu à travers le résumé officiel de l'OMS (calendrier, vaccins wP et aP, grossesse, rappels).
- Revue à comité de lecture · Yeung KHT, et al. An update of the global burden of pertussis in children younger than 5 years: a modelling study. Lancet Infect Dis. 2017;17(9):974-980. 2017. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Kilgore PE, et al. Pertussis: Microbiology, Disease, Treatment, and Prevention. Clin Microbiol Rev. 2016;29(3):449-486. 2016. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Nieves DJ, Heininger U. Bordetella pertussis. Microbiol Spectr. 2016;4(3). 2016. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Mi YM, et al. Expert consensus for pertussis in children: new concepts in diagnosis and treatment. World J Pediatr. 2024;20(12):1209-1222. 2024. Résumé.
- OMS · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Clinical Features of Pertussis. 2025. Version du 1er décembre 2025.
- OMS · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Treatment of Pertussis. 2025. Version révisée le 2 décembre 2025.
- OMS · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Manual for the Surveillance of Vaccine-Preventable Diseases, Chapter 10: Pertussis. 2024. Définition de cas, période de contagiosité, examens de laboratoire.
- Revue à comité de lecture · Pittet LF, et al. Bordetella holmesii: an under-recognised Bordetella species. Lancet Infect Dis. 2014;14(6):510-519. 2014. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Briga M, et al. Maternal pertussis immunization and the blunting of routine vaccine effectiveness: a meta-analysis and modeling study. Nat Commun. 2024;15:921. 2024. Résumé.
Fiche mise à jour le 6 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 6 octobre 2028.