Poliomyélite
Maladie contagieuse due à un poliovirus, qui touche surtout les enfants de moins de 5 ans. La plupart des infections passent inaperçues, mais environ une sur 200 provoque une paralysie irréversible, le plus souvent des jambes, et 5 à 10 % des personnes paralysées meurent d'une paralysie des muscles respiratoires. Il n'existe aucun traitement curatif : seule la vaccination protège, et la maladie reste une urgence de santé publique de portée internationale.
Autres noms : Polio, Paralysie infantile, Poliomyélite antérieure aiguë. En anglais : Poliomyelitis, Infantile paralysis. CIM-10 : A80. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies du système nerveux.
Définition
La poliomyélite est une maladie infectieuse très contagieuse, due à un poliovirus. Elle touche principalement les enfants de moins de 5 ans [1].
Le virus existe sous trois types (poliovirus de type 1, 2 ou 3) [2]. Une infection sur 200 entraîne une paralysie irréversible, généralement des jambes [1].
Causes et mécanisme
La maladie est causée par l'un des trois types de poliovirus, des virus qui se multiplient dans l'intestin [1,2].
- les poliovirus sauvages, dont le type 1 (PVS1) circule encore dans deux pays d'endémie ; le poliovirus sauvage de type 2 a été déclaré éradiqué en 2015 [7] ;
- les poliovirus dérivés d'une souche vaccinale (PVDV) : virus issus du vaccin oral vivant atténué qui, en se multipliant longtemps, perdent leur atténuation et redeviennent capables de provoquer une paralysie [7]. L'OMS les définit par une divergence génétique de plus de 1 % (types 1 et 3) ou de plus de 0,6 % (type 2) par rapport à la souche vaccinale [2].
- Les PVDV sont classés en trois catégories : circulants (PVDVc, avec transmission dans la communauté), liés à une immunodéficience (PVDVi, isolés chez des personnes atteintes d'un déficit immunitaire primaire) et ambigus (PVDVa) [2].
Le risque d'émergence de PVDVc est lié à des populations insuffisamment vaccinées : après le retrait du composant de type 2 du vaccin oral en 2016, des flambées de PVDVc de type 2 ont été de plus en plus signalées [7].
Transmission et facteurs de risque
L'être humain est le seul réservoir connu du poliovirus [3]. La transmission se fait par voie fécale-orale et orale-orale ; la voie fécale-orale est plus fréquente là où l'accès à l'eau et à l'assainissement est médiocre [2]. Le virus peut aussi se transmettre par de l'eau ou des aliments contaminés [1].
Le virus est présent dans les sécrétions du nez et de la gorge pendant 1 à 2 semaines et peut être excrété dans les selles pendant plusieurs semaines, jusqu'à 6 semaines, même chez une personne qui n'a que peu de symptômes ou qui n'est pas malade [3].
Les personnes infectées sont les plus contagieuses dans les jours qui précèdent et qui suivent le début des symptômes ; la transmission se fait le plus souvent à partir de personnes dont l'infection est passée inaperçue [3].
Le poliovirus est très infectieux : près de 100 % des contacts non immunisés d'un enfant dans le foyer s'infectent, et plus de 90 % de ceux d'un adulte [3].
Épidémiologie
Monde, poliovirus sauvage. La transmission endémique du poliovirus sauvage de type 1 persiste dans certaines régions de l'Afghanistan et du Pakistan [1]. En 2024, 99 cas de poliovirus sauvage de type 1 ont été notifiés dans le monde, et 741 prélèvements d'environnement positifs (113 en Afghanistan, 628 au Pakistan) [5].
Situation en 2026. Lors de la 45e réunion du Comité d'urgence du Règlement sanitaire international (14 mai 2026), 4 cas de poliovirus sauvage de type 1 étaient notifiés en 2026 (3 en Afghanistan, 1 au Pakistan) ; 74 prélèvements d'environnement positifs avaient été notifiés (17 en Afghanistan, 57 au Pakistan). Le Comité a noté une tendance à la baisse, mais rappelé qu'elle ne prouve pas que la qualité des activités de vaccination soit suffisante pour interrompre la transmission [4].
Poliovirus dérivés d'une souche vaccinale. Selon l'OMS, 1 113 cas paralytiques de PVDVc ont été notifiés en 2020 et 691 en 2021 [2]. Au 30 avril 2026, 32 cas de PVDVc avaient été notifiés en 2026 (28 de type 2, 2 de type 3, 2 de type 1) dans 12 pays ; le Nigeria a notifié le plus grand nombre de cas de type 2 (66 en 2025, soit 30 % de la charge mondiale) [4]. Des détections de PVDVc2 ont aussi eu lieu en 2025-2026 dans d'autres pays d'Afrique, dont la RDC, l'Angola, le Tchad et la Somalie [4].
Un risque mondial. Aussi longtemps que le poliovirus circule quelque part, tout pays peut être touché : un poliovirus sauvage de type 1 a été détecté dans un prélèvement d'environnement en Allemagne en 2025, lié génétiquement à un virus identifié à Kandahar (Afghanistan) [5]. Le risque d'importation et de propagation dépend surtout de la couverture vaccinale, de l'assainissement et du niveau socio-économique [2].
Cible mondiale. Les objectifs de l'Initiative mondiale pour l'éradication de la poliomyélite sont d'interrompre la transmission endémique du poliovirus sauvage de type 1 en 2026 et d'arrêter les flambées de PVDVc2 d'ici 2028 [4].
Signes cliniques
Évolution des infections chez l'enfant [3] :
- environ 70 % des infections sont sans symptômes [3] ;
- environ 24 % sont une maladie mineure et non spécifique, sans atteinte du système nerveux (forme « abortive ») [3] ;
- 1 à 5 % donnent une méningite aseptique, sans paralysie [3] ;
- moins de 1 % provoquent une paralysie flasque [3].
Les premiers symptômes sont de la fièvre, de la fatigue, des maux de tête, des vomissements, une raideur de la nuque et des douleurs dans les membres [1].
Forme paralytique : le délai entre la contamination et la paralysie est de 7 à 21 jours ; il est de 3 à 6 jours pour la forme non paralytique [3]. On distingue [3] :
- la forme spinale, la plus fréquente (79 % des cas paralytiques en 1969-1979 aux États-Unis) : paralysie asymétrique qui touche le plus souvent les jambes [3] ;
- la forme bulbaire (2 % des cas) : faiblesse des muscles du visage, de la gorge et de la respiration, innervés par les nerfs crâniens [3] ;
- la forme bulbo-spinale (19 % des cas), qui associe les deux [3].
La paralysie est flasque et asymétrique, et touche surtout les jambes [3].
Signes de gravité
Parmi les personnes paralysées, 5 à 10 % meurent lorsque leurs muscles respiratoires cessent de fonctionner [1]. Chez l'enfant, la létalité de la poliomyélite paralytique est de 2 à 5 % ; elle atteint 15 à 30 % chez l'adolescent et l'adulte, et 25 à 75 % en cas d'atteinte bulbaire [3].
Une difficulté à avaler, à parler ou à respirer, ou une faiblesse du visage chez une personne qui a une paralysie récente, signe une atteinte bulbaire et une menace vitale : urgence immédiate [3].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Toute paralysie flasque aiguë (PFA) chez une personne de moins de 15 ans, ou à tout âge si l'on suspecte une poliomyélite, doit être investiguée : l'OMS utilise cette définition sensible pour dépister la maladie [2].
La paralysie flasque asymétrique, qui touche le plus souvent les jambes, oriente vers la poliomyélite [3], mais elle ne suffit pas à l'affirmer : d'autres causes donnent un tableau voisin et le diagnostic doit être confirmé au laboratoire [3,8,9].
Examens biologiques
Selles : c'est l'examen de choix. La culture virale des selles donne les meilleurs résultats ; le poliovirus est moins souvent retrouvé dans la gorge, et rarement dans le liquide céphalo-rachidien (LCR) ou le sang [3].
Il est recommandé de recueillir deux échantillons de selles à au moins 24 heures d'intervalle, dans les 14 jours suivant le début de la maladie [3].
Si un poliovirus est isolé, la RT-PCR et le séquençage génomique permettent de déterminer le type (1, 2 ou 3) et de distinguer un virus sauvage, un virus vaccinal (Sabin) et un PVDV [3].
Sérologie : deux prélèvements, le premier au début de la maladie et le second trois semaines plus tard ; une multiplication par quatre du taux d'anticorps évoque une infection par le poliovirus [3].
La surveillance repose sur la PFA et les analyses de selles. Un taux de PFA non poliomyélitique d'au moins 2 pour 100 000 enfants de moins de 15 ans indique que le système est assez sensible pour détecter une circulation du poliovirus [2].
Diagnostic différentiel
Une paralysie flasque aiguë peut avoir d'autres causes, et la poliomyélite ne se distingue pas toujours sur la seule clinique [8,9] :
| Maladie à évoquer | Éléments à connaître |
|---|---|
| Syndrome de Guillain-Barré | Fait partie des causes de paralysie flasque aiguë à distinguer de la myélite flasque aiguë, atteinte « de type poliomyélite » [8,9]. |
| Myélite transverse aiguë | Autre cause de paralysie flasque aiguë à distinguer de la myélite flasque aiguë [8,9]. |
| Accident vasculaire de la moelle épinière | Autre cause de paralysie flasque aiguë à évoquer devant un tableau comparable [8]. |
| Myélite flasque aiguë | Atteinte « de type poliomyélite » des cellules de la corne antérieure de la moelle, qui touche surtout l'enfant et s'accompagne d'anomalies de la substance grise à l'IRM ; elle est liée à des entérovirus non poliomyélitiques, notamment l'entérovirus D68 [8,9]. |
Évolution, complications et pronostic
Chez la plupart des personnes infectées, la maladie passe inaperçue ou reste bénigne ; chez environ une sur 200, la paralysie est irréversible [1,3].
Syndrome post-poliomyélitique : 15 à 40 ans après une poliomyélite paralytique contractée dans l'enfance, 25 à 40 % des personnes ressentent de nouvelles douleurs musculaires, une aggravation d'une faiblesse existante ou une nouvelle faiblesse ou paralysie. Ce n'est pas un processus infectieux : ces personnes n'excrètent pas de poliovirus [3].
Selon les recommandations françaises de 2026, il s'agit de nouvelles manifestations neurologiques et musculo-squelettiques survenant après une longue période de stabilité, en général d'installation lente. Il peut être difficile de les distinguer des effets du vieillissement [10].
Traitement
Il n'existe pas de traitement curatif de la poliomyélite : la protection repose sur la vaccination [1].
Syndrome post-poliomyélitique. Les recommandations françaises de 2026 ne retiennent aucun médicament : ni traitement de la cause (immunoglobulines, corticoïdes), ni traitement efficace contre la fatigue ou la faiblesse musculaire (comme la pyridostigmine) [10]. La prise en charge repose sur la rééducation physique et une approche multidisciplinaire, avec une réévaluation régulière de la douleur (traitements non médicamenteux par kinésithérapie) et un bilan annuel ; une attention particulière est portée à l'excès de poids et au risque d'ostéoporose et de fractures [10].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
Prévention
La vaccination est le seul moyen de se protéger : deux vaccins sont disponibles, le vaccin antipoliomyélitique oral (VPO, vivant atténué) et le vaccin antipoliomyélitique inactivé (VPI, injectable) [1,2].
- Calendrier recommandé par l'OMS : pour les pays qui utilisent le VPO, 3 doses de VPO bivalent (VPOb, types 1 et 3) et 2 doses de VPI. Dans les pays d'endémie et ceux très exposés au risque d'importation, une dose de VPOb à la naissance (dose zéro) précède la série [2].
- Pourquoi associer le VPI : le VPOb ne contient que les types 1 et 3. Contre le type 2, la séroconversion à 18 semaines était de 18,7 % avec le VPOb seul dans un essai mené en Inde, contre 68,6 % avec le VPOb plus une dose de VPI ; l'OMS indique que le VPOb suivi d'un VPI comble les lacunes d'immunité contre le type 2 [6,2].
- Le VPI protège peu l'intestin chez une personne jamais vaccinée, mais il peut réduire la quantité et la durée de l'excrétion du virus dans les selles chez les personnes déjà exposées au poliovirus sauvage ou au VPO, ce qui peut contribuer à réduire la transmission [2].
- Le VPO peut très rarement provoquer une poliomyélite paralytique d'origine vaccinale (environ 3,8 cas par million de naissances) et, par circulation prolongée, des PVDV ; il est contre-indiqué chez les personnes gravement immunodéprimées ou allergiques à un composant [2].
- Vaccins combinés : le VPI peut être administré avec d'autres vaccins de l'enfant (diphtérie-tétanos-coqueluche, Hib, hépatite B, rougeole, etc.) sans interférence cliniquement notable, par exemple sous forme de vaccin DTCP ou de vaccin diphtérie-tétanos-polio [2].
Riposte aux flambées : le VPO adapté au type de virus en cause reste le vaccin de choix pour interrompre rapidement la transmission [2]. Le nVPO2 (nouveau vaccin oral de type 2, génétiquement plus stable) est recommandé depuis novembre 2020 dans le cadre de l'utilisation d'urgence pour répondre aux flambées de PVDVc2, mais pas pour la vaccination systématique [2]. Depuis 2021, plus de 2 milliards de doses ont été administrées et plus de 80 % des pays touchés ont interrompu les flambées avec trois campagnes ou moins [4].
Personnes infectées par le [[d:vih|VIH]] : le VPI et le VPO peuvent être administrés sans danger aux personnes cliniquement bien portantes et dont l'immunité est stable [2].
Voyageurs : avant un voyage depuis un pays où circule un poliovirus, l'OMS recommande d'avoir terminé la vaccination selon le calendrier national et de recevoir une dose de VPI ou de VPOb entre 4 semaines et 12 mois avant le départ [2].
Rattrapage : les pays qui ont retardé l'introduction du VPI ou connu des ruptures de stock en 2016-2019 doivent rattraper dès que possible tous les enfants manqués [2]. Tous les agents de santé doivent avoir reçu une série complète de primovaccination [2].
Déclaration obligatoire
Toute paralysie flasque aiguë doit être signalée et investiguée, avec deux échantillons de selles, car c'est le moyen de détecter la circulation du poliovirus [2,3].
La poliomyélite est une urgence de santé publique de portée internationale au titre du Règlement sanitaire international : le Directeur général de l'OMS a confirmé le 21 août 2026 que la situation due au poliovirus sauvage de type 1 et aux PVDVc continue de la constituer [1,4].
Le Comité d'urgence formule des recommandations temporaires pour les pays touchés par une circulation de poliovirus sauvage ou de PVDVc [4].
Quand consulter en urgence
Consultez immédiatement un médecin si un enfant (ou un adulte) a une faiblesse ou une paralysie brutale d'un bras ou d'une jambe, surtout après de la fièvre, des maux de tête et une raideur de la nuque [1,3].
Urgence : difficulté à respirer, à avaler ou à parler après une paralysie récente. Rendez-vous immédiatement à l'hôpital [3].
Si vous avez eu une poliomyélite dans l'enfance et que vous constatez, des années plus tard, une fatigue, des douleurs ou une faiblesse nouvelles, parlez-en à votre médecin : il peut s'agir d'un syndrome post-poliomyélitique [3,10].
Si vous avez eu une poliomyélite dans l'enfance et que vous constatez, des années plus tard, une fatigue, des douleurs ou une faiblesse nouvelles, parlez-en à votre médecin : il peut s'agir d'un syndrome post-poliomyélitique [3,10].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Poliomyélite (aide-mémoire). 2025. Page consultée le 6 octobre 2026.
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Vaccins antipoliomyélitiques : note de synthèse de l'OMS, juin 2022. Relevé épidémiologique hebdomadaire. 2022;97(25):277-300. 2022. Note de synthèse OMS (position paper).
- Référence professionnelle · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Epidemiology and Prevention of Vaccine-Preventable Diseases (Pink Book), chapitre 18 : Poliomyelitis. 2024. Page révisée le 1er mai 2024.
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Statement of the Forty-fifth Meeting of the Polio IHR Emergency Committee. 2026. Réunion du 14 mai 2026 ; décision du Directeur général du 21 août 2026.
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Statement of the Forty-fourth Meeting of the Polio IHR Emergency Committee. 2026. Déclaration du 4 mars 2026.
- Revue à comité de lecture · Sutter RW, Bahl S, Deshpande JM, et al. Immunogenicity of a new routine vaccination schedule for global poliomyelitis prevention: an open-label, randomised controlled trial. Lancet. 2015;386(10011):2413-2421. 2015. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Aboshanab KM, Alshahrani MY, Enshasy HAE, Shabana MR, Majeed ABA. Insights on vaccine-derived poliovirus type 2 outbreaks and novel oral polio vaccine candidates. Diagn Microbiol Infect Dis. 2026;114(3):117221. 2025. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Murphy OC, Pardo CA. Acute Flaccid Myelitis: A Clinical Review. Semin Neurol. 2020;40(2):211-218. 2020. Résumé.
- Revue à comité de lecture · Helfferich J, Knoester M, Van Leer-Buter CC, et al. Acute flaccid myelitis and enterovirus D68: lessons from the past and present. Eur J Pediatr. 2019;178(9):1305-1315. 2019. Résumé.
- Référence professionnelle · Verschueren A, Cotinat M, Roseau J-B, Thefenne L, et al. French guidelines for post-polio syndrome and management of effects of aging in people with sequelae of acute anterior poliomyelitis. Rev Neurol (Paris). 2026. 2026. Résumé (recommandations de pratique).
Fiche mise à jour le 6 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 6 octobre 2028.