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Diabète gestationnel

Hyperglycémie (taux de sucre trop élevé dans le sang) qui apparaît ou est découverte pendant la grossesse et disparaît en général après l'accouchement. Elle est repérée par un test de glycémie, le plus souvent entre 24 et 28 semaines. Sans traitement, elle expose à un bébé trop gros, à des complications de l'accouchement et à l'hypoglycémie du nouveau-né. Une alimentation adaptée, l'activité physique et, si besoin, un traitement médicamenteux réduisent ces risques ; un suivi après l'accouchement est nécessaire, car le risque de diabète de type 2 est très augmenté.

Autres noms : Diabète de la grossesse, Diabète gravidique, Hyperglycémie gravidique. En anglais : Gestational diabetes mellitus, GDM. CIM-10 : O24.4. Système : Grossesse et accouchement, Maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques.

Définition

Le diabète gestationnel est une hyperglycémie (taux de sucre trop élevé dans le sang) qui apparaît pendant la grossesse et disparaît après l'accouchement ; c'est la complication médicale la plus fréquente de la grossesse [2].

Il a longtemps été défini comme « tout degré d'intolérance au glucose dont le début ou la première découverte survient pendant la grossesse » ; cette définition n'exclut pas qu'une anomalie ait existé avant la grossesse [3].

Les experts distinguent aujourd'hui le diabète gestationnel du diabète manifeste (« overt diabetes »), c'est-à-dire un diabète probablement antérieur à la grossesse mais découvert pendant celle-ci [3]. Il n'existe pas de consensus mondial unique sur les seuils de glycémie qui justifient le diagnostic [2].

Causes et mécanisme

Les principaux facteurs de risque du diabète gestationnel sont [2] :

  • le surpoids et l'obésité de la mère [2] ;
  • un âge plus élevé à la grossesse [2] ;
  • un antécédent de diabète gestationnel [2] ;
  • des antécédents familiaux de diabète de type 2 [2] ;
  • l'origine ethnique [2].

Le nombre de jeunes femmes ayant une hyperglycémie ou un diabète de type 2 non diagnostiqués augmente, ce qui fait qu'une partie des cas découverts pendant la grossesse correspond à un diabète déjà présent avant [2,3].

Les risques pour la mère et l'enfant augmentent de façon continue avec la glycémie maternelle, y compris à des niveaux inférieurs à ceux du diabète : il n'existe pas de seuil net au-dessous duquel le risque disparaît [4].

Transmission et facteurs de risque

Le diabète gestationnel n'est pas une maladie contagieuse : il est lié à des facteurs propres à la femme enceinte (poids, âge, antécédents familiaux, origine) [2].

Il a des conséquences à long terme pour l'enfant, qui peut avoir plus tard un risque accru d'obésité et de troubles de la glycémie [2,3] ; l'OMS indique que les femmes ayant eu un diabète gestationnel, et parfois leur enfant, risquent davantage d'avoir ensuite un diabète de type 2 [1].

Épidémiologie

Monde. La prévalence mondiale du diabète gestationnel est estimée à 14 % des grossesses [8] ; une revue des recommandations nutritionnelles l'évalue à 7 à 9 % des grossesses [9]. Elle augmente avec l'obésité, l'âge des mères et la fréquence du diabète de type 2 chez les jeunes femmes [2,3]. Les chiffres varient selon les critères diagnostiques utilisés : avec les critères de l'IADPSG, 17,8 % des femmes de l'étude HAPO (environ 25 000 femmes) auraient eu un diabète gestationnel [3].

Afrique subsaharienne. Une méta-analyse de 2026 (49 études comparables, 16 pays, 27 540 femmes testées par hyperglycémie provoquée à partir de 24 semaines) trouve une prévalence de 14,0 % (intervalle de confiance à 95 % : 11,6 à 16,5), soit la même que la moyenne mondiale ; elle est de 10,2 % en Afrique australe, 13,9 % en Afrique de l'Est, 15,1 % en Afrique de l'Ouest et 18,0 % en Afrique centrale [8]. Les résultats sont très variables d'une étude à l'autre, et les petites études (moins de 300 participantes), celles utilisant des tests au point de soins ou publiées avant 2016 donnent des valeurs plus élevées [8].

Signes cliniques

Dans les sources consultées, le diabète gestationnel est repéré par des mesures de la glycémie (prise de sang à jeun ou test d'hyperglycémie provoquée) et non par des symptômes particuliers : le dépistage prévu pendant la grossesse est donc essentiel [2,3].

Ce sont surtout les conséquences pour l'enfant et la grossesse qui font la gravité de la maladie (voir plus bas) [4].

Signes de gravité

Dans l'étude HAPO (25 505 femmes enceintes de 9 pays), plus la glycémie de la mère était élevée, plus augmentaient, de façon continue, le risque d'un poids de naissance supérieur au 90e percentile (excès de poids du bébé, ou macrosomie), le risque de césarienne, d'hypoglycémie du nouveau-né et de taux élevé de peptide C dans le sang du cordon (signe que le bébé a sécrété beaucoup d'insuline) [4].

Des associations plus faibles ont été retrouvées avec l'accouchement avant 37 semaines, la dystocie des épaules ou le traumatisme à la naissance, les soins intensifs du nouveau-né, l'ictère du nouveau-né et la prééclampsie [4].

Chez les femmes ayant un diabète gestationnel, les risques de dystocie des épaules (blocage des épaules du bébé pendant l'accouchement) et de fracture ou de lésion nerveuse du bébé sont plus élevés sans traitement [5,6].

Le nouveau-né d'une mère ayant un diabète gestationnel peut présenter une hypoglycémie (glycémie trop basse) à la naissance : l'équipe qui accueille le bébé doit être informée du diabète de la mère [4].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Le diagnostic repose sur des mesures de la glycémie plasmatique ; il se fait habituellement par une hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO), un test où la femme boit une quantité de glucose et où la glycémie est mesurée avant puis après [2]. Dans certaines régions, un test de dépistage préalable non à jeun (test de charge en glucose) est utilisé pour choisir les femmes qui passeront l'HGPO complète [2].

Stratégie recommandée par le consensus international IADPSG (femmes sans diabète connu avant la grossesse) [3] :

  • À la première consultation prénatale : mesure de la glycémie à jeun, de l'hémoglobine glyquée (HbA1c) ou de la glycémie au hasard, chez toutes les femmes ou seulement celles à haut risque, selon la fréquence du diabète dans la population [3] ;
  • Entre 24 et 28 semaines : HGPO avec 75 g de glucose, après une nuit de jeûne, chez toutes les femmes chez qui aucun diabète ni diabète gestationnel n'a été trouvé plus tôt [3].

Seuils de l'IADPSG pour le diabète gestationnel (HGPO 75 g) : une seule valeur égale ou supérieure au seuil suffit à poser le diagnostic [3] :

Moment de la mesureSeuil du diabète gestationnel
Glycémie à jeun≥ 5,1 mmol/L (92 mg/dL) [3]
1 heure après la charge en glucose≥ 10,0 mmol/L (180 mg/dL) [3]
2 heures après la charge en glucose≥ 8,5 mmol/L (153 mg/dL) [3]

Une glycémie à jeun comprise entre 5,1 et 7,0 mmol/L (92 à 126 mg/dL) trouvée dès le début de la grossesse suffit aussi à parler de diabète gestationnel [3]. Ces seuils viennent de l'étude HAPO : ce sont les valeurs à partir desquelles le risque d'un gros bébé, d'un taux élevé de peptide C et d'un excès de graisse du bébé atteint 1,75 fois celui observé à la glycémie moyenne [3].

Diabète manifeste (diabète probablement déjà présent avant la grossesse) : glycémie à jeun ≥ 7,0 mmol/L (126 mg/dL), ou HbA1c ≥ 6,5 %, ou glycémie au hasard ≥ 11,1 mmol/L (200 mg/dL) confirmée par une glycémie à jeun ou une HbA1c [3].

Les recommandations des différents pays ne sont pas toutes identiques, notamment pour les cibles de glycémie après les repas (mesure à 1 heure ou à 2 heures ; seuils de 120 ou 140 mg/dL selon les pays) [9].

Examens biologiques

Glycémie plasmatique : elle doit être mesurée en laboratoire sur du plasma ou du sérum veineux, par une méthode enzymatique précise, avec un prélèvement bien traité pour éviter que le glucose ne se dégrade dans le tube ; les glycémies capillaires (au bout du doigt) et veineuses ne sont pas interchangeables [3].

HGPO 75 g : le test de référence de l'IADPSG, à faire à jeun, entre 24 et 28 semaines de grossesse [3]. Il généralise l'usage d'une charge de 75 g de glucose dans tous les contextes de soins [3].

HbA1c : elle sert surtout à repérer un diabète manifeste en début de grossesse ; son coût, sa standardisation et la fréquence des variants de l'hémoglobine dans certaines populations en limitent l'usage [3].

Surveillance de la glycémie à domicile : l'automesure de la glycémie fait partie de la prise en charge testée dans les essais de traitement du diabète gestationnel [5,6].

Après l'accouchement : une mesure de la glycémie doit être refaite chez toutes les femmes ayant eu un diabète gestationnel ou un diabète manifeste pendant la grossesse [3].

Diagnostic différentiel

Le diabète gestationnel doit être distingué des situations suivantes [3,4] :

SituationÉléments à connaître
Diabète de type 2 (ou autre diabète) déjà présent avant la grossesse, non diagnostiquéSe reconnaît par des seuils plus élevés (glycémie à jeun ≥ 7,0 mmol/L, HbA1c ≥ 6,5 % ou glycémie au hasard ≥ 11,1 mmol/L confirmée) ; il se traite comme un diabète préexistant [3].
Glycémie élevée mais sous les seuilsLes risques augmentent de façon continue avec la glycémie, sans seuil net ; les seuils choisis par consensus sont un compromis [3,4].

Évolution, complications et pronostic

Le diabète gestationnel disparaît en général après l'accouchement, mais il laisse un risque durable pour la mère comme pour l'enfant : obésité, troubles de la glycémie et maladies cardiovasculaires [2].

Dans une méta-analyse de 20 études (plus de 1,3 million de personnes), le risque de diabète de type 2 était presque 10 fois plus élevé chez les femmes ayant eu un diabète gestationnel que chez les autres (risque relatif 9,51) [7]. La fréquence cumulée de diabète de type 2 atteignait 16,5 % dans les populations d'origines mixtes, 15,6 % dans les populations en majorité non blanches et 9,9 % dans les populations blanches [7]. Il est donc important d'agir tôt après la grossesse pour prévenir l'apparition du diabète [7].

Pendant la grossesse, le diabète gestationnel s'associe aussi à une hypertension de la grossesse : en Éthiopie, les femmes ayant un diabète gestationnel avaient environ 3 fois plus de risque d'hypertension de la grossesse (OR 3,44) [10].

Le suivi à long terme de la mère et de l'enfant reste difficile, et peu de stratégies de prévention sont appliquées dans la plupart des pays [2].

Traitement

Le traitement vise à ramener la glycémie à la normale pour réduire les complications de la grossesse [2]. Le traitement du diabète gestationnel améliore les résultats immédiats de la grossesse : il réduit la croissance excessive et l'excès de graisse du bébé ainsi que les maladies hypertensives de la grossesse [2].

Mode de vie : l'alimentation adaptée et l'augmentation de l'activité physique sont les traitements de base [2]. Toutes les recommandations insistent sur la modération des glucides et sur un apport suffisant en fibres ; elles diffèrent sur la qualité des glucides (choix à faible index glycémique ou restriction du total) [9]. Les compléments (chrome, sélénium, oméga-3) ne sont en général pas recommandés [9].

Médicaments (principes, sans posologie) [2,11] :

  • [[m:insuline-humaine|Insuline]] : médicament habituellement utilisé quand la glycémie ne se normalise pas avec le mode de vie [2].
  • [[m:metformine|Metformine]] et [[m:glibenclamide|glibenclamide]] (glyburide) : antidiabétiques oraux employés dans certains pays [2] ; des essais ont fourni les données comparant le glibenclamide et la metformine à l'insuline pendant la grossesse [11].

Preuves de l'intérêt du traitement. Dans un essai randomisé, le traitement (conseils alimentaires, surveillance de la glycémie et insuline si besoin) a réduit les complications périnatales graves de 4 % à 1 % ; en revanche, davantage de nouveau-nés ont été admis en néonatologie (71 % contre 61 %) et davantage d'accouchements ont été déclenchés (39 % contre 29 %), sans différence de césarienne [5].

Chez les femmes ayant un diabète gestationnel léger (glycémie à jeun inférieure à 5,3 mmol/L), le traitement n'a pas réduit de façon significative le critère principal (mortinatalité, décès périnatal et complications néonatales), mais il a réduit la fréquence des bébés trop gros pour l'âge gestationnel (7,1 % contre 14,5 %), des poids de naissance supérieurs à 4 000 g (5,9 % contre 14,3 %), de la dystocie des épaules (1,5 % contre 4,0 %), de la césarienne (26,9 % contre 33,8 %) et de la prééclampsie ou de l'hypertension de la grossesse (8,6 % contre 13,6 %) [6].

Après l'accouchement : un contrôle de la glycémie est indispensable chez toutes les femmes concernées [3], car le risque de diabète de type 2 est presque multiplié par 10 [7].

Médicaments de la base cités dans cette fiche

Prévention

Le dépistage systématique ou ciblé du diabète gestationnel, suivi du traitement, réduit les complications périnatales [5,6].

Après la grossesse, la prévention porte sur le diabète de type 2 : le risque est le plus important dans les premières années, d'où l'intérêt d'agir tôt [7]. Le changement de mode de vie est le meilleur moyen d'éviter ou de retarder le diabète de type 2 : poids équilibré, activité physique d'au moins 150 minutes par semaine, alimentation saine, absence de tabac [1].

Les facteurs de risque connus du diabète gestationnel (surpoids, âge, antécédents familiaux, antécédent de diabète gestationnel) permettent de repérer les femmes à surveiller de plus près [2].

Quand consulter en urgence

Allez à toutes vos consultations prénatales et demandez le test de glycémie prévu entre 24 et 28 semaines de grossesse, surtout si vous avez des facteurs de risque (surpoids, antécédents familiaux de diabète, diabète lors d'une grossesse précédente) [2,3].

Si un diabète gestationnel a été diagnostiqué, faites contrôler votre glycémie après l'accouchement et gardez un suivi régulier ensuite, car le risque de diabète de type 2 est durablement augmenté [3,7].

Prévenez l'équipe de la maternité de votre diabète : le bébé peut avoir une glycémie trop basse à la naissance et doit être surveillé [4]. Une glycémie à jeun ≥ 7,0 mmol/L (126 mg/dL), une HbA1c ≥ 6,5 % ou une glycémie au hasard ≥ 11,1 mmol/L (200 mg/dL) pendant la grossesse évoque un diabète manifeste qui demande une prise en charge comme un diabète préexistant [3].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Diabète (aide-mémoire). 2024. Version du 14 novembre 2024.
  2. Revue à comité de lecture · McIntyre HD, Catalano P, Zhang C, Desoye G, Mathiesen ER, Damm P. Gestational diabetes mellitus. Nat Rev Dis Primers. 2019;5(1):47. 2019. Résumé.
  3. Référence professionnelle · International Association of Diabetes and Pregnancy Study Groups (IADPSG) Consensus Panel. International Association of Diabetes and Pregnancy Study Groups recommendations on the diagnosis and classification of hyperglycemia in pregnancy. Diabetes Care. 2010;33(3):676-682. 2010. Texte intégral (PMC2827530).
  4. Revue à comité de lecture · HAPO Study Cooperative Research Group. Hyperglycemia and adverse pregnancy outcomes. N Engl J Med. 2008;358(19):1991-2002. 2008. Résumé.
  5. Revue à comité de lecture · Crowther CA, Hiller JE, Moss JR, McPhee AJ, Jeffries WS, Robinson JS. Effect of treatment of gestational diabetes mellitus on pregnancy outcomes. N Engl J Med. 2005;352(24):2477-2486. 2005. Résumé.
  6. Revue à comité de lecture · Landon MB, Spong CY, Thom E, et al. A multicenter, randomized trial of treatment for mild gestational diabetes. N Engl J Med. 2009;361(14):1339-1348. 2009. Résumé.
  7. Revue à comité de lecture · Vounzoulaki E, Khunti K, Abner SC, Tan BK, Davies MJ, Gillies CL. Progression to type 2 diabetes in women with a known history of gestational diabetes: systematic review and meta-analysis. BMJ. 2020;369:m1361. 2020. Résumé.
  8. Revue à comité de lecture · Sabbagh IT, Seedat F, Hirose A, Wade AN. Prevalence of gestational diabetes mellitus in Sub-Saharan Africa: a systematic review and meta-analysis. AJOG Glob Rep. 2026;6(1):100607. 2026. Résumé.
  9. Revue à comité de lecture · Sirico A, Vastarella MG, Ruggiero E, Cobellis L. Systematic Review of Nutritional Guidelines for the Management of Gestational Diabetes Mellitus: A Global Comparison. Nutrients. 2025;17(14):2356. 2025. Résumé.
  10. Revue à comité de lecture · Abera EG, Gudina EK, Gebremichael EH, Sori DA, Yilma D. Double burden of gestational diabetes and pregnancy-induced hypertension in Ethiopia: A systematic review and meta-analysis of observational studies. PLoS One. 2024;19(10):e0311110. 2024. Résumé.
  11. Revue à comité de lecture · Landon MB. Maternal medical conditions part II: Diabetes, asthma, and factor V Leiden studies that changed practice. Semin Perinatol. 2026;50(3):152218. 2026. Résumé.

Fiche mise à jour le 13 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 13 octobre 2028.