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Fièvre hémorragique de Crimée-Congo

Maladie virale aiguë transmise par les tiques du genre Hyalomma et par le contact avec le sang ou les tissus d'animaux infectés ou de personnes malades. Elle va de l'infection bénigne à une fièvre hémorragique grave avec défaillance de plusieurs organes ; il n'existe ni vaccin ni traitement antiviral spécifique reconnu, et la prise en charge repose sur des soins de soutien intensifs.

Autres noms : Fièvre hémorragique d'Asie centrale, Fièvre du Congo, Infection par le virus de la FHCC, FHCC. En anglais : Crimean-Congo haemorrhagic fever, CCHF. CIM-10 : A98.0. Système : Maladies infectieuses et parasitaires.

Définition

La fièvre hémorragique de Crimée-Congo (FHCC) est une maladie virale aiguë transmise surtout par des tiques et par le contact avec le sang ou les tissus d'animaux infectés ; elle peut provoquer des flambées de fièvre hémorragique virale sévère [1].

Elle va de l'infection sans symptôme ou bénigne (plus de 80 % des cas selon l'ECDC) à une forme grave avec hémorragies, défaillance de plusieurs organes et décès [3,5].

Les premiers signes ne sont pas spécifiques : l'exposition (tiques, animaux, contact avec un malade) et la confirmation au laboratoire sont donc essentielles au diagnostic [5,7].

Causes et mécanisme

La maladie est due au virus de la FHCC, un virus à ARN simple brin de polarité négative, à trois segments de génome, de la famille des Nairoviridae et du genre Orthonairovirus [6]. Le segment M code les glycoprotéines Gn et Gc, le segment L la polymérase virale et le segment S la nucléoprotéine [6].

Les tiques du genre Hyalomma sont les vecteurs principaux ; d'autres genres de tiques (dont Rhipicephalus) peuvent aussi porter le virus [1,6]. Les animaux (bovins, moutons, chèvres, chevaux, porcs, oiseaux) servent d'hôtes aux tiques adultes, sans que la maladie se manifeste chez eux [6,1].

L'être humain est un hôte accidentel : il n'est pas une source d'infection pour les tiques [8].

Transmission et facteurs de risque

Par les tiques. La transmission se fait par la morsure d'une tique infectée, surtout du genre Hyalomma [1,10].

Par les animaux. Le contact avec le sang ou les tissus d'animaux infectés (abattage, découpe, soins vétérinaires) transmet le virus [1,2].

D'une personne à l'autre. Le virus se transmet par contact avec le sang ou les liquides biologiques d'une personne infectée [2]. Les infections à l'hôpital sont liées à une mauvaise stérilisation du matériel médical, à la réutilisation d'aiguilles et à la contamination des fournitures [1].

Incubation. Après une morsure de tique, elle est en général de 1 à 3 jours (9 jours au maximum) ; après contact avec du sang ou des tissus infectés, elle est en général de 5 à 6 jours (13 jours au maximum documentés) [1,6].

Les personnes les plus exposées sont les travailleurs de plein air, les agriculteurs, les éleveurs, les vétérinaires, les chasseurs et les professionnels de santé qui soignent un malade sans protection adaptée [3,2].

Épidémiologie

Monde. La FHCC est endémique en Afrique, dans les Balkans, au Moyen-Orient et en Asie, dans les pays situés en dessous de 50° de latitude nord [1] ; elle a été décrite dans plus de 30 pays [5]. La létalité est de 10 à 40 % selon l'OMS [1] ; elle atteint 30 % environ des cas graves hospitalisés en Europe [3] et jusqu'à 50 % des malades hospitalisés selon les CDC [2]. Lors des flambées, la létalité est le plus souvent de 5 à 30 %, mais des taux allant jusqu'à 62 % ont été rapportés [5].

Afrique. Du 1er janvier 1956 au 25 juillet 2020, 494 cas humains (dont 115 mortels) ont été rapportés en Afrique. Dix-neuf pays ont déclaré des cas, 30 pays ont des preuves de circulation du virus sans cas humain documenté et 12 pays n'ont aucune donnée ; les auteurs concluent que la FHCC africaine est sous-estimée par les lacunes de la surveillance [4].

Pays voisin. En République démocratique du Congo, une enquête menée de juin 2023 à juillet 2024 dans neuf provinces a trouvé des anticorps contre le virus chez 57,0 % de 1 118 bovins, 13,4 % de 1 020 porcs et 12,8 % de 180 travailleurs agricoles ; la réactivité atteignait 94,6 % et 90,7 % chez les bovins du Tanganyika et du Lualaba. Aucun cas humain n'y avait été signalé depuis 2008 [10].

Europe. La maladie est rare en Europe, où des cas ont été rapportés dans les Balkans et les régions méditerranéennes [3].

Signes cliniques

Le début est en général brutal [1]. La phase initiale (dite préhémorragique) dure souvent de 1 à 5 jours [5] ; elle associe [1,6] :

  • fièvre, maux de tête intenses, douleurs musculaires, articulaires et du dos, vertiges [1] ;
  • douleur et raideur de la nuque, sensibilité des yeux, peur de la lumière (photophobie) [1] ;
  • nausées, vomissements, diarrhée, douleurs abdominales, mal de gorge [1] ;
  • visage rouge, yeux rouges (conjonctivite) [2,6] ;
  • changements d'humeur, agitation puis somnolence ou confusion [1,2].

La phase hémorragique débute en général 3 à 5 jours après le début des symptômes et dure 1 à 3 jours [5]. Elle comprend des taches rouges sur la peau et les muqueuses (pétéchies), de larges ecchymoses, des saignements de nez, du sang dans les vomissements ou les selles, du sang dans les urines, des crachats sanglants et des saignements aux points d'injection [6,2].

Le foie peut grossir, avec des signes d'hépatite, et une insuffisance rénale, hépatique ou pulmonaire peut s'installer rapidement dans les formes graves [1,6].

Signes de gravité

Les formes graves évoluent vers une coagulation intravasculaire disséminée (troubles de la coagulation avec hémorragies), un choc et une défaillance de plusieurs organes [6,8].

Les facteurs associés à un mauvais pronostic comprennent une charge virale élevée, un taux de plaquettes très bas, des enzymes du foie très élevées, un temps de coagulation allongé (TCA), un fibrinogène bas, des saignements digestifs (méléna, hématémèse) et une somnolence [5].

La FHCC est rare pendant la grossesse, mais le risque de décès de la mère et du fœtus est élevé [3].

Fièvre brutale avec saignements, confusion ou somnolence, vomissements persistants ou baisse des urines après une morsure de tique ou un contact avec des animaux ou un malade : urgence nécessitant un transfert immédiat vers une structure capable d'isoler le malade et d'assurer des soins intensifs [2,5].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Le diagnostic clinique seul est difficile, car les symptômes sont peu spécifiques ; des examens de laboratoire sont recommandés chez tout patient fébrile vivant en zone d'endémie ou y ayant voyagé [7].

Il faut rechercher les morsures de tiques, le séjour en zone d'endémie, le contact avec des animaux ou des carcasses, l'abattage, le contact avec un malade suspect et les actes de soins exposants [5].

Une suspicion impose l'isolement immédiat du patient en chambre individuelle, l'information des autorités et le port d'équipements de protection adaptés [5].

Examens biologiques

Le diagnostic de certitude repose sur le laboratoire : détection de l'ARN du virus par amplification génique couplée à la transcription inverse (RT-PCR) ou détection de l'antigène, sérologie (anticorps), voire isolement du virus en culture cellulaire [1,2].

Les anticorps IgM apparaissent dès le 4e ou 5e jour de la maladie et les IgG après le 7e au 9e jour [5] : au début, la détection directe du virus est donc préférable à la sérologie.

Le bilan sanguin montre souvent une anémie, un faible taux de plaquettes (thrombocytopénie), des globules blancs en excès ou en baisse, des enzymes hépatiques (ALAT, ASAT) élevées, un allongement des temps de coagulation, une insuffisance rénale et une coagulation intravasculaire disséminée ; ces anomalies sont utiles pour évaluer la gravité mais ne sont pas spécifiques [5].

Les prélèvements sont très dangereux pour le personnel : le virus relève du niveau de confinement 4 en laboratoire (le travail sur le virus vivant n'est pas possible dans un laboratoire ordinaire) [6].

Diagnostic différentiel

Le diagnostic différentiel comprend la brucellose, la COVID-19, l'ehrlichiose, la grippe, la leptospirose, la maladie de Lyme, le paludisme, la fièvre Q, les rickettsioses, la salmonellose, l'encéphalite à tiques, les hépatites virales et les autres fièvres hémorragiques virales, comme la maladie à virus Ebola et la maladie à virus Marburg [5].

Chez la femme enceinte, le syndrome HELLP figure aussi dans le diagnostic différentiel [5].

Évolution, complications et pronostic

L'évolution comprend l'incubation, la phase préhémorragique, la phase hémorragique, puis la convalescence [6,5].

Chez les patients qui meurent, le décès survient en général avant le 10e jour de maladie ou durant la deuxième semaine [5,1].

Chez les survivants, l'amélioration commence environ 9 jours après le début de la maladie [6]. La convalescence débute entre le 10e et le 20e jour et peut durer jusqu'à un an, avec fatigue, maux de tête, faiblesse, troubles de la mémoire, baisse de l'audition ou de la vue, chute de cheveux ou atteinte des nerfs [5,6].

Traitement

Il n'existe pas de traitement antiviral spécifique reconnu pour la FHCC : la prise en charge repose sur des soins de soutien intensifs et précoces [1,2,6].

Les soins de soutien comprennent l'équilibre des liquides et des électrolytes, l'oxygène, le soutien de la pression artérielle, le traitement des autres infections et, dans les formes graves, la transfusion de plaquettes, de plasma frais congelé ou de facteurs de coagulation [2,6].

Ribavirine. Cet antiviral a été utilisé, avec des résultats jugés encourageants par l'OMS [1] ; les CDC précisent que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour établir son efficacité [2]. Une revue systématique de 21 études n'a pas montré de bénéfice dans l'unique essai randomisé (136 participants) ; les études d'observation, fortement biaisées, suggèrent une mortalité réduite de 44 %, avec des preuves de très faible qualité [9].

Une suspicion de FHCC impose un avis spécialisé et une prise en charge dans une structure capable d'isolement et de soins intensifs [5].

Prévention

Il n'existe pas de vaccin sûr, efficace et disponible à grande échelle pour l'être humain ou l'animal ; un vaccin inactivé est utilisé à petite échelle en Europe de l'Est [1,2].

Contre les tiques. Porter des vêtements protecteurs et de couleur claire, utiliser des répulsifs et des acaricides homologués, examiner régulièrement la peau et les vêtements et retirer les tiques, éviter les zones et les saisons à tiques [1]. Les CDC conseillent un répulsif contenant du DEET [2].

Avec les animaux. Porter des gants et des vêtements de protection lors de la manipulation d'animaux ou de tissus et à l'abattage ; mettre en quarantaine ou traiter les animaux avant l'abattage ; limiter les infestations de tiques dans les élevages [1,5].

Autour d'un malade. Éviter tout contact rapproché non protégé avec une personne infectée, porter gants et équipement de protection, se laver régulièrement les mains [1]. À l'hôpital : isolement en chambre individuelle dès la suspicion, équipement de protection comme pour les autres fièvres hémorragiques virales (masque de type N95 lors des gestes générant des aérosols), gestion sûre des déchets et désinfection de l'environnement [5]. Stérilisation correcte du matériel et non-réutilisation des aiguilles [1].

Déclaration obligatoire

La FHCC est une maladie à déclaration : un cas suspect doit être signalé aux autorités sanitaires [2,5].

Quand consulter en urgence

Consultez en urgence, en précisant la morsure de tique ou le contact avec des animaux, du sang ou un malade, en cas de fièvre brutale avec maux de tête intenses, douleurs musculaires, vomissements ou diarrhée après une exposition [1,5].

Saignements (nez, gencives, vomissements, selles, urines, points d'injection), taches rouges ou grosses ecchymoses sur la peau, confusion, somnolence ou baisse des urines : appelez les secours ou rendez-vous sans attendre dans un établissement de soins en signalant la suspicion de FHCC [1,2,5].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Fièvre hémorragique de Crimée-Congo (aide-mémoire). 2025. Version du 20 février 2025.
  2. OMS · Centers for Disease Control and Prevention. About Crimean-Congo Hemorrhagic Fever. 2025. Page révisée le 1er juillet 2025.
  3. OMS · European Centre for Disease Prevention and Control. Crimean-Congo haemorrhagic fever. 2025. Page thématique.
  4. Revue à comité de lecture · Temur AI, Kuhn JH, Pecor DB, Apanaskevich DA, Keshtkar-Jahromi M. Epidemiology of Crimean-Congo Hemorrhagic Fever (CCHF) in Africa - Underestimated for Decades. Am J Trop Med Hyg. 2021;104(6):1978-1990. 2021. Résumé et revue.
  5. Revue à comité de lecture · Frank MG, Weaver G, Raabe V. Crimean-Congo Hemorrhagic Fever Virus for Clinicians - Epidemiology, Clinical Manifestations, and Prevention. Emerg Infect Dis. 2024;30(5):854-863. 2024.
  6. OMS · Agence de la santé publique du Canada. Virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo : fiche technique santé-sécurité : agents pathogènes. 2024. Fiche modifiée le 11 mars 2024.
  7. Revue à comité de lecture · Raabe VN. Diagnostic Testing for Crimean-Congo Hemorrhagic Fever. J Clin Microbiol. 2020;58(4):e01580-19. 2020. Résumé.
  8. Revue à comité de lecture · Frank MG, Weaver G, Raabe V. Crimean-Congo Hemorrhagic Fever Virus for Clinicians - Virology, Pathogenesis, and Pathology. Emerg Infect Dis. 2024;30(5):847-853. 2024.
  9. Revue à comité de lecture · Soares-Weiser K, Thomas S, Thomson G, Garner P. Ribavirin for Crimean-Congo hemorrhagic fever: systematic review and meta-analysis. BMC Infect Dis. 2010;10:207. 2010. Résumé.
  10. Revue à comité de lecture · Halbrook M, Lombe Pongombo B, Merritt S, et al. Serologic evidence of Crimean-Congo hemorrhagic fever virus exposure among livestock and farmers in the Democratic Republic of the Congo. PLoS Negl Trop Dis. 2025;19(10):e0013648. 2025. Résumé.

Fiche mise à jour le 11 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 11 octobre 2028.