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Maladie à virus Marburg

Maladie virale rare mais grave, très proche de la maladie à virus Ebola, dont la létalité moyenne est d'environ 50 % (de 24 % à 88 % selon les flambées). Le virus passe de la chauve-souris frugivore (roussette d'Égypte) à l'être humain, puis d'une personne à l'autre par contact avec le sang et les liquides biologiques d'un malade ou d'un défunt. Il n'existe ni traitement ni vaccin approuvés : des soins de soutien précoces améliorent la survie et des produits expérimentaux sont à l'étude.

Autres noms : Marburg, Fièvre hémorragique de Marburg. En anglais : Marburg virus disease. CIM-10 : A98.3. Système : Maladies infectieuses et parasitaires.

Définition

La maladie à virus Marburg (MVM) est une maladie grave, souvent mortelle, proche de la maladie à virus Ebola : elle débute brutalement par de la fièvre, des maux de tête et un malaise, puis évolue vers des troubles digestifs sévères, des saignements et, dans les formes les plus graves, une défaillance de plusieurs organes [5].

Elle a été détectée pour la première fois en 1967, lors de deux flambées simultanées à Marburg et à Francfort (Allemagne) et à Belgrade (Serbie), d'où son nom [1].

Causes et mécanisme

La maladie est causée par le virus Marburg (MARV) ou le virus Ravn (RAVV), de l'espèce Orthomarburgvirus marburgense, de la famille des Filoviridae (filovirus), la même que celle du virus Ebola [1,5].

Il n'existe pas, à ce jour, de médicament ni de vaccin approuvé contre cette maladie [1,5].

Transmission et facteurs de risque

De l'animal à l'être humain. Le réservoir naturel du virus est la roussette d'Égypte (Rousettus aegyptiacus), chauve-souris frugivore de la famille des Ptéropodidés. L'infection humaine fait suite à une exposition prolongée dans des mines ou des grottes abritant des colonies de ces chauves-souris [1]. Lors de l'épidémie de 2024 au Rwanda, le premier malade identifié avait été exposé à des roussettes d'Égypte sur un site minier [6].

D'une personne à l'autre. Le virus se transmet par contact direct (à travers des éraflures ou les muqueuses) avec le sang, les sécrétions, les organes ou les liquides biologiques de personnes infectées, ou avec des surfaces et des matières contaminées par ces liquides [1].

Les cérémonies d'inhumation comportant un contact direct avec le corps du défunt contribuent à la transmission [1]. Les soignants sont exposés lors de soins de proximité si les précautions anti-infectieuses ne sont pas strictement appliquées ; du matériel d'injection contaminé et des piqûres d'aiguille ont aussi été en cause [1].

Le virus persiste chez certains survivants dans des sites protégés du système immunitaire (testicules, intérieur de l'œil, et pendant la grossesse le placenta, le liquide amniotique et le fœtus ; lait maternel pendant l'allaitement) ; une transmission par du sperme infecté a été rapportée jusqu'à sept semaines après la guérison clinique [1].

Épidémiologie

Monde. Le taux de létalité moyen est d'environ 50 %, avec des valeurs allant de 24 % à 88 % selon les flambées [1] ; une revue de 2026 rapporte une fourchette de 24 % à 90 % [5]. Les flambées ont longtemps touché surtout l'Afrique centrale et orientale ; ces dernières années, la maladie est apparue dans de nouveaux pays : Ghana (2022), Guinée équatoriale et Tanzanie (2023), Rwanda (2024), Éthiopie (2025), puis à nouveau la Tanzanie début 2025 [5].

Principales flambées récentes recensées par l'OMS [1] :

AnnéePaysCas rapportés
2005Angola374 [1]
2007Ouganda4 [1]
2008Pays-Bas et États-Unis (cas importés d'Ouganda)1 cas dans chacun des deux pays [1]
2012Ouganda15 [1]
2014Ouganda1 [1]
2017Ouganda3 [1]
2021Guinée1 [1]
2022Ghana3 [1]
2023Guinée équatoriale40 [1]
2023Tanzanie9 [1]
2024Rwanda66 [1,6]

Rwanda, 2024. L'épidémie a été déclarée le 27 septembre 2024 après la détection d'un groupe de cas de fièvre hémorragique virale dans deux hôpitaux urbains. Sur 6 340 patients suspects testés, 66 cas ont été confirmés, dont 51 (77 %) chez des professionnels de santé ; 15 patients sont décédés (létalité de 23 %) [6]. Cette létalité inférieure à la moyenne a pu être favorisée par les mesures de confinement, des soins de soutien avancés et l'accès à des traitements expérimentaux [6].

Signes cliniques

La période d'incubation varie de 2 à 21 jours [1]. Lors de l'épidémie du Rwanda en 2024, l'incubation estimée avait une médiane de 10 jours (écart interquartile de 8 à 13 jours), et les symptômes précédaient l'admission à l'hôpital d'environ 2 jours en médiane [6].

Le début est brutal : fièvre élevée, fortes céphalées, malaise intense et douleurs musculaires [1].

Vers le 3e jour : diarrhée aqueuse abondante, douleurs et crampes abdominales, nausées et vomissements [1]. Entre le 2e et le 7e jour apparaît une éruption cutanée sans démangeaisons [1].

À partir du 5e jour surviennent chez de nombreux malades des manifestations hémorragiques : sang frais dans les vomissures et les selles, saignements du nez, des gencives et du vagin, saignements aux points de ponction [1]. Dans les formes graves, la maladie évolue vers une défaillance de plusieurs organes [5].

Signes de gravité

Le système nerveux central peut être touché : confusion, irritabilité, agressivité [1]. Une orchite (inflammation d'un testicule) a été signalée occasionnellement à un stade tardif [1].

Toute personne ayant de la fièvre brutale et des signes digestifs ou des saignements après un contact avec un malade, un défunt ou une grotte ou une mine à chauves-souris doit être isolée et orientée sans délai vers un centre désigné ; des soins de soutien précoces améliorent la survie [1,2].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Le diagnostic clinique est impossible à partir des seuls symptômes, car le tableau initial ressemble à celui d'autres maladies fébriles [1]. Il faut rechercher systématiquement une exposition : contact avec un malade ou un défunt, séjour dans une mine ou une grotte à chauves-souris, ou activité de soins dans un établissement ayant accueilli des cas [1].

Les définitions de cas utilisées pour la surveillance (cas suspect, probable ou confirmé) sont celles de la boîte à outils OMS sur les flambées d'Ebola et de Marburg, à laquelle renvoie l'OMS pour les définitions standard ; la confirmation repose sur un résultat de laboratoire [4].

Examens biologiques

La confirmation repose sur la recherche du virus ou de ses constituants : RT-PCR (transcription inverse suivie d'une amplification en chaîne par polymérase), test d'immunocapture des antigènes, ELISA, et isolement du virus en culture cellulaire dans des laboratoires de confinement à haute sécurité [1].

Selon les recommandations provisoires de l'OMS (9 juillet 2026), la RT-PCR est la méthode de choix [4]. Chez un malade vivant, le prélèvement est du sang total (sang prélevé sur EDTA) ; chez une personne décédée, un écouvillon buccal (joues internes et gencives) placé dans un milieu de transport viral [4].

L'ARN viral peut être détecté dès 48 à 72 heures après le début des symptômes : si un cas suspect est négatif alors que le premier prélèvement a été fait dans les 72 heures, un second test doit être réalisé sur un nouveau prélèvement sanguin, plus de 72 heures après le début des symptômes [4].

La sérologie (anticorps IgM ou IgG) ne doit pas être utilisée seule pour le diagnostic d'un cas ; elle sert surtout à identifier des personnes ayant eu une infection ancienne ou ayant été vaccinées (enquêtes épidémiologiques, suivi des survivants, recherche) [4].

Tests de diagnostic rapide

Les tests rapides de détection d'antigènes peuvent être utiles pour le diagnostic après le décès pendant une flambée en cours, afin d'alléger la charge des équipes d'enterrement sécurisé [4]. L'OMS ne les recommande pas actuellement pour confirmer une nouvelle flambée, car leur sensibilité est inférieure à celle de la RT-PCR et des cas peuvent être manqués [4].

Diagnostic différentiel

Au début, la maladie est difficile à distinguer d'autres maladies fébriles. L'OMS cite notamment [1] :

Maladie à évoquerÉléments à connaître
PaludismeCause très fréquente de fièvre ; citée par l'OMS parmi les diagnostics à écarter [1].
Fièvre typhoïdeCitée par l'OMS parmi les diagnostics à écarter [1].
ShigelloseDiarrhée fébrile, citée par l'OMS [1].
Méningite bactérienneCitée par l'OMS parmi les maladies à symptômes proches [1].
Maladie à virus Ebola et autres fièvres hémorragiques viralesCliniquement très proches ; seule la confirmation au laboratoire permet de trancher [1,5].

Évolution, complications et pronostic

Le taux de létalité moyen est d'environ 50 % ; il peut atteindre 88 %, mais il peut être nettement plus bas avec des soins de qualité administrés rapidement [1]. Au Rwanda en 2024, il a été de 23 % [6].

Chez les survivants, le virus peut persister dans certains organes (voir la rubrique transmission) ; une rechute symptomatique sans réinfection est rare mais attestée [1]. Les connaissances sur la persistance du virus, les complications à long terme et l'immunité protectrice restent limitées : une cohorte de survivants du Rwanda est suivie pendant 24 mois après la guérison pour les étudier [10].

Les conséquences psychologiques sont importantes : six mois après la fin de l'épidémie du Rwanda, 11,8 % des professionnels de santé de première ligne interrogés avaient une dépression modérée à sévère et 20,7 % des personnes guéries une dépression légère à modérée ; chez les personnes guéries, l'anxiété était d'autant plus marquée que le soutien social était faible, et chez les soignants la stigmatisation était associée aux symptômes de stress post-traumatique [9].

Traitement

Soins de soutien précoces et intensifs : réhydratation et traitement des symptômes améliorent la survie ; ils restent le fondement de la prise en charge [1,2]. Ils comprennent la réanimation liquidienne agressive, la prise en charge de la tension artérielle et de la circulation, et les soins intensifs [5].

Recommandations OMS (17 juin 2026). Les premières recommandations cliniques de l'OMS couvrant tous les filovirus, dont le virus Marburg, comportent 16 recommandations fondées sur les preuves : surveillance clinique et biologique, réhydratation orale et intraveineuse, prise en charge du choc (liquides intraveineux et médicaments vasoactifs guidés par la surveillance), traitement antibiotique en cas d'infection bactérienne associée, prise en charge des complications hémorragiques, et suivi structuré des personnes guéries [2,3].

Aucun traitement ni vaccin n'est approuvé contre la maladie à virus Marburg [1,2,5]. Des anticorps monoclonaux, des antiviraux et des vaccins candidats sont en cours d'évaluation [1,5].

Produits expérimentaux. Une revue de 2020 a identifié six traitements et quatre plateformes vaccinales efficaces chez le primate non humain [7]. Lors de l'épidémie du Rwanda en 2024, le remdesivir et l'anticorps monoclonal MBP091 ont été utilisés dans le cadre d'accès élargi et d'essais cliniques [6] ; selon les cliniciens rwandais, le remdesivir seul ou associé au MBP091, avec les soins de soutien, aurait amélioré l'évolution des malades, ce que seuls des essais contrôlés pourront confirmer [8].

Aucune fiche de médicament de la base Africa Medical Data n'est associée à cette maladie : les produits expérimentaux ne sont pas disponibles en pratique courante et leur usage relève de protocoles de recherche ou d'accès élargi [6,8].

Prévention

Vaccination. Il n'existe pas de vaccin approuvé [1]. Au Rwanda, 1 710 professionnels de première ligne et contacts à haut risque ont reçu le vaccin candidat ChAd3-MARV (vecteur adénovirus de chimpanzé) dans le cadre d'un essai de phase 2, sous autorisation d'utilisation d'urgence [6].

Mesures de lutte [1] :

  • mobilisation des communautés, prise en charge des cas, surveillance et recherche des contacts, services de laboratoire efficaces [1] ;
  • lutte anti-infectieuse dans les établissements de santé et inhumations sans risque et dans la dignité [1] ;
  • surveillance de l'état de santé des contacts pendant 21 jours [1] ;
  • éviter les contacts physiques étroits avec les malades et isoler les cas suspects ou confirmés [1] ;
  • réduire le risque de transmission de la roussette à l'être humain : éviter les mines et grottes à colonies de chauves-souris, porter gants, vêtements de protection et masque, bien cuire les produits d'origine animale [1].

Les soignants ont été la majorité des cas lors de l'épidémie du Rwanda en 2024 ; le renforcement de la lutte anti-infectieuse dans les structures de soins et le déploiement rapide de contre-mesures médicales sont jugés essentiels pour limiter les prochaines flambées [6].

Quand consulter en urgence

Consultez sans attendre en cas de fièvre brutale, de forts maux de tête, de douleurs musculaires, de vomissements ou de diarrhée, surtout après un contact avec un malade ou un défunt, une visite dans une mine ou une grotte à chauves-souris, ou des soins donnés à un malade [1].

Urgence : saignements du nez, des gencives ou dans les vomissements ou les selles, confusion ou agressivité. Ne touchez pas le malade ni ses liquides biologiques et alertez les services de santé pour une prise en charge dans un centre désigné [1].

Ne manipulez pas le corps d'une personne décédée d'une maladie suspecte : demandez un enterrement sécurisé et digne [1].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Maladie à virus Marburg (aide-mémoire). 2025. Version du 20 janvier 2025.
  2. OMS · Organisation mondiale de la Santé. WHO issues comprehensive guidelines on filovirus disease, including Ebola and Marburg disease. 2026. Communiqué du 17 juin 2026 (16 recommandations).
  3. OMS · Organisation mondiale de la Santé. WHO guidelines for the clinical management of filovirus disease. 2026. Page de présentation de la recommandation (Ebola, Soudan, Bundibugyo, Taï Forest, Marburg).
  4. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Diagnostic testing for Ebola disease and Marburg virus disease: interim guidance. 2026. Recommandations provisoires du 9 juillet 2026.
  5. Revue à comité de lecture · Woolsey C, Geisbert TW. Marburg virus disease: a comprehensive review. Clin Microbiol Rev. 2026;39(3):e0009723. 2026. Résumé.
  6. Revue à comité de lecture · Nsanzimana S, Remera E, Nkeshimana M, et al. Marburg Virus Disease in Rwanda, 2024 - Public Health and Clinical Responses. N Engl J Med. 2025;393(10):983-993. 2025. Résumé.
  7. Revue à comité de lecture · Kortepeter MG, Dierberg K, Shenoy ES, Cieslak TJ. Marburg virus disease: A summary for clinicians. Int J Infect Dis. 2020;99:233-242. 2020. Résumé.
  8. Revue à comité de lecture · Musafiri S, Siddig EE, Nkuranga JB, et al. Emerging Strategies and Progress in the Medical Management of Marburg Virus Disease. Pathogens. 2025;14(4):322. 2025. Revue ; résumé.
  9. Revue à comité de lecture · Tsigebrhan R, Gishoma D, Andebirhan A, et al. Psychosocial impact of Marburg virus disease on recovered individuals and frontline health workers in Rwanda: a cross-sectional survey. BMJ Open. 2026;16(9):e116055. 2026. Résumé.
  10. Revue à comité de lecture · Ngabonziza JCS, Seruyange E, Mohamed NS, et al. Marburg virus persistence and clinical complications among recovered persons in Rwanda: a longitudinal study protocol. BMJ Open. 2026;16(9):e122687. 2026. Protocole d'étude ; résumé.

Fiche mise à jour le 6 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 6 octobre 2028.