Africa Medical DataUne plateforme de santé pour tous

Hépatite C

Infection du foie par le virus de l'hépatite C, transmise surtout par le sang (soins avec du matériel non stérile, transfusion non dépistée, partage de matériel d'injection). Elle devient chronique chez environ 70 % des personnes infectées et peut conduire, après des années, à une cirrhose ou à un cancer du foie. Il n'existe pas de vaccin, mais des antiviraux pris par la bouche pendant 8 à 12 semaines guérissent plus de 95 % des malades ; le diagnostic repose sur une prise de sang.

Autres noms : VHC, Infection par le virus de l'hépatite C, Hépatite virale C. En anglais : Hepatitis C, HCV infection. CIM-10 : B18.2. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies de l'appareil digestif.

Définition

L'hépatite C est une inflammation du foie provoquée par le virus de l'hépatite C (VHC). L'infection peut entraîner une hépatite aiguë ou chronique, de la forme bénigne à une maladie grave installée à vie, comme la cirrhose ou le cancer du foie [1].

Environ 30 % des personnes infectées éliminent spontanément le virus dans les six mois ; chez les 70 % restants (entre 55 et 85 %), l'infection devient chronique [1]. Contrairement à l'hépatite B, il n'existe pas de vaccin contre l'hépatite C, mais un traitement par antiviraux guérit l'infection dans plus de 95 % des cas [1].

Causes et mécanisme

La maladie est causée par le virus de l'hépatite C, dont on distingue plusieurs génotypes. Dans le monde, les génotypes 1 (44 % des cas), 3 (25 %) et 4 (15 %) sont les plus fréquents [3].

Les génotypes ne se répartissent pas de la même façon partout. En Afrique subsaharienne, des sous-types du génotype 4 (dits « non-a/d ») sont très répandus ; ils portent souvent des mutations de résistance à une classe d'antiviraux (inhibiteurs de NS5A, dont le lédipasvir et le daclatasvir) et sont associés à davantage d'échecs avec ces médicaments [8]. Dans une revue des études menées au Kenya, les génotypes 1 et 4 représentaient ensemble 94 % des cas [9].

Transmission et facteurs de risque

Le VHC se transmet principalement par le sang [1,3]. Les situations en cause sont les suivantes :

  • Soins non sûrs : réutilisation ou stérilisation incomplète du matériel médical, en particulier des seringues et des aiguilles, dans les établissements de santé [1].
  • Transfusion de sang ou de produits sanguins n'ayant pas été dépistés [1].
  • Partage du matériel d'injection entre personnes qui s'injectent des drogues [1].
  • De la mère à l'enfant : plus rare [1]. Dans une revue de 109 études, 5,8 % des enfants nés de mères infectées (anticorps et ARN du VHC positifs) étaient infectés, et 10,8 % lorsque la mère était aussi infectée par le VIH [6].
  • Rapports sexuels exposant au sang : plus rare également, surtout chez les personnes ayant plusieurs partenaires et les hommes ayant des rapports avec des hommes [1].

Parmi les populations les plus exposées figurent les personnes qui s'injectent des drogues, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et les personnes détenues [3].

Épidémiologie

Monde. Selon l'OMS, 47 millions de personnes vivaient avec une hépatite C chronique en 2024, avec environ 0,9 million de nouvelles infections par an et environ 239 000 décès en 2024 [1]. Une analyse OMS portant sur 2022 estimait à 50 millions (0,65 % de la population mondiale) le nombre de personnes infectées par le VHC [5].

Afrique. La Région africaine de l'OMS compte 8 millions de personnes atteintes d'infection chronique [1]. La prévalence varie fortement selon les groupes : dans une revue de 29 études au Kenya, elle était de 2,0 % dans les groupes à faible risque, 3,4 % à risque intermédiaire et 15,5 % à risque élevé (personnes vivant avec le VIH, consommateurs de drogues injectables) [9].

Dépistage et traitement. Sur les 68 millions de personnes infectées entre 2015 et 2024, 36 % (24 millions) connaissaient leur diagnostic ; parmi les personnes diagnostiquées avec une infection chronique, environ 20 % (13 millions) avaient reçu un traitement par antiviraux à fin 2024 [1]. Entre 2015 et 2022, 25,7 millions de personnes avaient été diagnostiquées et 12,5 millions traitées [5].

IndicateurValeur estimée
Personnes avec une hépatite C chronique dans le monde, 202447 millions [1]
Personnes infectées dans le monde, 202250 millions (0,65 %) [5]
Personnes avec une infection chronique, Région africaine de l'OMS, 20248 millions [1]
Nouvelles infections par an dans le mondeenviron 0,9 million [1]
Décès dus à l'hépatite C dans le monde, 2024environ 239 000 [1]
Part des personnes infectées connaissant leur diagnostic (2015-2024)36 % [1]

Signes cliniques

Les symptômes, lorsqu'ils existent, sont les suivants [1] :

  • fièvre [1] ;
  • fatigue prononcée [1] ;
  • perte d'appétit [1] ;
  • nausées et vomissements [1] ;
  • douleurs abdominales [1] ;
  • urines foncées et selles claires [1] ;
  • douleurs articulaires [1] ;
  • jaunissement de la peau et des yeux (ictère) [1].

Moins de la moitié des personnes infectées connaissent leur statut : à l'échelle mondiale, 36 % avaient reçu un diagnostic [1], d'où l'importance du dépistage chez les personnes exposées [3].

Signes de gravité

L'hépatite C chronique peut entraîner une cirrhose, une insuffisance du foie et un carcinome hépatocellulaire (cancer primitif du foie) [1,3].

Les manifestations situées en dehors du foie existent aussi : l'EASL recommande de traiter en urgence les patients qui en présentent de significatives, ainsi que ceux atteints de fibrose avancée ou de cirrhose [4].

Un jaunissement de la peau ou des yeux, des urines foncées, une grande fatigue ou des douleurs abdominales doivent faire consulter ; une cirrhose ou un cancer du foie peuvent se développer sans signe pendant de nombreuses années [1,3].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Les symptômes de l'hépatite C ne sont pas spécifiques : seuls des tests sanguins permettent d'affirmer l'infection par le VHC [1].

Le diagnostic se fait en deux temps : un test sérologique recherche les anticorps dirigés contre le VHC, qui indiquent une infection présente ou passée ; s'il est positif, la recherche de l'ARN du VHC confirme l'infection chronique et la nécessité d'un traitement [1].

Qui dépister ? L'OMS recommande, dans tous les pays, de dépister les personnes à risque accru : donneurs de sang, personnes ayant des signes de maladie du foie, migrants venant de zones d'endémie, soignants, personnes qui s'injectent des drogues, personnes détenues, hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, personnes transgenres, travailleurs et travailleuses du sexe, personnes vivant avec le VIH ou atteintes de tuberculose [1]. Là où la séroprévalence des anticorps anti-VHC est d'au moins 2 % dans la population générale, elle recommande aussi le dépistage de tous les adolescents et adultes [1].

Examens biologiques

Les principaux examens et leur rôle sont les suivants [1,4] :

ExamenCe qu'il indique
Anticorps anti-VHCContact avec le virus : infection présente ou ancienne ; test de première intention [1].
ARN du VHC (charge virale)Confirme l'infection active et la nécessité de traiter [1]. Après le traitement, un ARN indétectable 12 semaines plus tard (réponse virologique soutenue, RVS12) correspond à la guérison [4].
Antigène de capside du VHC (« antigène de cœur »)Marqueur alternatif de la multiplication du virus [4]. Pour juger de la guérison, il est très fiable (sensibilité 94 %, spécificité 99 % comparé à l'ARN), mais peu fiable pendant les premières semaines de traitement [7].
Mesure de la fibrose du foie (élastométrie, tests sanguins)Évalue le degré de fibrose, qui guide la durée du traitement et la surveillance [1,4].

L'ARN du VHC se mesure dans le sérum ou le plasma avec une méthode sensible (limite de détection inférieure à 15 UI/mL ; un seuil de 1 000 UI/mL peut être utilisé pour élargir l'accès) [4].

Tests de diagnostic rapide

Des tests rapides de recherche des anticorps anti-VHC, sur sérum, plasma, sang capillaire (bout du doigt) ou salive, peuvent remplacer les tests de laboratoire classiques [4].

Depuis 2022, l'OMS recommande aussi les tests de mesure de l'ARN du VHC réalisés au point de soins, en complément des tests de laboratoire, en particulier pour les populations marginalisées ou difficiles à atteindre ; ses lignes directrices intègrent également l'usage du sang séché sur papier (dried blood spots) pour la sérologie et la charge virale [2].

Les interventions qui simplifient le dépistage (tests rapides, sang séché, test d'ARN réalisé d'emblée en cas d'anticorps positifs) améliorent le nombre de personnes dépistées [10].

Imagerie

La dureté du foie, mesurée par élastométrie (FibroScan®), permet de repérer la fibrose avancée : les seuils retenus par l'EASL sont de 10 kPa pour une fibrose F3 et de 13 kPa pour une cirrhose F4 [4].

Chez les patients atteints de fibrose avancée ou de cirrhose, même guéris, une échographie du foie tous les 6 mois est recommandée pour dépister un cancer du foie [4].

Diagnostic différentiel

Les symptômes d'une hépatite aiguë (jaunisse, urines foncées, fatigue, nausées) se retrouvent dans d'autres maladies du foie, notamment les autres hépatites virales (par exemple l'hépatite A et l'hépatite B) ; seuls les tests sanguins spécifiques permettent de reconnaître le virus en cause [1].

Chez une personne vivant avec le VIH, la co-infection par le VHC est possible : la co-infection d'une femme enceinte par le VIH augmente le risque de transmission du VHC à son enfant [6].

Évolution, complications et pronostic

Après l'infection aiguë, environ 30 % des personnes éliminent le virus spontanément dans les six mois ; chez environ 70 %, l'infection devient chronique [1].

Parmi les personnes atteintes d'une infection chronique, 10 à 20 % développent des complications (cirrhose, insuffisance hépatique, cancer du foie) sur une période de 20 à 30 ans [3].

Le traitement par antiviraux guérit l'infection dans plus de 95 % des cas [1]. Chez les patients atteints de fibrose avancée ou de cirrhose, le risque de cancer du foie est réduit mais non supprimé par la guérison : la surveillance par échographie tous les 6 mois se poursuit [4].

La guérison ne protège pas d'une nouvelle infection : une réinfection est possible en cas de nouvelle exposition, notamment chez les personnes qui s'injectent des drogues [4].

Un échec du traitement est possible. En Afrique subsaharienne, chez des patients du Rwanda infectés par un génotype 4 et en échec d'un premier traitement, une association de trois antiviraux (sofosbuvir, velpatasvir, voxilaprévir) pendant 12 semaines a guéri 39 des 40 participants (98 %) [8].

Traitement

Principe. L'hépatite C se guérit par des antiviraux à action directe (AAD) pris par la bouche [1]. Les AAD pangénotypiques (actifs quel que soit le génotype) guérissent plus de 95 % des malades, après 8 à 12 semaines de traitement dans la quasi-totalité des cas (12 à 24 semaines selon la présence ou non d'une cirrhose) [1]. L'association de sofosbuvir et de daclatasvir est le traitement pangénotypique le moins coûteux et le plus utilisé [1].

Qui traiter ? L'EASL recommande de traiter tous les patients ayant une infection récente ou chronique, sans délai ; le traitement est urgent en cas de fibrose significative, de cirrhose, de manifestations hors du foie importantes ou de risque élevé de transmission [4].

Schémas recommandés. L'EASL recommande les associations sofosbuvir/velpatasvir, glécaprévir/pibrentasvir et sofosbuvir/velpatasvir/voxilaprévir ; dans les pays où ces associations ne sont pas disponibles ou abordables, l'association générique sofosbuvir + daclatasvir est sûre, très efficace et abordable [4]. Les posologies sont celles du protocole national et de la notice de chaque médicament.

Enfants et adolescents. Depuis 2022, l'OMS recommande de traiter tous les adolescents et enfants à partir de 3 ans, avec les mêmes associations que chez l'adulte (sofosbuvir/daclatasvir, sofosbuvir/velpatasvir, glécaprévir/pibrentasvir) [2].

Organisation des soins. L'OMS recommande de proposer le dépistage et le traitement dans les soins de santé primaires, les sites de réduction des risques et les prisons, par des médecins généralistes et des infirmiers plutôt que seulement par des spécialistes [2].

Avant et pendant le traitement. Un bilan complet des médicaments pris (ordonnances, médicaments sans ordonnance, plantes, drogues) est nécessaire, car les AAD interagissent avec de nombreux médicaments, notamment certains antirétroviraux, certains antiépileptiques, l'amiodarone, les antiacides et les médicaments contre le cholestérol [4].

Contrôle de la guérison. La guérison est confirmée par un ARN du VHC indétectable 12 semaines après la fin du traitement [4].

Grossesse. L'EASL ne recommande pas le traitement pendant la grossesse faute de données de sécurité ; il peut être envisagé au cas par cas, avec l'hépatologue et l'obstétricien. L'allaitement n'est pas contre-indiqué, sauf saignement ou crevasses du mamelon [4].

Prévention

Il n'existe pas de vaccin contre l'hépatite C ; la prévention repose sur la réduction des risques d'exposition au sang [1].

Gestes de prévention recommandés par l'OMS [1] :

  • pratiquer des injections et des actes médicaux sûrs, avec du matériel stérile, et éliminer sans risque les aiguilles et les déchets médicaux [1] ;
  • proposer aux personnes qui s'injectent des drogues des services de réduction des risques (échange de seringues, conseil, traitements de substitution aux opiacés) [1] ;
  • dépister tous les dons de sang pour le VHC et d'autres virus [1] ;
  • utiliser des préservatifs lors des rapports sexuels [1].

Objectifs mondiaux. L'OMS vise, d'ici 2030, une réduction de 90 % des nouvelles infections et de 65 % des décès dus aux hépatites virales [2]. Une personne guérie peut être réinfectée : les personnes qui restent exposées doivent être suivies par des dosages réguliers de l'ARN du VHC [4].

Mère et enfant. Le risque de transmission du VHC de la mère à l'enfant est de 5,8 % et passe à 10,8 % en cas de co-infection de la mère par le VIH [6].

Quand consulter en urgence

Faites-vous dépister (simple prise de sang ou test rapide) si vous avez reçu une transfusion ou des soins avec du matériel non stérile, si vous vous injectez ou vous êtes injecté des drogues, si vous vivez avec le VIH, si vous êtes soignant ou si vous avez été détenu [1].

Si le test est positif, un test de l'ARN du VHC permet de savoir si l'infection est toujours présente ; l'hépatite C se guérit par un traitement par la bouche de 8 à 12 semaines dans la grande majorité des cas [1].

Consultez rapidement en cas de jaunissement de la peau ou des yeux, d'urines foncées, de grande fatigue ou de douleurs abdominales [1]. Avant de commencer un traitement, signalez au médecin ou au pharmacien tous les médicaments et plantes que vous prenez [4].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Principaux repères sur l'hépatite C (aide-mémoire). 2026. Version du 28 juillet 2026.
  2. OMS · Organisation mondiale de la Santé. WHO publishes updated guidance on hepatitis C infection – with new recommendations on treatment of adolescents and children, simplified service delivery and diagnostics. 2022. Communiqué du 24 juin 2022 présentant les lignes directrices OMS 2022.
  3. Revue à comité de lecture · Spearman CW, Dusheiko GM, Hellard M, Sonderup M. Hepatitis C. Lancet. 2019;394(10207):1451-1466. 2019. Résumé.
  4. Référence professionnelle · European Association for the Study of the Liver (EASL). EASL recommendations on treatment of hepatitis C: Final update of the series. J Hepatol. 2020;73(5):1170-1218. 2020. Recommandations (texte intégral, sections ciblées).
  5. Revue à comité de lecture · Cui F, Faini D, Razavi-Shearer D, et al. The burden of chronic hepatitis B and C in 2022 and progress towards elimination: a global report. Lancet Gastroenterol Hepatol. 2026;11(6):509-520. 2026. Résumé (données OMS 2022).
  6. Revue à comité de lecture · Benova L, Mohamoud YA, Calvert C, Abu-Raddad LJ. Vertical transmission of hepatitis C virus: systematic review and meta-analysis. Clin Infect Dis. 2014;59(6):765-773. 2014. Résumé.
  7. Revue à comité de lecture · Sepúlveda-Crespo D, Treviño-Nakoura A, Bellón JM, et al. Meta-analysis: diagnostic accuracy of hepatitis C core antigen detection during therapy with direct-acting antivirals. Aliment Pharmacol Ther. 2022;56(8):1224-1234. 2022. Résumé.
  8. Revue à comité de lecture · Gupta N, Manirambona L, Shumbusho F, et al. Safety and efficacy of sofosbuvir-velpatasvir-voxilaprevir for re-treatment of chronic hepatitis C virus infection in patients with previous direct-acting antiviral treatment failure in Rwanda (SHARED-3): a single-arm trial. Lancet Gastroenterol Hepatol. 2022;7(6):542-551. 2022. Résumé.
  9. Revue à comité de lecture · Makokha GN, Bao H, Hayes CN, et al. The Prevalence and Genotype Distribution of Hepatitis C Virus in Kenya: A Systematic Review and Meta-Analysis. J Epidemiol Glob Health. 2024;14(3):677-689. 2024. Résumé.
  10. Revue à comité de lecture · Cunningham EB, Wheeler A, Hajarizadeh B, et al. Interventions to enhance testing, linkage to care, and treatment initiation for hepatitis C virus infection: a systematic review and meta-analysis. Lancet Gastroenterol Hepatol. 2022;7(5):426-445. 2022. Résumé.

Fiche mise à jour le 6 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 6 octobre 2028.