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Hépatite A

Inflammation aiguë du foie due au virus de l'hépatite A, qui se transmet par l'eau et les aliments contaminés par les selles d'une personne infectée. Chez le jeune enfant elle passe le plus souvent inaperçue ; chez l'adolescent et l'adulte elle donne fréquemment jaunisse et grande fatigue, et guérit presque toujours sans séquelles, sans jamais devenir chronique. Elle est évitable par un vaccin efficace, par l'eau potable, l'assainissement et l'hygiène des mains.

Autres noms : VHA, Infection par le virus de l'hépatite A, Hépatite virale A. En anglais : Hepatitis A. CIM-10 : B15. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies de l'appareil digestif.

Définition

L'hépatite A est une inflammation du foie provoquée par le virus de l'hépatite A (VHA). Son évolution peut être bénigne ou grave ; à la différence des hépatites B et C, elle n'entraîne pas de maladie chronique du foie [1].

Une fois guérie, la personne est considérée comme protégée à vie contre une nouvelle infection [2].

Causes et mécanisme

Le VHA appartient au genre Hepatovirus de la famille des Picornaviridae. C'est un virus à ARN, sans enveloppe lorsqu'il est éliminé dans les selles ; il n'existe qu'un seul sérotype, malgré plusieurs génotypes [2,3].

Le virus est très résistant dans l'environnement : il supporte l'acidité, le gel et une chaleur de 60 °C pendant 60 minutes, et peut persister longtemps dans le sol. Il n'est inactivé que par une température de 81 °C ou plus pendant 10 minutes [2].

Lorsque l'hygiène et l'assainissement s'améliorent, moins d'enfants sont infectés tôt ; l'âge moyen de l'infection recule et la maladie, plus souvent symptomatique à l'âge adulte, peut devenir paradoxalement plus sévère dans une population qui n'est pas immunisée [3,4].

Transmission et facteurs de risque

Le VHA se transmet surtout par voie oro-fécale : une personne non infectée et non vaccinée avale de l'eau ou des aliments contaminés par les matières fécales d'une personne infectée [1].

Il peut aussi se transmettre par contact physique étroit avec une personne infectée, par exemple lors de rapports sexuels oro-anaux ; il ne se propage pas lors des contacts ordinaires entre personnes [1].

Le virus est éliminé en grande quantité dans les selles, surtout vers la fin de la période d'incubation, c'est-à-dire avant l'apparition des symptômes ; une personne peut donc transmettre le virus sans le savoir [2].

Situations qui exposent davantage [1] :

  • approvisionnement insuffisant en eau potable et assainissement insuffisant [1] ;
  • cohabitation avec une personne infectée [1] ;
  • rapports sexuels avec une personne atteinte d'hépatite A aiguë, notamment entre hommes [1] ;
  • consommation de drogues, notamment injectables [1] ;
  • déplacement de personnes non immunisées dans une zone de forte endémicité [1].

Dans les pays à ressources élevées, la maladie est surtout rencontrée lors d'épidémies d'origine alimentaire, de voyages ou de flambées dans des groupes à risque : voyageurs, hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, consommateurs de drogues, personnes sans domicile [3,4].

Épidémiologie

Monde. Selon l'estimation de l'OMS fondée sur les données de 2019, on comptait 159 millions d'infections aiguës par le VHA, 39 000 décès et 2,3 millions d'années de vie ajustées sur l'incapacité ; 66 % des cas et 97 % des décès survenaient dans les pays à revenu faible ou moyen inférieur [2]. L'OMS estime que 35 569 personnes sont décédées d'hépatite A dans le monde en 2023, soit 2,6 % de la mortalité due aux hépatites virales [1]. Entre 2010 et 2019, le nombre de cas a augmenté d'environ 4 % et celui des décès a diminué de 40 % [2].

Région de l'OMS (estimations 2019)Ce que l'on observe
Région africaineTaux d'incidence le plus élevé : 3 800 infections pour 100 000 habitants par an [2]
Région de l'Asie du Sud-EstLe plus grand nombre de cas (42 millions) et de décès (24 000, soit 60 % du total mondial) [2]
Régions de l'Asie du Sud-Est et de la Méditerranée orientaleMortalité la plus élevée : 12 décès par million d'habitants et par an [2]
Région européenneIncidence la plus basse : 1 200 pour 100 000 par an ; mortalité de 0,2 décès par million et par an [2]

Niveaux d'endémicité. Dans les régions pauvres, la plupart des enfants sont infectés tôt : dans les pays à revenu faible ou intermédiaire où l'assainissement est insuffisant, 90 % des enfants sont infectés avant l'âge de 10 ans [1]. Les régions à faibles revenus comme l'Afrique subsaharienne et une partie de l'Asie du Sud ont une forte endémicité, avec très peu d'adolescents et d'adultes encore susceptibles ; à l'inverse, les régions à revenu élevé ont une endémicité très faible et une forte proportion d'adultes non immunisés [5].

Niveau d'endémicité (définition de l'OMS)Séroprévalence observée
Élevé90 % ou plus des personnes ont des anticorps à 10 ans [2]
Intermédiaire50 % ou plus à 15 ans, mais moins de 90 % à 10 ans [2]
Faible50 % ou plus à 30 ans, mais moins de 50 % à 15 ans [2]
Très faibleMoins de 50 % à 30 ans [2]

Épidémies. L'hépatite A survient sous forme sporadique ou épidémique ; la plus grande épidémie décrite, à Shanghai en 1988, a touché environ 300 000 personnes [1].

Signes cliniques

Après une incubation de 14 à 28 jours (jusqu'à 50 jours) [2,1], la maladie peut associer [1] :

  • fièvre, malaise, perte d'appétit [1] ;
  • nausées, diarrhée, gêne ou douleur abdominale [1] ;
  • urines foncées, parfois selles décolorées [1,2] ;
  • ictère (jaunisse), c'est-à-dire coloration jaune de la peau et du blanc des yeux [1].

Toutes les personnes infectées ne présentent pas tous ces signes. Les symptômes sont plus fréquents chez l'adulte que chez l'enfant : les enfants de moins de 6 ans n'ont habituellement aucun symptôme notable et seuls 10 % d'entre eux ont un ictère [1].

Plusieurs semaines, voire plusieurs mois, peuvent être nécessaires pour que les symptômes disparaissent ; l'hépatite A récidive parfois [1].

Signes de gravité

L'hépatite A peut rarement provoquer une hépatite fulminante (insuffisance hépatique aiguë), souvent mortelle [1]. Les personnes immunodéprimées et celles qui ont une maladie chronique du foie sont plus exposées aux formes sévères [2].

Chez les patients hospitalisés pour une hépatite A avec ictère, la mortalité varie de 0,23 % avant 30 ans à 1,8-2,1 % après 49 ans [2].

Dans une enquête nationale japonaise portant sur 83 patients en insuffisance hépatique aiguë ou tardive due au VHA (1998-2015), la survie sans transplantation était de 56 % chez les patients récents contre 79 % chez les plus anciens ; les patients récents étaient plus âgés (âge moyen de 58 ans contre 48) et plus souvent atteints de maladies métaboliques (61 % contre 22 %) [9].

Une somnolence, une confusion, des saignements ou une jaunisse qui s'aggrave au cours d'une hépatite doivent faire consulter en urgence : ce sont des signes d'atteinte grave du foie [1,2].

Diagnostic

Diagnostic clinique

L'examen clinique ne permet pas de distinguer l'hépatite A des autres hépatites virales aiguës : la confirmation repose sur une analyse de sang [1].

Le contexte aide à y penser : séjour en zone de forte endémicité chez une personne non immunisée, contact avec une personne atteinte, consommation d'eau ou d'aliments possiblement souillés, ou appartenance à l'un des groupes à risque [1,4].

Examens biologiques

Les examens utiles sont les suivants [1,2] :

ExamenCe qu'il indique
IgM anti-VHAIndispensables au diagnostic de l'hépatite A aiguë ; elles apparaissent 5 à 10 jours après le début des symptômes et persistent environ 4 mois (1 à 14 mois selon les cas), y compris chez les personnes sans symptôme [2].
Anticorps anti-VHA totauxLeur présence, sans IgM, signe l'immunité (infection ancienne ou vaccination) [2].
ARN du VHA (amplification génique, RT-PCR)Détecte le virus dans le sang et les selles, plusieurs jours avant l'élévation des enzymes du foie, avant même l'apparition des anticorps ; permet de suivre l'évolution de l'infection. La virémie persiste plusieurs mois [1,2].
Enzymes du foie (transaminases)Leur élévation est caractéristique de l'atteinte du foie [2].

Diagnostic différentiel

Les autres hépatites virales aiguës donnent le même tableau clinique, notamment l'hépatite B hépatite B ; seule la recherche sanguine des marqueurs de chaque virus permet de les distinguer [1].

Toute jaunisse ou élévation des enzymes du foie n'est pas une hépatite A : la présence d'IgM anti-VHA, ou de l'ARN viral, est ce qui établit le diagnostic [2].

Évolution, complications et pronostic

L'hépatite A guérit complètement dans plus de 99 % des cas [2] et n'entraîne pas de maladie chronique du foie [1].

Une rechute des symptômes a été rapportée dans 3 à 20 % des cas cliniques [2].

Chez la femme enceinte, une hépatite A aiguë a été associée à un risque accru d'accouchement prématuré et de complications de la grossesse, comme la naissance d'un enfant petit pour son âge gestationnel [2].

Le risque de forme grave et de décès augmente avec l'âge, avec une maladie chronique du foie ou avec une immunodépression [2].

Traitement

Il n'existe pas de traitement antiviral spécifique de l'hépatite A. La prise en charge repose sur des soins de soutien : soulager les symptômes et assurer une hydratation et une nutrition suffisantes pour compenser les pertes dues aux vomissements et à la diarrhée [1].

Il faut éviter toute médication inutile qui pourrait être nocive pour le foie, comme le paracétamol, ainsi que l'alcool ; une surveillance clinique et biologique est recommandée [1,2].

L'hospitalisation n'est pas nécessaire en l'absence de forme grave ou d'insuffisance hépatique aiguë [1]. Dans les très rares cas d'insuffisance hépatique menaçant la vie, une greffe du foie peut être nécessaire [2].

La recherche d'antiviraux contre le VHA est en cours ; ils pourraient être utiles pour contrôler les épidémies dans les pays où la vaccination universelle des enfants n'est pas recommandée [4].

Médicaments de la base cités dans cette fiche

Prévention

Vaccination. Plusieurs vaccins inactivés injectables sont disponibles dans le monde, avec une protection et des effets secondaires comparables ; en Chine, il existe aussi un vaccin vivant atténué. Aucun vaccin n'est homologué pour les enfants de moins d'un an [1]. Vaccin de la base : vaccin contre l'hépatite A [1].

Efficacité et durée. Dans un essai randomisé mené en Thaïlande chez 40 119 enfants de 1 à 16 ans, deux doses de vaccin inactivé ont protégé 94 % des enfants (intervalle de confiance à 95 % : 79 à 99 %) sur la période suivie [10]. D'après la position de l'OMS de 2022, la protection persiste au moins 20 à 25 ans, et probablement bien davantage selon les modèles mathématiques [2].

Recommandations de l'OMS (2022). La vaccination doit être introduite dans les calendriers nationaux, à partir de 12 mois, lorsque la maladie devient plus fréquente et plus grave chez les grands enfants, adolescents et adultes, que le pays passe d'une endémicité élevée à intermédiaire, et selon le rapport coût-efficacité. Pour les enfants, une dose unique ou deux doses d'un vaccin inactivé sont possibles ; pour les adultes de plus de 40 ans, le schéma à deux doses est préféré [2].

Groupes à vacciner en priorité. Voyageurs vers des zones d'endémicité intermédiaire ou élevée, hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, personnes exposées par leur profession, usagers de drogues injectables, personnes sans domicile, migrants, réfugiés, personnes incarcérées, personnes atteintes d'une maladie chronique du foie et personnes vivant avec le VIH [2]. Les personnes vivant avec le VIH sont vaccinées par un schéma à deux doses de vaccin inactivé [2] ; en cas d'absence de réponse à la vaccination, une revaccination en deux doses donne des taux de réponse similaires à ceux d'une dose unique, mais des titres d'anticorps plus élevés [8]. Voir VIH.

Épidémies. L'OMS recommande une vaccination en dose unique de la population concernée, plus efficace lorsqu'elle est précoce et à forte couverture dans une communauté bien délimitée [2]. Chez les usagers de drogues injectables, une modélisation de 16 États américains estime qu'une couverture vaccinale d'au moins 80 % pourrait empêcher la plupart des flambées [7].

Après une exposition. Le vaccin inactivé est donné le plus tôt possible, dans les 2 semaines suivant le contact [2]. Dans un essai mené au Kazakhstan chez des contacts de 2 à 40 ans, une hépatite A symptomatique confirmée est survenue chez 4,4 % des contacts vaccinés contre 3,3 % de ceux ayant reçu des immunoglobulines (risque relatif 1,35 ; intervalle de confiance à 95 % : 0,70 à 2,67). Le critère de non-infériorité fixé à l'avance était atteint, mais le taux un peu plus élevé chez les vaccinés pourrait traduire une légère différence réelle d'efficacité ; les deux approches ont offert une bonne protection [6]. L'usage des immunoglobulines diminue, en raison de leur coût et de leur courte durée d'action [2].

Grossesse. Les vaccins inactivés peuvent être envisagés chez la femme enceinte à risque ; les vaccins vivants atténués ne sont pas recommandés [2].

Eau, assainissement et hygiène [1] :

  • disposer d'une eau potable en quantité suffisante [1] ;
  • évacuer correctement les eaux usées dans les communautés [1] ;
  • se laver régulièrement les mains avant les repas et après le passage aux toilettes [1] ;
  • pratiquer des rapports sexuels à moindre risque (préservatifs et digues dentaires) [1] ;
  • les aliments à risque doivent être cuits à cœur : le virus résiste à une chaleur modérée (60 °C) et n'est détruit qu'à 81 °C ou plus pendant 10 minutes [2].

Quand consulter en urgence

Consultez en cas de jaunissement des yeux ou de la peau, d'urines foncées, de fièvre, de nausées persistantes ou de fatigue inhabituelle, surtout après un voyage ou un contact avec une personne atteinte d'hépatite [1].

Si vous avez été en contact étroit avec une personne atteinte d'hépatite A et que vous n'êtes pas vacciné, demandez rapidement conseil : la vaccination après exposition est efficace dans les 2 semaines [2,6].

Une confusion, une somnolence inhabituelle, des saignements ou une aggravation rapide de la jaunisse, surtout chez une personne âgée, atteinte d'une maladie du foie ou immunodéprimée, imposent une consultation en urgence [1,2].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Hépatite A (aide-mémoire). 2026. Version du 28 juillet 2026 (définition, transmission, symptômes, épidémiologie, diagnostic, traitement, prévention).
  2. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Hepatitis A vaccines: WHO position paper, October 2022. Weekly Epidemiological Record. 2022;97(40):493-512. 2022. Contexte (virus, maladie, épidémiologie, diagnostic), vaccins et recommandations.
  3. Revue à comité de lecture · Lemon SM, Ott JJ, Van Damme P, Shouval D. Type A viral hepatitis: A summary and update on the molecular virology, epidemiology, pathogenesis and prevention. J Hepatol. 2018;68(1):167-184. 2018. Résumé.
  4. Revue à comité de lecture · Migueres M, Lhomme S, Izopet J. Hepatitis A: Epidemiology, High-Risk Groups, Prevention and Research on Antiviral Treatment. Viruses. 2021;13(10):1900. 2021. Résumé.
  5. Revue à comité de lecture · Jacobsen KH, Wiersma ST. Hepatitis A virus seroprevalence by age and world region, 1990 and 2005. Vaccine. 2010;28(41):6653-6657. 2010. Résumé (revue systématique et méta-analyse).
  6. Revue à comité de lecture · Victor JC, Monto AS, Surdina TY, et al. Hepatitis A vaccine versus immune globulin for postexposure prophylaxis. N Engl J Med. 2007;357(17):1685-1694. 2007. Résumé (essai randomisé, Kazakhstan).
  7. Revue à comité de lecture · Yang J, Lo NC, Dankwa EA, et al. Determining Herd Immunity Thresholds for Hepatitis A Virus Transmission to Inform Vaccination Strategies Among People Who Inject Drugs in 16 US States. Clin Infect Dis. 2024;78(4):976-982. 2024. Résumé (modélisation et méta-analyse).
  8. Revue à comité de lecture · Chen GJ, Sun HY, Lin KY, et al. A Randomized Clinical Trial of 1-Dose vs Accelerated 2-Dose Schedule for Hepatitis A Virus (HAV) Revaccination Among People With Human Immunodeficiency Virus Who Were Nonresponders or Had Seroreversion After Primary HAV Vaccination. Clin Infect Dis. 2023;77(4):529-536. 2023. Résumé (essai randomisé, Taïwan).
  9. Revue à comité de lecture · Nakao M, Nakayama N, Uchida Y, et al. Deteriorated outcome of recent patients with acute liver failure and late-onset hepatic failure caused by infection with hepatitis A virus: A subanalysis of patients seen between 1998 and 2015 and enrolled in nationwide surveys in Japan. Hepatol Res. 2019;49(8):844-852. 2019. Résumé (enquêtes nationales japonaises).
  10. Revue à comité de lecture · Innis BL, Snitbhan R, Kunasol P, et al. Protection against hepatitis A by an inactivated vaccine. JAMA. 1994. 271(17):1328-1334

Fiche mise à jour le 6 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 6 octobre 2028.