Cyclosporose
Infection intestinale due au parasite microscopique Cyclospora cayetanensis, contracté en avalant des aliments (fruits et légumes frais, herbes) ou de l'eau souillés par des selles. Elle provoque une diarrhée aqueuse qui peut durer des semaines et rechuter ; le traitement repose sur le cotrimoxazole, et la prévention sur l'hygiène des aliments.
Autres noms : Cyclosporiase, Infection à Cyclospora cayetanensis. En anglais : Cyclosporiasis, Cyclospora infection. CIM-10 : A07. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies de l'appareil digestif.
Définition
La cyclosporose est une infection intestinale causée par Cyclospora cayetanensis, un parasite unicellulaire microscopique [1]. Ce parasite, classé parmi les coccidies, est reconnu comme un agent émergent de diarrhée prolongée chez l'être humain [4].
La maladie est surtout décrite dans les régions tropicales et subtropicales, mais elle existe dans de nombreux pays [2].
Causes et mécanisme
L'infection est due à Cyclospora cayetanensis [1]. Les premiers cas ont été rapportés à la fin des années 1970, chez des expatriés et des voyageurs de retour de zones d'endémie ; le parasite n'a été caractérisé qu'au début des années 1990 [4].
Le parasite ne peut pas être cultivé au laboratoire ni propagé chez l'animal : les chercheurs dépendent des oocystes (formes de résistance) obtenus chez des patients infectés, ce qui freine encore la recherche [5,6].
Transmission et facteurs de risque
La contamination se fait en avalant des oocystes mûrs (« sporulés ») présents dans des aliments ou de l'eau souillés par des selles humaines [3,6]. Les aliments en cause comprennent des fruits et légumes frais et des herbes, comme les framboises, le basilic ou la laitue ; l'eau de boisson ou l'eau non traitée a aussi été impliquée dans des foyers [4].
Pas de contagion directe immédiate. Les oocystes sont non infectants lorsqu'ils sont émis dans les selles. Ils deviennent infectants après une maturation dans l'environnement qui dure de un à plusieurs semaines selon la température. La transmission directe d'une personne à une autre n'est donc pas possible, ce qui distingue la cyclosporose de la cryptosporidiose [2].
Les oocystes résistent au chlore aux concentrations testées : le traitement habituel de l'eau ou des aliments ne les détruit pas de façon fiable [4]. Le lavage seul ne garantit pas non plus l'élimination du parasite sur les produits frais [3].
Épidémiologie
Monde. La cyclosporose est rapportée dans de nombreux pays, surtout en zone tropicale et subtropicale [2] ; le parasite est présent dans le monde entier et constitue une préoccupation de santé publique et de sécurité des aliments [5]. Aux États-Unis, des foyers sont identifiés presque chaque année depuis le milieu des années 1990, la plupart des cas survenant au printemps et en été [2] ; une estimation fait état d'environ 14 638 cas par an d'origine alimentaire [4]. Depuis 2018, des foyers liés à des produits cultivés dans le pays ont accru l'inquiétude [6].
Zones d'endémie. Selon la revue d'Ortega et Sanchez, le parasite a été trouvé chez 34 % des patients consultant pour une diarrhée chronique dans une clinique de Port-au-Prince (Haïti), chez 11 % de voyageurs et d'expatriés présentant des symptômes digestifs au Népal, et chez 2,3 % des personnes suivies en consultation externe au Guatemala [4]. Chez les enfants, des prévalences de 5 % (Népal, enfants avec diarrhée) à 18 % (une cohorte d'enfants de 1 à 2 ans et demi à Lima, au Pérou) ont été mesurées [4].
Saisons. Dans plusieurs régions endémiques, l'infection est plus fréquente pendant les mois chauds ou d'été (par exemple au Guatemala et au Pérou), en lien avec la maturation du parasite dans l'environnement, qui dépend de la température [2,4].
Dans les zones d'endémie, les enfants plus âgés et les adultes présentent souvent une infection bénigne ou sans symptômes [4]. Le diagnostic est difficile : le parasite est petit, vit à l'intérieur des cellules et ne prend pas les colorations de routine [7].
Signes cliniques
Les premiers signes apparaissent en moyenne une semaine après la contamination, avec des extrêmes de 2 jours à 2 semaines ou davantage [1].
- diarrhée aqueuse, signe le plus fréquent [1] ;
- perte d'appétit et perte de poids [1] ;
- crampes et ballonnements abdominaux, gaz plus fréquents, nausées [1] ;
- fatigue importante et prolongée [1] ;
- plus rarement : vomissements, courbatures, maux de tête, fièvre légère [1].
Sans traitement, la maladie peut durer de quelques jours à un mois ou plus, avec des périodes d'amélioration suivies de rechutes ; une nouvelle infection symptomatique est possible [1].
Signes de gravité
Chez les personnes dont l'immunité est affaiblie, la maladie est plus longue et plus sévère : dans une revue, la diarrhée durait en moyenne 199 jours chez les patients infectés par le VIH, contre 57,2 jours chez les patients séronégatifs, et l'amaigrissement était plus marqué chez les patients au stade sida (environ 7,2 kg contre 3,5 kg) [4]. Les personnes immunodéprimées peuvent nécessiter des cures de traitement plus longues [1].
Des complications sont décrites : malabsorption, cholécystite, arthrite réactive [1] ; la revue d'Ortega et Sanchez signale aussi le syndrome de Guillain-Barré et la cholangite [4].
Une diarrhée qui dure plus d'une semaine, surtout chez une personne vivant avec le VIH, un jeune enfant dénutri ou après un séjour en zone tropicale, doit conduire à consulter et à demander la recherche de Cyclospora dans les selles [1,4].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Les signes (diarrhée aqueuse prolongée avec perte de poids et fatigue, évoluant par poussées) ne permettent pas de distinguer la cyclosporose des autres diarrhées chroniques : seul l'examen des selles confirme l'infection [1].
Pour l'orienter, l'interrogatoire cherche un séjour ou un voyage en zone tropicale ou subtropicale et la consommation de produits frais crus (fruits, salades, herbes) ou d'eau non traitée [7,1].
Examens biologiques
Le diagnostic repose sur l'examen de selles [1].
- Examen microscopique après coloration : les oocystes sont sphériques, de 7,5 à 10 µm de diamètre. Ils se colorent en rose à rouge vif avec une coloration acido-résistante modifiée ou à la safranine modifiée ; la coloration acido-résistante donne des résultats plus variables [2]. La coloration de routine ne les révèle pas [7].
- Autofluorescence : les oocystes émettent une fluorescence sous lumière ultraviolette (UV) [2].
- PCR : plusieurs techniques de PCR détectent spécifiquement Cyclospora dans les selles ; des panels commerciaux de PCR digestifs, très sensibles, recherchent plusieurs agents à la fois [2].
- Plusieurs prélèvements : les oocystes sont éliminés de façon intermittente et en petit nombre ; un seul examen négatif n'exclut pas la maladie, et trois échantillons ou plus, à 2 ou 3 jours d'intervalle, peuvent être nécessaires [2].
- Histologie : chez un patient infecté par le VIH, le diagnostic n'a été posé que sur une biopsie obtenue par coloscopie, plus sensible que l'examen des selles dans ce cas [7].
Il faut demander explicitement la recherche de Cyclospora, car les colorations de routine ne la révèlent pas et la coloration acido-résistante modifiée est nécessaire [7,8].
Diagnostic différentiel
Devant une diarrhée prolongée, plusieurs causes parasitaires ou infectieuses peuvent donner un tableau voisin ; elles peuvent aussi coexister avec la cyclosporose [8].
| Maladie à évoquer | Éléments à connaître |
|---|---|
| Cryptosporidiose | Autre coccidie intestinale dont les oocystes sont infectants dès leur émission, donc transmissibles directement de personne à personne, contrairement à Cyclospora [2]. Les deux parasites peuvent coexister et sont repérés par la même coloration acido-résistante modifiée [8]. |
| Diarrhée chronique du patient infecté par le VIH (autres causes) | Dans une cohorte haïtienne d'adultes séropositifs avec une diarrhée d'au moins 3 semaines, Cyclospora était trouvé chez 11 % d'entre eux (51 sur 450) [4]. Voir aussi infection par le VIH. |
| Autres diarrhées infectieuses du voyageur | Cyclospora a été reconnu comme cause de diarrhée du voyageur ; la recherche ciblée dans les selles est nécessaire pour la distinguer [4]. |
Évolution, complications et pronostic
Sans traitement, la diarrhée peut durer de quelques jours à plus d'un mois et récidiver [1]. Chez les patients séronégatifs pour le VIH, la durée moyenne de la diarrhée rapportée dans la revue d'Ortega et Sanchez est de 57,2 jours [4].
Après traitement par le cotrimoxazole, une rechute des symptômes a été observée chez 43 % des patients infectés par le VIH en Haïti ; un traitement préventif de suite (prophylaxie secondaire) a été utilisé avec succès chez ces patients [4].
Chez l'enfant, un cas de co-infection Cyclospora et Cryptosporidium chez une fillette dénutrie séronégative en Thaïlande a guéri sous cotrimoxazole et réhydratation [8].
Traitement
Le traitement de référence est l'association triméthoprime-sulfaméthoxazole (cotrimoxazole) [1,4].
- Médicament de choix : le cotrimoxazole, efficace chez l'adulte immunocompétent comme chez le patient infecté par le VIH ; la durée est plus longue chez les patients immunodéprimés [1,4,7].
- Alternatives si le cotrimoxazole ne peut pas être utilisé : la ciprofloxacine et la nitazoxanide ont été utilisées, mais le cotrimoxazole reste plus fiable chez le patient VIH : dans un cas décrit, la ciprofloxacine n'a pas été efficace alors que le cotrimoxazole a guéri la maladie [4,7].
- Réhydratation : en cas de diarrhée abondante, compenser les pertes de liquides, par exemple avec des sels de réhydratation orale [8].
- Prévention des rechutes chez les patients infectés par le VIH : traitement préventif de suite selon l'avis du médecin [4].
Les doses et la durée dépendent de l'âge, du poids et de l'état immunitaire : elles figurent dans la fiche du médicament et dans le protocole national, et sont fixées par le médecin [1].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
- Cotrimoxazole (Traitement de référence de la cyclosporose)
- Ciprofloxacine (Alternative décrite, moins fiable chez le patient infecté par le VIH)
- Nitazoxanide (Alternative décrite en cas d'impossibilité d'utiliser le cotrimoxazole)
- Sels de réhydratation orale (SRO) (Compensation des pertes de liquides en cas de diarrhée abondante)
Prévention
Avant de manger des produits frais [3] :
- se laver les mains à l'eau et au savon avant et après avoir manipulé ou préparé des fruits et légumes crus [3] ;
- laver soigneusement à l'eau courante tous les fruits et légumes avant de les consommer, de les couper ou de les cuire ; frotter avec une brosse propre les produits fermes (melons, concombres) [3] ;
- retirer les parties abîmées ou meurtries [3] ;
- cuire les produits à au moins 70 °C : la cuisson détruit le parasite, alors que le lavage seul ne garantit pas son élimination [3] ;
- mettre au réfrigérateur dès que possible (dans les deux heures) les fruits et légumes coupés, épluchés ou cuits [3].
Voyageurs en zone tropicale ou subtropicale : le traitement courant des aliments ou de l'eau ne détruit probablement pas Cyclospora [3]. Les oocystes résistent au chlore [4].
Contrôle à l'échelle collective : la recherche progresse sur la détection du parasite dans les produits frais et l'eau, mais il reste difficile à détecter à cause de la faible quantité d'oocystes ; les méthodes de décontamination des produits sont encore peu étudiées [6].
Quand consulter en urgence
Consultez un médecin ou un centre de santé si une diarrhée aqueuse dure plus de quelques jours, surtout avec perte d'appétit, perte de poids, ballonnements et grande fatigue, ou si elle s'améliore puis revient [1].
Consultez sans attendre si vous êtes séropositif au VIH ou si votre immunité est affaiblie, si l'enfant est dénutri, ou si la diarrhée persiste après un voyage en zone tropicale [1,4,8].
Dites au médecin que vous avez mangé des fruits ou salades crus, ou bu de l'eau non traitée, et demandez-lui de faire rechercher Cyclospora dans les selles : cet examen doit être demandé expressément et peut devoir être répété [2,7].
En attendant, compensez les pertes de liquides en buvant suffisamment [8].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- Référence professionnelle · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Clinical Overview of Cyclosporiasis. 2026. Dernière révision : 18 septembre 2026.
- Référence professionnelle · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). DPDx - Cyclosporiasis. 2019. Dernière révision : 10 avril 2019.
- Référence professionnelle · Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Preventing Cyclosporiasis. 2026. Dernière révision : 11 septembre 2026.
- Revue à comité de lecture · Ortega YR, Sanchez R. Update on Cyclospora cayetanensis, a food-borne and waterborne parasite. Clin Microbiol Rev. 2010;23(1):218-234. 2010.
- Revue à comité de lecture · Almeria S, Chacin-Bonilla L, Maloney JG, Santin M. Cyclospora cayetanensis: A Perspective (2020-2023) with Emphasis on Epidemiology and Detection Methods. Microorganisms. 2023;11(9). 2023.
- Revue à comité de lecture · McCaughan KJ, Kniel KE. Current Knowledge and Future Directions for Cyclospora cayetanensis Research and Its Surrogates. Compr Rev Food Sci Food Saf. 2026;25(1):e70327. 2026.
- Revue à comité de lecture · Tsang OT, Wong RW, Lam BH, Chan JM, Tsang KY, Leung WS. Cyclospora infection in a young woman with human immunodeficiency virus in Hong Kong: a case report. BMC Res Notes. 2013;6:521. 2013.
- Revue à comité de lecture · Chokephaibulkit K, Wanachiwanawin D, Tosasuk K, Vanprapa N, Chearskul S. A report case of Cyclospora and Cryptosporidium mixed infection in a HIV-negative child in Thailand. J Med Assoc Thai. 2001;84(4):589-592. 2001.
Fiche mise à jour le 11 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 11 octobre 2028.