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Cystoisosporose

Infection de l'intestin grêle par un parasite microscopique, Cystoisospora belli, contracté en avalant de l'eau ou des aliments souillés. Elle provoque une diarrhée aqueuse qui peut durer des semaines, voire des mois, surtout chez les personnes vivant avec le VIH ; un antibiotique, le cotrimoxazole, la guérit le plus souvent et en prévient les rechutes.

Autres noms : Isosporose, Isosporiase, Infection à Cystoisospora belli, Infection à Isospora belli. En anglais : Cystoisosporiasis, Isosporiasis. CIM-10 : A07.3. Système : Maladies infectieuses et parasitaires, Maladies de l'appareil digestif.

Définition

La cystoisosporose (ancien nom : isosporose) est une infection digestive due à un parasite microscopique unicellulaire, Cystoisospora belli (anciennement Isospora belli), qui envahit les cellules de revêtement de l'intestin grêle [1,2].

Chez une personne dont les défenses immunitaires fonctionnent bien, l'infection est rare. Chez les personnes immunodéprimées, notamment celles qui vivent avec le VIH, elle peut devenir une maladie chronique et épuisante [1,3].

Causes et mécanisme

L'agent est un protozoaire de la famille des coccidies, Cystoisospora belli. Le parasite se multiplie à l'intérieur des cellules de l'intestin grêle puis produit des formes de résistance, les oocystes, éliminées dans les selles [2,3].

Le risque est nettement plus élevé chez les personnes infectées par le VIH, en particulier lorsque le nombre de lymphocytes CD4 est bas [1]. Des cas sont aussi décrits chez les personnes greffées ou sous traitement immunosuppresseur, et chez des patients traités pour un cancer [3].

Chez des personnes vivant avec le VIH au Ghana, la présence de l'ADN du parasite dans les selles allait de pair avec une diarrhée clinique (rapport de cotes 4,47) et avec un taux de CD4 inférieur à 200 cellules par µL (rapport de cotes 3,51) [5].

Transmission et facteurs de risque

La contamination se fait par voie féco-orale : on avale des oocystes devenus infectants (sporulés) présents dans de l'eau ou des aliments souillés [1,3].

Les oocystes sont immatures quand ils quittent l'intestin. Ils doivent mûrir dans le milieu extérieur, en 1 à 2 jours environ selon les données disponibles, avant de pouvoir infecter quelqu'un d'autre [1,2].

Aucun animal intermédiaire (hôte paraténique) n'a été démontré pour ce parasite [3]. Des fruits et légumes consommés crus peuvent véhiculer des parasites intestinaux, dont C. belli, qui figure parmi les protozoaires recherchés dans ces produits [10].

Des épidémies ont été rapportées dans des collectivités, par exemple des institutions accueillant des personnes à demeure [1,2].

Épidémiologie

La maladie existe dans le monde entier, mais elle est surtout fréquente dans les régions tropicales et subtropicales : Caraïbes, Amérique centrale et du Sud, Afrique, Inde et Asie du Sud-Est [1,2,3]. Elle peut aussi être observée dans les pays riches chez des voyageurs ou des migrants exposés à des aliments ou de l'eau souillés [1].

Elle est plus souvent rapportée chez les personnes vivant avec le VIH [1]. Au Ghana, l'ADN du parasite a été retrouvé dans les selles de 25 patients VIH (4,2 %), contre un seul témoin sans VIH connu (1,2 %) [5]. Au Niger, parmi 224 patients VIH hospitalisés pour une gastro-entérite aiguë fébrile, des oocystes de C. belli ont été vus dans 12 échantillons de selles, soit 12,9 % des échantillons examinés ; Cryptosporidium était plus fréquent (30,1 %) [6].

L'infection reste possible chez une personne au système immunitaire intact : un cas a été décrit en Chine chez un homme sans déficit immunitaire, avec une diarrhée prolongée [9]. Dans une étude américaine de pièces opératoires de vésicule biliaire, le parasite a été retrouvé dans 9,7 % des 401 pièces examinées rétrospectivement, sans lien avec l'âge, le sexe ou l'indication de l'intervention ; les auteurs le considèrent comme un hôte pouvant rester latent dans la vésicule [8].

Signes cliniques

La manifestation la plus fréquente est une diarrhée aqueuse, sans sang, souvent accompagnée de douleurs et de crampes abdominales, de perte d'appétit, de nausées, de vomissements et d'une fièvre modérée [1].

  • Durée : la diarrhée peut être abondante et durer plusieurs semaines, voire davantage, surtout en cas de VIH ou d'autre immunodépression ; l'infection peut persister des mois et les rechutes sont fréquentes [1,3].
  • Conséquences : déshydratation, perte de potassium et autres troubles des sels du sang, amaigrissement et mauvaise absorption des aliments [1,2].
  • Analyse de sang : une augmentation des éosinophiles (un type de globules blancs) peut être observée [1,2].
  • Formes hors de l'intestin : le parasite a été retrouvé dans les voies biliaires, les ganglions, la rate et le foie lors d'autopsies de personnes vivant avec le VIH ; une inflammation de la vésicule sans calcul et une arthrite réactionnelle sont aussi rapportées [1]. Le cas chinois chez un patient sans déficit immunitaire associait diarrhée prolongée et dilatation des voies biliaires [9].

Chez les nourrissons et les enfants, ainsi que chez les personnes immunodéprimées, la diarrhée peut être sévère [2].

Signes de gravité

La déshydratation, les pertes de sels minéraux (potassium) et l'amaigrissement sont les principales complications [1].

Un retard de diagnostic, fréquent hors des régions où la maladie est habituelle, expose à un risque accru de décès chez les patients fragiles [9].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Rien dans les symptômes ne permet de distinguer avec certitude la cystoisosporose des autres diarrhées chroniques : seul l'examen des selles la confirme [1,2].

Une diarrhée qui dure chez une personne vivant avec le VIH doit conduire à rechercher le parasite, en particulier dans les régions où il est fréquent [5]. Il est utile de prévenir le laboratoire que le patient est immunodéprimé, afin que les bonnes techniques soient employées [1].

Examens biologiques

Le diagnostic repose sur la mise en évidence, dans les selles, des oocystes de C. belli, qui sont grands (de l'ordre de 25 à 30 µm selon le CDC) [2].

Comme les oocystes sont éliminés de façon irrégulière et en petite quantité, même en cas de diarrhée profuse, il faut répéter l'examen des selles et utiliser une technique de concentration [1,2].

  • Coloration acido-résistante modifiée : les oocystes apparaissent en rouge vif ; d'autres colorations (safranine, hématoxyline-éosine) sont aussi employées [1,2].
  • Microscopie en lumière ultraviolette : les oocystes émettent une fluorescence naturelle (autofluorescence) [1,2].
  • Autres prélèvements : liquide ou mucus duodénal, biopsie de l'intestin ou « test de la ficelle » (Entero-Test) quand les selles restent négatives malgré une forte suspicion [1]. Chez le patient chinois sans déficit immunitaire, le parasite a été identifié dans la bile par une coloration acido-résistante [9].
  • Biologie moléculaire (PCR) : de plus en plus utilisée pour détecter le parasite [1].

Ces méthodes de laboratoire ne sont pas automatisées et demandent une bonne expérience du technicien pour être réalisées et interprétées correctement [7].

Diagnostic différentiel

Beaucoup de parasites et de microbes provoquent une diarrhée chronique chez les personnes immunodéprimées ; les coccidies en particulier ne se distinguent que par l'examen microscopique des selles avec des techniques adaptées [2,4].

Maladie à évoquerÉléments à connaître
Cryptosporidiose (fiche)Autre coccidie, très fréquente chez les patients VIH atteints de gastro-entérite : 30,1 % des échantillons au Niger, contre 12,9 % pour C. belli [6]. Le CDC propose un guide de laboratoire pour distinguer Cyclospora, Cryptosporidium et C. belli [2].
Cyclosporose (infection à Cyclospora cayetanensis)Cause aussi une diarrhée chronique chez les patients VIH des pays en développement, avec des symptômes comparables à ceux de la cystoisosporose ; dans l'essai de Haïti, les deux infections répondaient au même antibiotique [4].
Giardiase et amibiase (giardiase, amibiase)Parasites intestinaux recherchés dans les mêmes selles ; chez les patients VIH du Niger, des kystes d'Entamoeba et des Giardia ont été trouvés [6].
Autres diarrhées infectieuses (diarrhée aiguë)Les diarrhées d'origine infectieuse sont nombreuses [11] ; une diarrhée aqueuse sans sang qui dure des semaines chez une personne immunodéprimée doit faire rechercher la cystoisosporose par un examen des selles répété [1,2].

Évolution, complications et pronostic

Non traitée chez une personne immunodéprimée, l'infection peut devenir chronique, durer des mois et récidiver, sans que le mécanisme des rechutes soit connu [3].

Sous traitement, l'évolution est le plus souvent favorable : dans un essai mené à Port-au-Prince (Haïti) chez des patients VIH, la diarrhée s'est arrêtée chez les 19 patients traités par cotrimoxazole, et 18 sur 19 avaient des selles négatives au 7e jour [4].

Chez les personnes vivant avec le VIH, un traitement d'entretien (prophylaxie secondaire) évite les rechutes : tous les patients de l'essai d'Haïti recevant le cotrimoxazole sont restés indemnes de maladie [4]. Le guide américain du NIH recommande de l'arrêter quand le taux de CD4 reste à 200 cellules/mm³ ou plus pendant plus de 6 mois sous traitement antirétroviral, sans signe d'infection active [1].

Traitement

Le traitement vise à guérir l'infection et à compenser les pertes d'eau. Les doses et durées exactes dépendent de l'âge, du poids et de la situation du patient : elles figurent dans la fiche du médicament et dans le protocole national, et sont fixées par le médecin [1].

  • Réhydratation : la diarrhée se traite d'abord par des boissons de réhydratation, les sels de réhydratation orale (SRO), avec une perfusion si la déshydratation est importante [11].
  • Antibiotique de choix : le cotrimoxazole (sulfaméthoxazole-triméthoprime), pris par la bouche ou, si besoin, par perfusion, est le traitement recommandé de l'infection aiguë [1]. Dans l'essai d'Haïti, une cure d'une semaine a fait cesser la diarrhée plus vite que la ciprofloxacine [4]. Si les symptômes persistent ou s'aggravent, le guide du NIH envisage d'augmenter la dose ou de prolonger le traitement jusqu'à 3 à 4 semaines [1].
  • Si le cotrimoxazole n'est pas toléré (allergie aux sulfamides) : la ciprofloxacine est une alternative acceptable, mais moins efficace (diarrhée arrêtée chez 87 % des patients, selles négatives chez 70 %, contre 100 % et 95 % avec le cotrimoxazole) [4]. Le guide du NIH cite aussi l'association pyriméthamine et acide folinique (leucovorine) [1].
  • Prévenir les rechutes : chez les patients VIH, un traitement d'entretien par cotrimoxazole est prescrit après la guérison [1,4].
  • Traiter le VIH sans attendre : chez une personne vivant avec le VIH, le cotrimoxazole et le traitement antirétroviral doivent être débutés le plus tôt possible, sans différer le second [1].
  • Grossesse : le cotrimoxazole reste le médicament de choix pendant la grossesse ; la plupart des experts du NIH recommandent un supplément d'acide folique chez la femme enceinte ou susceptible de l'être qui en prend. En raison d'une possible toxicité au premier trimestre, le médecin peut ne pas poursuivre le traitement d'entretien à ce stade et ne traiter que l'infection avec symptômes [1].

Chez un patient sans déficit immunitaire, un seul cas décrit a bien répondu au sulfaméthoxazole [9].

Médicaments de la base cités dans cette fiche

Prévention

La prévention repose sur l'hygiène des mains et des aliments, car on s'infecte en avalant de l'eau ou des aliments contaminés [1].

  • Se laver les mains au savon [1].
  • Dans les régions où la maladie est répandue, éviter les aliments potentiellement contaminés (par exemple les salades) et l'eau douteuse ; éplucher les fruits et cuire les légumes [1].
  • Filtrer l'eau avec un filtre certifié (pores d'un micron au plus) lorsque l'eau n'est pas sûre [1].
  • Conserver correctement les aliments : au Ghana, l'absence de réfrigérateur au domicile était associée à la présence du parasite chez les patients VIH [5].
  • Pour les personnes vivant avec le VIH : traitement antirétroviral régulier (l'arrêt du traitement d'entretien n'est envisagé que lorsque les CD4 restent remontés) et traitement d'entretien par cotrimoxazole après un épisode [1].

L'accès à l'eau potable, à l'assainissement et à l'hygiène reste la mesure de fond contre les maladies diarrhéiques [11].

Quand consulter en urgence

Consultez un médecin ou un centre de santé si une diarrhée aqueuse dure plus de quelques jours, surtout si vous vivez avec le VIH, avez été greffé ou prenez un traitement qui diminue vos défenses, ou si vous maigrissez [1,5].

Pensez à demander un examen des selles et dites au laboratoire que vous avez un déficit immunitaire : l'examen doit parfois être répété car le parasite n'est pas toujours visible la première fois [1,2].

Urgence : diarrhée très abondante, impossibilité de boire ou vomissements répétés, grande soif, bouche sèche, extrême faiblesse. Rendez-vous sans attendre dans un centre de santé, en buvant des SRO en chemin [1,11].

Une femme enceinte ou qui peut le devenir doit signaler sa situation au médecin avant tout traitement [1].

Ne pas arrêter le traitement antirétroviral ni le traitement d'entretien de votre propre initiative : parlez-en à votre médecin [1].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. Référence professionnelle · National Institutes of Health (Guidelines for the Prevention and Treatment of Opportunistic Infections in Adults and Adolescents with HIV). Cystoisosporiasis (Formerly Isosporiasis): Adult and Adolescent Opportunistic Infections. 2025.
  2. Référence professionnelle · Centers for Disease Control and Prevention. DPDx - Cystoisosporiasis. 2024. Dernière révision : 3 juin 2024.
  3. Revue à comité de lecture · Dubey JP, Almeria S. Cystoisospora belli infections in humans: the past 100 years. Parasitology. 2019;146(12):1490-1527. 2019.
  4. Revue à comité de lecture · Verdier RI, Fitzgerald DW, Johnson WD, Pape JW. Trimethoprim-sulfamethoxazole compared with ciprofloxacin for treatment and prophylaxis of Isospora belli and Cyclospora cayetanensis infection in HIV-infected patients. A randomized, controlled trial. Ann Intern Med. 2000;132(11):885-888. 2000.
  5. Revue à comité de lecture · Frickmann H, Sarfo FS, Norman BR, et al. Epidemiological, Clinical, and Immunological Features of Ghanaian People-Living-with-HIV and Molecular Proof of Cystoisospora belli in Their Stool Samples. Pathogens. 2025;14(3):212. 2025.
  6. Revue à comité de lecture · Lamine MM, Mahamadou D, Mahamadou MA, et al. Prevalence of protozoa in HIV/AIDS patients with Gastrointestinal symptoms in Zinder National Hospital, Niger Republic. BMC Infect Dis. 2025;25(1):600. 2025.
  7. Revue à comité de lecture · Garcia LS, Arrowood M, Kokoskin E, et al. Practical Guidance for Clinical Microbiology Laboratories: Laboratory Diagnosis of Parasites from the Gastrointestinal Tract. Clin Microbiol Rev. 2018;31(1):e00025-17. 2017.
  8. Revue à comité de lecture · Noor M, Katzman PJ, Huber AR, et al. Unexpectedly High Prevalence of Cystoisospora belli Infection in Acalculous Gallbladders of Immunocompetent Patients. Am J Clin Pathol. 2019;151(1):100-107. 2019.
  9. Revue à comité de lecture · Cheng Q, Yu L, Zhang W, et al. Cystoisospora belli infection in an immunocompetent patient. Parasitol Res. 2026;125(1). 2026. Rapport de cas (Guangxi, Chine).
  10. Revue à comité de lecture · Li J, Wang Z, Karim MR, Zhang L. Detection of human intestinal protozoan parasites in vegetables and fruits: a review. Parasit Vectors. 2020;13(1):380. 2020.
  11. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Diarrhoeal disease (aide-mémoire). 2024.

Fiche mise à jour le 11 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 11 octobre 2028.