Hypertrophie bénigne de la prostate
Maladie fréquente de l'homme à partir de la cinquantaine : la prostate, glande située sous la vessie, augmente de volume sans être cancéreuse. Elle peut gêner l'écoulement de l'urine : jet faible, envies fréquentes d'uriner, réveils la nuit. Sans prise en charge, elle peut provoquer une rétention d'urine ou abîmer les reins. Un bilan permet de la distinguer d'un cancer de la prostate ; selon la gêne, on propose la surveillance, des médicaments ou une opération.
Autres noms : HBP, Hyperplasie bénigne de la prostate, Adénome de la prostate. En anglais : Benign prostatic hyperplasia, BPH. CIM-10 : N40. Système : Maladies des reins et de l'appareil génito-urinaire.
Définition
L'hypertrophie bénigne de la prostate (HBP, ou benign prostatic hyperplasia, BPH) est un diagnostic histologique : elle correspond à une multiplication des cellules musculaires lisses et des cellules épithéliales dans la zone de transition de la prostate, la partie qui entoure l'urètre [1]. Elle n'est pas un cancer [9].
Cette augmentation de volume peut gêner l'écoulement de l'urine et provoquer des troubles urinaires du bas appareil (en anglais lower urinary tract symptoms, LUTS) [4]. La fréquence et la sévérité de ces troubles augmentent avec l'âge et pèsent sur la santé et le bien-être des hommes [1].
Les recommandations parlent de troubles urinaires « attribués » à l'HBP, car des troubles semblables ont d'autres causes [1,3].
Causes et mécanisme
Les cellules du stroma et de l'épithélium de la zone de transition de la prostate se multiplient, sous l'influence probable de l'inflammation et des hormones sexuelles, ce qui augmente le volume de la glande [4]. Les mécanismes exacts restent débattus [4].
De nombreux facteurs de risque, modifiables ou non, favorisent l'apparition et l'aggravation de l'HBP et des troubles urinaires [4]. Les facteurs cités sont [9] :
Transmission et facteurs de risque
L'HBP n'est pas une infection et ne se transmet pas d'une personne à l'autre : c'est une prolifération de cellules de la prostate liée à l'âge et aux hormones [1,4]. Le risque est plus élevé en cas d'antécédents familiaux [9].
Épidémiologie
Monde. Selon les données de la Global Burden of Disease 2021, le risque de développer une HBP entre 40 ans et le décès est estimé à 27,29 % dans le monde ; il va de 13,66 % en Afrique subsaharienne centrale (le plus bas) à 37,57 % en Europe de l'Est (le plus haut) [8]. Il passe de 19,46 % dans les régions à faible niveau de développement socio-démographique à 31,51 % dans celles à niveau moyen-élevé, puis redescend à 24,71 % dans les régions les plus développées [8]. La plupart des cas surviennent entre 50 et 70 ans [8].
Avec l'âge. Les signes histologiques d'HBP touchent environ la moitié des hommes à la soixantaine et plus de 80 % vers 90 ans, selon les données rappelées dans une étude tanzanienne de 2026 [9]. Les troubles urinaires qui en découlent s'aggravent avec l'âge [1].
Afrique. Les données sont rares : une étude de 2026 le souligne pour l'Afrique subsaharienne [9]. À l'hôpital national de Muhimbili (Dar es Salaam, Tanzanie), parmi 133 hommes de 50 ans et plus qui consultaient pour des troubles urinaires et ont eu une biopsie en 2023, 57,9 % avaient une HBP et 40,6 % un cancer de la prostate (patients adressés à un hôpital de référence, donc plus avancés que la population générale) [9]. Les hommes africains auraient en moyenne un volume de prostate plus grand que ceux d'autres origines [10]. La rétention d'urine est fréquente en Afrique subsaharienne, où l'accès aux soins urologiques reste insuffisant [11].
Signes cliniques
Les troubles urinaires de l'HBP se répartissent en trois groupes [4] :
- obstructifs (vidange) : démarrage difficile (retard au démarrage), jet faible, poussées pour uriner, miction prolongée [4] ;
- irritatifs (remplissage) : envies fréquentes d'uriner, urgences, besoin de se lever la nuit (nocturie), fuites par urgence, petits volumes à chaque miction [4] ;
- après la miction : gouttes retardataires et impression de vidange incomplète [4].
À Dar es Salaam, les troubles les plus souvent rapportés par des hommes consultant pour des symptômes urinaires étaient la fréquence des mictions et le jet faible (78,2 % chacun), la vidange incomplète (64,7 %) et la nocturie (62,4 %) [9]. Ces troubles sont proches de ceux d'un cancer de la prostate et ne permettent pas de les distinguer [9].
Signes de gravité
L'HBP n'est pas dangereuse en elle-même, mais ses complications sont graves : la rétention aiguë d'urine peut obliger à poser en urgence une sonde, et l'obstacle non levé peut abîmer les reins (néphropathie obstructive, évoluant vers une insuffisance rénale irréversible) [9]. L'essai MTOPS définit la progression clinique par une aggravation d'au moins 4 points du score de symptômes, une rétention aiguë d'urine, une incontinence, une insuffisance rénale ou des infections urinaires récidivantes [5].
Dans les grandes prostates (plus de 200 g, « HBP géante »), le tableau peut associer saignements urinaires persistants, rétention chronique d'urine et atteinte rénale [10].
Impossibilité d'uriner, sang dans les urines qui persiste ou signes d'atteinte des reins : ces situations relèvent d'une prise en charge urgente en milieu de santé (sondage de la vessie, bilan rénal) [9,10].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Le diagnostic d'HBP est posé après un bilan des hommes présentant des troubles urinaires [4]. Le guide de l'Association américaine d'urologie (AUA) décrit une évaluation initiale puis un traitement médical, adaptés à chaque patient [1].
Le score international des symptômes prostatiques (IPSS) est un questionnaire de 8 questions rempli par le patient, qui mesure la gêne urinaire ; un score de 8 à 19 correspond à des symptômes modérés et de 20 à 35 à des symptômes sévères [9]. Il ne permet pas à lui seul de distinguer HBP et cancer de la prostate [9].
Les recommandations européennes de 2026 ont mis à jour l'évaluation diagnostique et ajoutent une section sur les troubles de la miction de l'homme jeune [3].
Examens biologiques
Les examens utilisés dans les études pour apprécier l'HBP sont [6,7,9] :
| Examen | Intérêt |
|---|---|
| Score IPSS (questionnaire) | Mesure la gêne urinaire et sa sévérité [9] |
| Dosage sanguin du PSA (antigène prostatique spécifique) | Une valeur de base plus élevée est associée à un risque plus grand de progression [7] ; le PSA sert aussi, avec la biopsie, à chercher un cancer [9] |
| Volume de la prostate (échographie) | Mesuré par échographie par voie rectale dans l'essai MTOPS [6] ; un volume de 31 mL ou plus est associé à un risque plus élevé de progression [7], et le volume guide le choix du traitement médical [6] |
| Débit urinaire maximal (Qmax) | Un débit faible (moins de 10,6 mL/s) est associé à un risque plus élevé de progression [7] |
| Résidu post-mictionnel | Un résidu de 39 mL ou plus est associé à un risque plus élevé de progression [7] |
| Biopsie de la prostate (examen au microscope) | Distingue HBP et cancer quand le doute persiste ; en contexte de ressources limitées, l'examen histologique est jugé nécessaire chez tous les hommes ayant des troubles urinaires [9] |
Diagnostic différentiel
Le principal diagnostic à écarter est le [[d:cancer-de-la-prostate|cancer de la prostate]], dont les signes urinaires peuvent être identiques et qui peut coexister avec l'HBP [9]. À Dar es Salaam, nocturie, fuites par urgence et gouttes retardataires étaient plus fréquentes chez les hommes atteints d'HBP que chez ceux atteints de cancer, et les cancers présentaient plus souvent des scores de symptômes modérés [9].
Après chirurgie pour HBP au Malawi, l'examen au microscope a montré une HBP chez 82,6 % des 23 hommes opérés et une tumeur maligne découverte par hasard chez 26,1 % d'entre eux [11]. D'où l'intérêt d'examiner systématiquement le tissu retiré [9,11].
Les troubles urinaires peuvent aussi relever d'autres causes ; les recommandations européennes traitent séparément les troubles de la miction de l'homme jeune [3]. Une infection urinaire récidivante peut aussi être une complication de l'HBP [5].
Évolution, complications et pronostic
Les troubles urinaires de l'HBP sont progressifs [1]. Dans l'essai MTOPS (3 047 hommes, suivi moyen de 4,5 ans), 17 % des hommes sous placebo avaient eu une progression clinique après au moins 4 ans de suivi (4,5 événements pour 100 personnes-années) [5,7].
Le risque de progression était plus grand en cas de volume de prostate de 31 mL ou plus, de PSA plus élevé, de débit maximal inférieur à 10,6 mL/s, de résidu post-mictionnel de 39 mL ou plus et d'âge de 62 ans ou plus [7].
Sans traitement efficace, la rétention d'urine et l'atteinte rénale sont possibles [9]. Au Malawi, les 23 hommes porteurs d'une sonde à demeure qui ont eu une prostatectomie à ciel ouvert n'avaient plus de sonde et urinaient seuls deux mois plus tard [11]. Le guide de l'AUA inclut une section sur le retraitement, c'est-à-dire la durée d'efficacité des techniques [2].
Traitement
Le traitement progresse de la surveillance simple au traitement médicamenteux puis à la chirurgie ; le point de départ dépend des symptômes et de la gêne ressentie [4]. La décision tient compte des caractéristiques de chaque patient [1,2].
Médicaments. Le guide de l'AUA couvre notamment les alpha-bloquants, les inhibiteurs de la 5-alpha réductase, les inhibiteurs de la PDE5, les anticholinergiques et les agonistes bêta-3 [1]. L'essai MTOPS a comparé un alpha-bloquant, la doxazosine, un inhibiteur de la 5-alpha réductase, le finastéride, leur association et un placebo [5] :
- chacun des deux médicaments seul réduit le risque de progression clinique (de 39 % pour la doxazosine et de 34 % pour le finastéride par rapport au placebo) [5] ;
- l'association réduit ce risque de 66 %, davantage que chacun seul [5] ;
- le finastéride et l'association réduisent le risque de rétention aiguë d'urine et le recours à un traitement invasif, mais pas la doxazosine seule [5] ;
- l'association n'est pas meilleure que la doxazosine seule quand la prostate est petite (moins de 25 mL), mais l'est quand elle mesure 25 mL ou plus [6].
Chirurgie. Les techniques vont d'interventions mini-invasives réalisables en consultation à des opérations plus lourdes ; le guide de l'AUA évalue notamment la résection transurétrale de la prostate (RTUP), l'énucléation au laser (HoLEP), l'incision transurétrale de la prostate, la thermothérapie, la vapeur d'eau, l'aquablation et la prostatectomie simple à ciel ouvert ou assistée par robot [2]. Le choix dépend du patient et du risque de l'intervention [2].
Dans une série nigériane de prostates géantes, la prostatectomie simple à ciel ouvert est jugée la meilleure option dans le contexte local, au prix d'une transfusion chez tous les patients [10]. Au Malawi, des chirurgiens non urologues formés l'ont réalisée avec succès chez des hommes porteurs d'une sonde à demeure [11].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
Prévention
Plusieurs facteurs de risque de l'HBP sont modifiables [4] ; le manque d'activité physique, le syndrome métabolique et le diabète de type 2 figurent parmi ceux qui sont cités [9]. L'âge et les antécédents familiaux ne peuvent pas être modifiés [9].
Un volume de prostate élevé, un jet faible, un résidu post-mictionnel important, un PSA plus élevé et l'âge signalent un risque plus grand de progression ; ces facteurs, mesurables lors d'un bilan, permettent d'identifier les hommes les plus exposés [7].
Quand consulter en urgence
Consultez un médecin si vous avez un jet urinaire faible, des difficultés à démarrer, des envies fréquentes d'uriner ou des réveils nocturnes pour uriner : ces signes peuvent venir d'une HBP, mais aussi d'un cancer de la prostate, et seul un bilan permet de faire la différence [4,9].
Consultez aussi en cas d'infections urinaires à répétition ou de sang dans les urines [5,10].
Urgence : impossibilité d'uriner, ou signes d'atteinte des reins : allez sans attendre dans un service d'urgence, où une sonde de vessie peut être posée [9,10].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- Référence professionnelle · Lerner LB, McVary KT, Barry MJ, et al. Management of Lower Urinary Tract Symptoms Attributed to Benign Prostatic Hyperplasia: AUA Guideline Part I – Initial Work-up and Medical Management. J Urol. 2021;206(4):806-817. 2021. Résumé de la recommandation (19 énoncés sur l'évaluation et le traitement médical).
- Référence professionnelle · Lerner LB, McVary KT, Barry MJ, et al. Management of Lower Urinary Tract Symptoms Attributed to Benign Prostatic Hyperplasia: AUA Guideline Part II – Surgical Evaluation and Treatment. J Urol. 2021;206(4):818-826. 2021. Résumé de la recommandation (24 énoncés sur la chirurgie).
- Référence professionnelle · Baboudjian M, Creta M, Pyrgidis N, et al. Summary Paper on the 2026 European Association of Urology Guidelines on the Management of Non-neurogenic Male Lower Urinary Tract Symptoms. Eur Urol. 2026;90(1):44-59. 2026. Résumé de la mise à jour 2026 des recommandations de l'Association européenne d'urologie.
- Revue à comité de lecture · Chughtai B, Forde JC, Thomas DDM, et al. Benign prostatic hyperplasia. Nat Rev Dis Primers. 2016;2:16031. 2016. Résumé de la revue.
- Revue à comité de lecture · McConnell JD, Roehrborn CG, Bautista OM, et al. The long-term effect of doxazosin, finasteride, and combination therapy on the clinical progression of benign prostatic hyperplasia (essai MTOPS). N Engl J Med. 2003;349(25):2387-2398. 2003. Résumé de l'article.
- Revue à comité de lecture · Kaplan SA, McConnell JD, Roehrborn CG, et al. Combination therapy with doxazosin and finasteride for benign prostatic hyperplasia in patients with lower urinary tract symptoms and a baseline total prostate volume of 25 ml or greater. J Urol. 2006;175(1):217-220. 2006. Analyse de l'essai MTOPS selon le volume de la prostate ; résumé de l'article.
- Revue à comité de lecture · Crawford ED, Wilson SS, McConnell JD, et al. Baseline factors as predictors of clinical progression of benign prostatic hyperplasia in men treated with placebo. J Urol. 2006;175(4):1422-1426. 2006. Analyse du groupe placebo de l'essai MTOPS ; résumé de l'article.
- Revue à comité de lecture · Chen Y, Li Y, Li L, et al. Global, regional, and national lifetime risks of developing benign prostatic hyperplasia in men aged over 40: a population-based cross-sectional study from 1990 to 2021. Trop Med Health. 2025;53(1):93. 2025. Estimations tirées de l'étude Global Burden of Disease 2021.
- Revue à comité de lecture · Amin AIA, Samhan LM, Zaidi ARZ, et al. Prevalence of Benign Prostatic Hyperplasia and Prostate Cancer Among Men Presenting with Lower Urinary Tract Symptoms at a Tertiary Referral Hospital in Dar es Salaam, Tanzania: A Retrospective Cross-Sectional Study. J Clin Med. 2026;15(8):2914. 2026. Texte intégral (introduction et résultats) ; 133 hommes de 50 ans et plus.
- Revue à comité de lecture · Igbokwe MC, Salako AA, Badmus TA, et al. Simple Prostatectomy for Giant Benign Prostatic Hyperplasia in Sub-Saharan Africa: Case Series and Literature Review. West Afr J Med. 2021;38(5):498-501. 2021. Résumé de l'article (4 patients, Nigeria).
- Revue à comité de lecture · Bobrowski A, Nayan M, Heimrath O, et al. Supply the demand: Assessment of the feasibility of local nonurologists in relieving the burden of chronic indwelling catheters in a low-income country. Can Urol Assoc J. 2021;15(5):E261-E266. 2021. Résumé de l'article (48 hommes évalués, Malawi).
Fiche mise à jour le 13 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 13 octobre 2028.