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Insuffisance rénale chronique

Maladie dans laquelle les reins filtrent de moins en moins bien le sang, de façon durable (plus de 3 mois). Elle est le plus souvent causée par le diabète et l'hypertension artérielle et reste longtemps sans symptôme : on la découvre par une prise de sang (créatinine, qui permet de calculer le débit de filtration) et une analyse d'urine (albumine). Elle ne guérit pas, mais des mesures simples et certains médicaments ralentissent son évolution et protègent le cœur. Au stade ultime, la dialyse ou la greffe de rein deviennent nécessaires.

Autres noms : Maladie rénale chronique, Néphropathie chronique, IRC, Insuffisance rénale terminale (stade ultime). En anglais : Chronic kidney disease, CKD. CIM-10 : N18. Système : Maladies des reins et de l'appareil génito-urinaire.

Définition

La maladie rénale chronique (insuffisance rénale chronique) est une anomalie de la structure ou du fonctionnement des reins, présente depuis au moins 3 mois, qui a des conséquences pour la santé [2]. Elle évolue progressivement et est souvent irréversible ; sa forme la plus sévère est l'insuffisance rénale terminale (« défaillance rénale »), qui nécessite la dialyse ou la greffe de rein pour survivre [1].

Les reins filtrent le sang. Leur capacité de filtration se mesure par le débit de filtration glomérulaire (DFG), estimé à partir de la créatinine du sang (DFGe) ; on parle de maladie rénale chronique lorsque le DFG est inférieur à 60 mL/min/1,73 m² et/ou lorsqu'il existe un marqueur d'atteinte rénale, comme une albuminurie (présence d'albumine, une protéine, dans les urines) [2].

C'est une maladie sans guérison, avec une morbidité et une mortalité élevées, fréquente chez l'adulte, surtout en cas de diabète ou d'hypertension artérielle [3].

Causes et mécanisme

Les causes sont variées : le diabète, l'hypertension artérielle, les maladies cardiovasculaires, les glomérulonéphrites (inflammation des unités de filtration du rein), certaines maladies génétiques, certains médicaments et toxiques, et des infections [1].

Les principaux facteurs de risque à rechercher sont [2] :

  • l'hypertension artérielle, le diabète et les maladies cardiovasculaires, y compris l'insuffisance cardiaque [2] ;
  • un antécédent d'atteinte rénale aiguë : un seul épisode d'atteinte rénale aiguë augmente le risque de maladie rénale chronique et de décès [1,2] ;
  • les expositions environnementales ou professionnelles, les maladies de l'appareil génito-urinaire et les maladies inflammatoires touchant plusieurs organes [2] ;
  • les causes liées aux traitements (certains médicaments) [2] ;
  • des antécédents familiaux ou des variants génétiques connus, et certaines complications de grossesse [2] ;
  • le vieillissement de la population [1].

Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, une part importante des malades n'a aucun facteur de risque connu [1]. En Afrique subsaharienne, le VIH, le diabète, l'hypertension et les maladies cardiovasculaires contribuent à la fréquence de la maladie [8], et l'urbanisation rapide, l'épidémie de VIH et la hausse des maladies non transmissibles exposent particulièrement les habitants à l'atteinte rénale [6].

Transmission et facteurs de risque

La maladie rénale chronique n'est pas contagieuse : elle résulte de maladies chroniques (diabète, hypertension), de lésions rénales, de facteurs génétiques, de médicaments ou de toxiques et d'infections [1].

Épidémiologie

Monde. Selon l'OMS (aide-mémoire du 20 avril 2026), environ 674 millions de personnes vivent avec une maladie rénale chronique, la plupart dans des pays à revenu faible ou intermédiaire [1]. L'étude Global Burden of Disease 2017 estimait à 697,5 millions les cas de maladie rénale chronique tous stades confondus en 2017 (prévalence mondiale de 9,1 %) et à 1,2 million le nombre de décès qu'elle a causés ; la maladie représentait 35,8 millions d'années de vie perdues en bonne santé (DALY), dont près d'un tiers dues à la néphropathie diabétique [4].

Le fardeau est surtout concentré dans les pays aux niveaux de développement faible et intermédiaire, et la maladie est largement évitable et traitable [4]. Les inégalités d'accès aux examens, aux médicaments essentiels, aux soignants et aux traitements de suppléance rénale contribuent chaque année à des millions de décès évitables [1]. De plus, 1,4 million de décès cardiovasculaires étaient attribuables à une fonction rénale altérée en 2017 [4].

Afrique subsaharienne. Une méta-analyse portant sur des études publiées jusqu'en mars 2012 a trouvé une prévalence de 13,9 % (IC 95 % : 12,2-15,7) dans les études de qualité moyenne ou bonne ; la qualité des données était globalement faible [6]. Une revue plus récente (études de 2018 à 2023) rapporte des prévalences allant de 9,8 % à 29,9 % selon les études, l'âge, l'hypertension et le diabète étant associés à la maladie ; la mortalité des malades n'y était pas étudiée [8].

Accès à la dialyse. Dans une revue d'études d'Afrique subsaharienne, 96 % des adultes (390 sur 406) qui n'avaient pas accès à la dialyse sont morts ou ont été présumés morts ; parmi les adultes qui débutaient la dialyse, 88 % (2 747 sur 3 122) sont morts ou ont été présumés morts, et 84 % ont arrêté le traitement ; l'accès à la dialyse y est limité par le manque d'infrastructures et par des coûts à charge des patients souvent catastrophiques [7].

Signes cliniques

La maladie est le plus souvent silencieuse jusqu'aux stades avancés [1]. Aux stades avancés, on peut observer [1] :

  • une fatigue [1] ;
  • un essoufflement [1] ;
  • des démangeaisons sur tout le corps [1] ;
  • un gonflement des jambes [1] ;
  • des crampes musculaires [1] ;
  • des nausées ou des vomissements [1].

Parce que ces signes sont tardifs, c'est le dépistage par des examens (prise de sang et analyse d'urine) chez les personnes à risque qui permet de découvrir la maladie à temps [1,2].

Signes de gravité

Complications. La maladie rénale chronique entraîne une morbidité, des handicaps et une mortalité prématurée importants, en partie parce qu'elle provoque des maladies cardiovasculaires et en est aussi la conséquence [1]. Le risque cardiovasculaire, le risque d'infection et le risque d'atteinte rénale aiguë sont élevés et doivent être pris en charge [3]. Parmi les complications suivies par les néphrologues figurent des anomalies du potassium, une acidose, une anémie, une atteinte osseuse et une dénutrition [2].

Des vomissements persistants, un essoufflement, un gonflement important des jambes ou une fatigue intense chez une personne atteinte de maladie rénale, diabétique ou hypertendue doivent faire consulter rapidement : ils peuvent traduire une insuffisance rénale avancée [1].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Il n'existe pas de signe spécifique : le diagnostic repose sur des examens biologiques et non sur la clinique seule [1,2]. Il faut rechercher activement la maladie chez les personnes à risque (hypertension, diabète, maladies cardiovasculaires, antécédent d'atteinte rénale aiguë, antécédents familiaux, exposition à des toxiques) [2].

L'OMS recommande d'intégrer la santé rénale aux soins primaires : un dépistage systématique (« case-finding ») par DFGe et albuminurie peut être organisé en soins primaires chez les personnes hypertendues, diabétiques ou atteintes de maladie cardiovasculaire [1].

Examens biologiques

Les recommandations KDIGO 2024 demandent de tester à la fois le DFG et l'albumine dans les urines chez les personnes à risque ou atteintes [2]. Le DFG est d'abord estimé à partir de la créatinine (DFGe-créatinine) ; si le dosage de la cystatine C est disponible, on l'associe à la créatinine pour une estimation plus fiable, notamment lorsque la créatinine est moins précise et que la décision dépend de la fonction rénale [2].

Critères de la maladie rénale chronique. Deux valeurs du DFGe inférieures à 60 mL/min/1,73 m² à au moins 90 jours d'intervalle indiquent une maladie rénale chronique [1]. Une albuminurie persistante, avec un rapport albumine/créatinine urinaire (RAC) supérieur à 30 mg/g (3 mg/mmol), l'indique aussi [1,2]. D'autres marqueurs d'atteinte rénale comptent : anomalies du sédiment urinaire, sang dans les urines persistant, anomalies des tubules, anomalies à la biopsie ou à l'imagerie, antécédent de greffe de rein [2].

Classification (stades de la maladie selon le DFG et l'albuminurie) [2] :

CatégorieValeur
DFG G1 : normal ou élevé≥ 90 mL/min/1,73 m² [2]
DFG G2 : légèrement diminué60 à 89 mL/min/1,73 m² [2]
DFG G3a : légèrement à modérément diminué45 à 59 mL/min/1,73 m² [2]
DFG G3b : modérément à sévèrement diminué30 à 44 mL/min/1,73 m² [2]
DFG G4 : sévèrement diminué15 à 29 mL/min/1,73 m² [2]
DFG G5 : insuffisance rénale terminale< 15 mL/min/1,73 m² [2]
Albuminurie A1 : normale ou légèrement augmentéeRAC < 30 mg/g (< 3 mg/mmol) [2]
Albuminurie A2 : modérément augmentéeRAC de 30 à 300 mg/g (3 à 30 mg/mmol) [2]
Albuminurie A3 : sévèrement augmentéeRAC > 300 mg/g (> 30 mg/mmol) [2]

Un DFG normal ou légèrement diminué (G1 et G2) ne suffit pas à poser le diagnostic : il faut aussi un marqueur d'atteinte rénale, comme l'albuminurie [2].

Diagnostic différentiel

Atteinte rénale aiguë. Elle apparaît en quelques heures ou jours (sepsis, chirurgie lourde, traumatisme, complications de grossesse, médicaments toxiques pour le rein, déshydratation) et peut être traitée en traitant la cause ; la maladie rénale chronique, elle, est définie par une durée d'au moins 3 mois [1,2]. Les deux sont liées : une atteinte rénale aiguë augmente le risque de maladie rénale chronique, et la maladie rénale chronique augmente le risque d'atteinte rénale aiguë [1].

Recherche de la cause. Une fois la maladie rénale chronique confirmée, il faut en chercher la cause (diabète, hypertension, glomérulonéphrite, maladie héréditaire, médicaments, infections) ; l'avis d'un néphrologue est conseillé lorsque la cause est incertaine ou en cas de maladie héréditaire [1,2].

Évolution, complications et pronostic

La maladie rénale chronique est progressive et sans guérison : en l'absence de prise en charge, la fonction rénale continue de baisser jusqu'au stade G5 (insuffisance rénale terminale), où la dialyse ou la greffe sont nécessaires pour survivre [1,3].

Le principal danger est aussi cardiovasculaire : la maladie rénale cause et est causée par les maladies du cœur et des vaisseaux, et 1,4 million de décès cardiovasculaires dans le monde en 2017 étaient attribuables à une fonction rénale altérée [1,4].

Le pronostic dépend de l'accès aux soins : en Afrique subsaharienne, la majorité des malades qui débutent la dialyse arrêtent leur traitement et meurent ; seuls 1 % des adultes débutant la dialyse ont reçu une greffe dans les études analysées [7].

Traitement

La prise en charge vise à ralentir la progression, réduire le risque cardiovasculaire et prévenir les complications de la maladie avancée [1,3]. Le traitement est coordonné avec celui de la cause (diabète, hypertension) [2].

Mode de vie [2] :

  • activité physique modérée (au moins 150 minutes par semaine, ou selon la tolérance cardiovasculaire et physique) [2] ;
  • alimentation variée, plus riche en aliments d'origine végétale et pauvre en aliments ultra-transformés ; apport en sel limité (moins de 2 g de sodium par jour, soit moins de 5 g de sel) [2,3] ;
  • arrêt du tabac et poids optimal [2] ;
  • une alimentation à base de plantes, pauvre en protéines et en sel pourrait aider à préserver la fonction rénale [3].

Médicaments (principes, sans posologie) [2,3] :

  • Inhibiteurs du système rénine-angiotensine : les inhibiteurs de l'enzyme de conversion (énalapril, captopril, ramipril, lisinopril, périndopril) ou les antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II (losartan, irbésartan, valsartan, telmisartan) sont recommandés en cas d'albuminurie, avec ou sans diabète ; l'association de deux de ces classes est à éviter [2].
  • Inhibiteurs des SGLT-2 (dapagliflozine, empagliflozine) : recommandés chez l'adulte dont le DFGe est d'au moins 20 mL/min/1,73 m² en cas de diabète de type 2, d'albuminurie importante ou d'insuffisance cardiaque [2]. Dans l'essai DAPA-CKD (4 304 patients), la dapagliflozine a réduit de 39 % le risque de l'événement principal (baisse du DFG d'au moins 50 %, insuffisance rénale terminale ou décès rénal ou cardiovasculaire), avec ou sans diabète de type 2 [5]. Ces deux médicaments ne figurent pas dans la base Africa Medical Data [2,5].
  • Antagoniste non stéroïdien des récepteurs minéralocorticoïdes (finérénone) : proposé en cas de diabète de type 2, d'albuminurie persistante malgré un inhibiteur du système rénine-angiotensine et de potassium normal [2]. Il ne figure pas dans la base Africa Medical Data [2].
  • Pression artérielle : une pression systolique cible inférieure à 120 mmHg est suggérée, lorsqu'elle est tolérée et mesurée de façon standardisée [2].
  • [[m:metformine|Metformine]] et autres médicaments du rein : leur arrêt planifié 48 à 72 heures avant une chirurgie programmée, ou en cas d'effets indésirables aigus, est à envisager par précaution [2].

Complications : l'acidose (bicarbonate bas) peut justifier un traitement médicamenteux, avec ou sans mesures alimentaires ; les aliments riches en potassium sont limités chez les malades ayant déjà eu un excès de potassium [2].

Insuffisance rénale terminale. Le traitement repose sur la dialyse ou la greffe de rein ; lorsque ces traitements sont indisponibles, trop coûteux ou refusés, le traitement conservateur apporte des soins de soutien centrés sur le contrôle des symptômes et la qualité de vie [1]. Une entrée progressive en dialyse peut être envisagée [3].

Médicaments de la base cités dans cette fiche

Prévention

Prévenir la maladie. Un mode de vie sain (activité physique régulière, poids sain, absence de tabac) réduit le risque ; chez les personnes diabétiques, hypertendues ou atteintes de maladie cardiovasculaire, un bon contrôle de la pression artérielle, de la glycémie et des graisses du sang réduit encore ce risque [1].

Dépister tôt. Il est recommandé de mesurer le DFGe et l'albuminurie chez les personnes à risque pour traiter la maladie dès le début [1,2].

Éviter ce qui abîme les reins. Les personnes atteintes doivent faire examiner et limiter les médicaments sans ordonnance et les remèdes à base de plantes qui peuvent être nocifs pour le rein [2]. L'atteinte rénale aiguë se prévient en évitant et en traitant la déshydratation, les infections et les complications de grossesse [1].

Quand consulter en urgence

Consultez si vous êtes diabétique, hypertendu ou atteint d'une maladie du cœur et n'avez jamais fait doser la créatinine et l'albumine dans les urines : la maladie rénale chronique est silencieuse et ne se découvre souvent que par ces examens [1,2].

Consultez rapidement en cas de fatigue importante, d'essoufflement, de gonflement des jambes, de démangeaisons sur tout le corps, de crampes musculaires, de nausées ou de vomissements chez une personne atteinte de maladie rénale connue [1].

Un avis spécialisé (néphrologue) est conseillé notamment si la cause est incertaine, si la maladie est héréditaire, si le DFG est inférieur à 30 mL/min/1,73 m², en cas d'albuminurie importante (RAC supérieur à 300 mg/g), de baisse rapide du DFG, d'hypertension qui résiste au traitement ou d'anomalies persistantes du potassium, d'acidose, d'anémie ou d'atteinte osseuse [2].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. OMS · Organisation mondiale de la Santé. Maladies rénales (Kidney disease), aide-mémoire. 2026. Version du 20 avril 2026 (en anglais).
  2. Référence professionnelle · Kidney Disease: Improving Global Outcomes (KDIGO) CKD Work Group. KDIGO 2024 Clinical Practice Guideline for the Evaluation and Management of Chronic Kidney Disease. Kidney Int. 2024;105(4S):S117-S314. 2024. Définition, classification, dépistage, traitement et orientation vers le néphrologue.
  3. Revue à comité de lecture · Kalantar-Zadeh K, Jafar TH, Nitsch D, Neuen BL, Perkovic V. Chronic kidney disease. Lancet. 2021;398(10302):786-802. 2021. Résumé (Seminar).
  4. Revue à comité de lecture · GBD Chronic Kidney Disease Collaboration. Global, regional, and national burden of chronic kidney disease, 1990-2017: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2017. Lancet. 2020;395(10225):709-733. 2020.
  5. Revue à comité de lecture · Heerspink HJL, Stefánsson BV, Correa-Rotter R, et al. Dapagliflozin in Patients with Chronic Kidney Disease. N Engl J Med. 2020;383(15):1436-1446. 2020. Essai DAPA-CKD, résumé.
  6. Revue à comité de lecture · Stanifer JW, Jing B, Tolan S, et al. The epidemiology of chronic kidney disease in sub-Saharan Africa: a systematic review and meta-analysis. Lancet Glob Health. 2014;2(3):e174-e181. 2014. Résumé ; études publiées jusqu'en mars 2012.
  7. Revue à comité de lecture · Ashuntantang G, Osafo C, Olowu WA, et al. Outcomes in adults and children with end-stage kidney disease requiring dialysis in sub-Saharan Africa: a systematic review. Lancet Glob Health. 2017;5(4):e408-e417. 2017. Résumé ; études de 1990 à 2015.
  8. Revue à comité de lecture · Chanda C, Johnson N, Ngwenya N, et al. Prevalence and determinants of poor outcome in patients with chronic kidney disease in low-income countries in sub-Saharan Africa: a systematic review. Pan Afr Med J. 2026;53:168. 2026. Résumé ; études de 2018 à 2023.

Fiche mise à jour le 13 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 13 octobre 2028.