Cancer de la prostate
Tumeur maligne de la prostate, la glande de l'appareil génital masculin. C'est l'un des cancers les plus fréquents chez l'homme dans le monde, et l'une des premières causes de décès par cancer dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne, où la maladie est souvent découverte à un stade avancé. Elle peut longtemps passer inaperçue ou provoquer des troubles urinaires et des douleurs du dos ou des os. Le diagnostic repose sur le toucher rectal, le dosage du PSA, l'imagerie et la biopsie. Selon le stade, on propose la surveillance active, la chirurgie, la radiothérapie ou un traitement hormonal et d'autres traitements du cancer avancé.
Autres noms : Cancer prostatique, Adénocarcinome de la prostate. En anglais : Prostate cancer. CIM-10 : C61. Système : Tumeurs (cancers).
Définition
Le cancer de la prostate est une tumeur maligne qui se développe dans la prostate, glande de l'appareil génital masculin [1]. Dans une série de 82 patients suivis à Jos (Nigeria), tous les cas étaient des adénocarcinomes à l'examen au microscope [6].
Les formes localisées, limitées à la prostate, et les formes avancées ou métastatiques (qui ont atteint d'autres organes, notamment les os) se prennent en charge très différemment [1,2,3]. Certains cancers sont dits « indolents » : ils évoluent lentement et peuvent être simplement surveillés [1].
Causes et mécanisme
Les causes exactes du cancer de la prostate ne sont pas connues. Les facteurs associés de façon constante à la maladie sont [7,4] :
- l'âge : dans une revue des études nigérianes, l'âge moyen au diagnostic allait de 55 à 71 ans, avec une fréquence plus élevée entre 60 et 69 ans [7] ;
- la prédisposition génétique : plusieurs variants génétiques associés au risque de la maladie sont plus fréquents chez les hommes d'ascendance ouest-africaine, ce qui pourrait contribuer à expliquer l'incidence élevée observée dans les Caraïbes et dans certains pays d'Afrique subsaharienne [4].
Malgré la fréquence de la maladie, peu de facteurs liés au mode de vie ou à l'environnement ont été identifiés avec certitude [4].
Transmission et facteurs de risque
Le cancer de la prostate n'est pas une maladie contagieuse : il ne se transmet pas d'une personne à une autre. Les facteurs de risque identifiés sont l'âge et la prédisposition génétique [4,7].
Épidémiologie
Monde. En 2022, on estimait à 1,5 million le nombre de nouveaux cas de cancer de la prostate et à 397 000 le nombre de décès dans le monde ; c'est le deuxième cancer le plus fréquent et la cinquième cause de décès par cancer chez l'homme [4]. Il est le cancer le plus souvent diagnostiqué chez l'homme dans près des deux tiers des pays (118 sur 185) [4].
Les taux de nouveaux cas varient fortement d'une région à l'autre (de 6,4 à 82,8 pour 100 000), les plus élevés étant observés en Europe du Nord, en Australie et Nouvelle-Zélande, dans les Caraïbes et en Amérique du Nord, les plus bas dans plusieurs régions d'Asie et d'Afrique [4]. Ces écarts tiennent en grande partie aux pratiques de diagnostic de chaque pays, en particulier à l'usage du dosage du PSA [4].
Afrique subsaharienne. Les taux de décès les plus élevés se trouvent dans les Caraïbes et en Afrique subsaharienne, ce qui traduit des inégalités de dépistage précoce et d'accès au traitement ; le cancer de la prostate est la première cause de décès par cancer chez l'homme dans 52 pays, dont de nombreux pays des Caraïbes et d'Afrique subsaharienne [4]. Des hausses annuelles du nombre de cas ont été rapportées entre 1995 et 2018 en Afrique australe et orientale, qui reflètent surtout une meilleure sensibilisation et un recours plus large au dosage du PSA [4].
Au Nigeria, une revue de 21 études a rapporté une multiplication par 7,7 de l'incidence entre 1997 et 2006, une fréquence hospitalière de la maladie cliniquement active de 14 à 46,4 %, un diagnostic le plus souvent porté à un stade avancé (scores de Gleason élevés) et une mortalité de 15,6 à 64 % entre 6 mois et 3 ans après le diagnostic [7].
Au Rwanda, parmi 114 hommes adressés à trois hôpitaux de Kigali pour une suspicion de cancer de la prostate avancé, 100 (87,7 %) avaient un cancer, dont 85 un cancer avancé ; l'âge médian était de 70 ans [5]. À Jos (Nigeria), 59,8 % des 82 patients avaient des signes de métastases au moment du diagnostic [6].
Signes cliniques
Les séries africaines montrent que la maladie est souvent diagnostiquée lorsque les symptômes sont déjà présents : 96,5 % des hommes de la série rwandaise étaient symptomatiques [5]. Les signes les plus fréquents sont [5,6] :
- des troubles urinaires (jet faible, besoin fréquent d'uriner, difficulté à vider la vessie), présents chez 80,7 % des patients au Rwanda et chez tous les patients de la série de Jos [5,6] ;
- une douleur persistante du dos ou des os, évocatrice de métastases osseuses : 54,4 % des patients au Rwanda, et 61,2 % de ceux qui avaient des symptômes de métastases à Jos [5,6] ;
- une rétention d'urine (impossibilité d'uriner), notée chez 36,8 % des patients de la série rwandaise [5].
Ces signes ne sont pas propres au cancer : parmi les hommes suspects de la série rwandaise, 12,3 % avaient finalement une maladie bénigne de la prostate [5].
Signes de gravité
Le pronostic dépend surtout du stade au moment du diagnostic. Dans les séries africaines, la maladie est le plus souvent découverte à un stade avancé ou métastatique, avec une mortalité élevée dans les premières années suivant le diagnostic [5,6,7].
Les traitements hormonaux ont eux-mêmes des effets indésirables : la privation d'androgènes diminue la densité des os et augmente le risque d'ostéoporose et de fractures, et elle est associée à un risque cardiovasculaire accru [8].
Une douleur du dos qui ne passe pas, associée à des troubles urinaires chez un homme âgé, peut révéler des métastases osseuses ; une rétention d'urine est une urgence. Il faut consulter sans attendre [5,6].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Le diagnostic est évoqué devant des troubles urinaires ou des douleurs osseuses, ou lors d'un dépistage chez un homme sans symptôme [2,5,6].
Le toucher rectal (examen de la prostate par le rectum) est un examen simple et très informatif : dans la série rwandaise, un cancer était trouvé chez 92,2 % des hommes dont le toucher rectal était anormal, contre 41,7 % de ceux dont le toucher était normal ; une prostate à plusieurs nodules était fortement associée à un cancer avancé [5]. À Jos, le toucher rectal évoquait un cancer chez 62,2 % des patients [6].
Pour les hommes sans symptôme, les recommandations européennes préconisent une stratégie adaptée au risque, qui commence en général à 50 ans et tient compte de l'espérance de vie de chaque homme [2].
Examens biologiques
La démarche proposée par les recommandations européennes de 2026 associe les examens suivants [2,3] :
| Examen | Ce qu'il apporte |
|---|---|
| PSA (antigène prostatique spécifique, dosage dans le sang) | Sert au dépistage et à l'orientation du diagnostic ; un taux très élevé est en faveur d'un cancer avancé : au Rwanda, tous les patients dont le PSA atteignait ou dépassait 100 ng/mL avaient un cancer avancé, et à Jos le PSA dépassait 20 ng/mL chez 73,3 % des patients [2,5,6]. |
| IRM de la prostate | Recommandée pour éviter des biopsies inutiles [2]. |
| Biopsie de la prostate | Quand une biopsie est envisagée, on associe des prélèvements ciblés sur les zones suspectes à l'IRM et des prélèvements répartis dans la glande ; l'examen au microscope confirme le diagnostic, qui était un adénocarcinome dans tous les cas de la série de Jos [2,6]. |
| Classification du risque | Une nouvelle classification européenne en cinq niveaux de risque a été introduite en 2026 . À Jos, le score de Gleason (grade de la tumeur au microscope) le plus fréquent était 8 [2,6]. |
| Bilan d'extension (scanner, IRM, TEP-PSMA) | Recherche des métastases ; l'imagerie TEP au PSMA est la technique la plus sensible pour les détecter ; au Rwanda, le bilan reposait sur le scanner ou l'IRM [2,5]. |
Diagnostic différentiel
Les troubles urinaires du cancer de la prostate sont les mêmes que ceux d'une maladie bénigne de la prostate, comme l'hypertrophie bénigne de la prostate : dans la série rwandaise de 114 hommes suspects, 12,3 % avaient une maladie bénigne à la biopsie, alors que 80,7 % présentaient des troubles urinaires [5].
Seuls le toucher rectal, le PSA, l'imagerie et surtout la biopsie permettent de les distinguer : un toucher rectal anormal était retrouvé chez 92,2 % des hommes atteints de cancer dans cette série [5].
Évolution, complications et pronostic
L'évolution est très variable. Chez les hommes dont le cancer est indolent et de faible risque, la surveillance active est la prise en charge de choix [1,2]. Pour ceux qui ont besoin d'un traitement, les traitements locaux contrôlent efficacement le cancer [1].
Après un traitement local, la maladie peut revenir (rechute) : une stratification du risque de rechute guide alors le choix d'un traitement de rattrapage [3]. Les options se sont élargies pour la maladie métastatique ou résistante à la castration (qui progresse malgré le traitement hormonal), mais la meilleure séquence et les meilleures associations restent à établir [1,3].
Dans les contextes où le diagnostic est tardif, la mortalité est élevée dans les trois premières années suivant le diagnostic [7].
Traitement
Le traitement dépend du stade, du risque et de l'état général de chaque patient ; le choix tient compte de la toxicité de chaque option et des préférences du patient (décision partagée) [1]. La prise en charge est multidisciplinaire (urologue, radiothérapeute, oncologue) [2,3].
Cancer localisé (principes) [1,2] :
- surveillance active : prise en charge appropriée des cancers de faible risque et de certains cancers de risque intermédiaire favorable (groupe ISUP 2) [2] ;
- traitements locaux à visée curative (chirurgie, radiothérapie) pour les cancers qui nécessitent un traitement ; une radiothérapie en moins de séances (hypofractionnée) peut être envisagée dans le risque intermédiaire [1,2] ;
- en cas d'atteinte des ganglions voisins, radiothérapie de la prostate associée à un traitement hormonal intensifié de longue durée [2].
Cancer avancé ou métastatique (principes, sans posologie) [1,3,8] :
- Privation d'androgènes (traitement hormonal, ou « castration ») : elle repose sur des médicaments qui bloquent la production de testostérone, tels que la leuproréline, la goséréline, la triptoréline ou le dégarélix, parfois associés à un antiandrogène comme le bicalutamide [1,8]. À Jos, l'ablation chirurgicale des testicules (orchidectomie) était le traitement le plus souvent proposé [6].
- Inhibiteurs de la voie du récepteur des androgènes (ARPI), tels que l'enzalutamide et l'apalutamide : leur place s'est élargie dans la maladie métastatique sensible à l'hormonothérapie et dans la maladie résistante à la castration [3].
- Chimiothérapie : elle fait partie des options des formes avancées, par exemple le docétaxel ou le cabazitaxel [1].
- Autres traitements : traitement dirigé contre les métastases, inhibiteurs de PARP et radiothérapie interne ciblant le PSMA (lutétium-177) font partie des options récentes des formes avancées [1,3].
Protection des os et du cœur. Tout homme qui débute une privation d'androgènes devrait faire évaluer son risque osseux et cardiovasculaire ; des médicaments protecteurs de l'os, des conseils d'hygiène de vie et une alimentation adaptée peuvent être proposés [8].
L'efficacité des traitements dépend d'un diagnostic précoce : un traitement hormonal précoce peut éviter des complications de la maladie avancée [5].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
- Leuproréline (Privation d'androgènes (agoniste de la GnRH))
- Goséréline (Privation d'androgènes (agoniste de la GnRH))
- Triptoréline (Privation d'androgènes (agoniste de la GnRH))
- Dégarélix (Privation d'androgènes (antagoniste de la GnRH))
- Bicalutamide (Antiandrogène)
- Enzalutamide (Inhibiteur de la voie du récepteur des androgènes)
- Apalutamide (Inhibiteur de la voie du récepteur des androgènes)
- Docétaxel (Chimiothérapie du cancer avancé)
- Cabazitaxel (Chimiothérapie du cancer avancé)
Prévention
Il n'existe pas de moyen de prévention établi : peu de facteurs de risque modifiables ont été identifiés [4].
Dépistage. Pour les hommes sans symptôme, les recommandations européennes préconisent une stratégie adaptée au risque, en général à partir de 50 ans et selon l'espérance de vie ; l'IRM permet d'éviter des biopsies inutiles [2]. L'usage plus ou moins large du PSA explique en grande partie les écarts de nombre de cas entre pays, sans lien étroit avec la mortalité [4].
Le dépistage reste peu pratiqué dans de nombreux pays d'Afrique : en Éthiopie, une revue de 12 études (7 526 participants) estime la proportion d'hommes dépistés à 30,4 %, avec de fortes différences entre régions ; le dépistage est plus fréquent chez les hommes mieux informés et plus âgés [9]. Les auteurs de ces travaux recommandent des programmes d'information du public et un meilleur accès au dépistage [7,9].
Quand consulter en urgence
Consultez un médecin ou un urologue en cas de troubles urinaires persistants (jet faible, besoin fréquent d'uriner, difficulté à vider la vessie), de douleur du dos ou des os qui ne passe pas, ou si vous avez plus de 50 ans et souhaitez discuter d'un dépistage [2,5,6].
Un homme traité pour un cancer de la prostate doit signaler sans tarder toute nouvelle douleur osseuse, tout trouble urinaire ou toute fatigue inhabituelle, et faire surveiller sa santé osseuse et cardiaque pendant un traitement hormonal [3,8].
Urgence : impossibilité d'uriner, ou douleur du dos intense avec faiblesse ou perte de sensibilité des jambes — rendez-vous immédiatement à l'hôpital [5,6].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- Revue à comité de lecture · Fonteyne V, Tree A, Castro E, Touijer K, Walz J. Prostate cancer. Lancet. 2025;407(10528):622-636. 2025. Résumé (Seminar) consulté via PubMed.
- Référence professionnelle · Cornford P, van den Bergh RCN, Briers E, et al. EAU-EANM-ESTRO-ESUR-ISUP-SIOG Guidelines on Prostate Cancer-2026 Update. Part I: Screening, Diagnosis, and Local Treatment with Curative Intent. Eur Urol. 2026;90(3):254-269. 2026. Résumé consulté via PubMed.
- Référence professionnelle · Tilki D, van den Bergh RCN, Briers E, et al. EAU-EANM-ESTRO-ESUR-ISUP-SIOG Guidelines on Prostate Cancer. Part II-2026 Update: Treatment of Relapsing and Metastatic Prostate Cancer. Eur Urol. 2026;90(3):270-290. 2026. Résumé consulté via PubMed.
- Revue à comité de lecture · Bray F, Laversanne M, Sung H, et al. Global cancer statistics 2022: GLOBOCAN estimates of incidence and mortality worldwide for 36 cancers in 185 countries. CA Cancer J Clin. 2024. 2024. Section Prostate cancer.
- Revue à comité de lecture · Nzeyimana I, Nyirimodoka A, Ngendahayo E, et al. Diagnosis of advanced prostate cancer at the community level in Rwanda. Int Urol Nephrol. 2021;53(10):1977-1985. 2021. Résumé consulté via PubMed.
- Revue à comité de lecture · Akhaine JO, Shuaibu SI, Osunaiye OI, Ofoha CG. Clinico-demographic profile and treatment of patients with prostate cancer in a North-Central Nigerian teaching hospital. Ann Ib Postgrad Med. 2023;21(2):53-56. 2023. Résumé consulté via PubMed.
- Revue à comité de lecture · Iheanacho CO, Enechukwu OH. Epidemiology of prostate cancer in Nigeria: a mixed methods systematic review. Cancer Causes Control. 2024;36(1):1-12. 2024. Résumé consulté via PubMed.
- Revue à comité de lecture · Drudge-Coates L, Davey P, Murray J, et al. Management and mitigation of metabolic bone disease and cardiac adverse events throughout the prostate cancer pathway: clinical review and practical recommendations. Curr Med Res Opin. 2025;41(3):495-511. 2025. Résumé consulté via PubMed.
- Revue à comité de lecture · Ayalew TL, Feleke MG, Ashager K, Eshetu A. Prostate cancer screening and associated factors in Ethiopia: a systematic review and meta-analysis. BMC Cancer. 2026;26(1):196. 2026. Résumé consulté via PubMed.
Fiche mise à jour le 13 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 13 octobre 2028.