Obésité
Maladie chronique caractérisée par un excès de graisse corporelle, dont les causes sont multiples : alimentation, manque d'activité physique, environnement, sommeil et prédispositions génétiques. Chez l'adulte, on parle d'obésité à partir d'un indice de masse corporelle (IMC) de 30 ou plus, mais le tour de taille et le retentissement sur la santé comptent aussi. Elle augmente le risque de diabète de type 2, d'hypertension, de maladies du cœur et de certains cancers. Une prise en charge durable associe alimentation, activité physique, soutien psychologique et, selon les cas, médicaments ou chirurgie.
Autres noms : Excès de poids, Surcharge pondérale. En anglais : Obesity. CIM-10 : E66. Système : Maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques.
Définition
L'obésité est une maladie chronique qui résulte d'interactions complexes entre des influences environnementales et psychosociales et une vulnérabilité biologique [1]. Elle s'accompagne d'un dérèglement des voies neurobiologiques et métaboliques qui contrôlent l'appétit, l'équilibre énergétique et le fonctionnement du tissu adipeux (graisse), la variation génétique influençant la susceptibilité de chaque personne [1].
La Commission du Lancet Diabetes & Endocrinology (2025) définit l'obésité comme un état d'excès de masse grasse, avec ou sans anomalie de la répartition ou du fonctionnement du tissu adipeux, dont les causes sont multiples et encore incomplètement comprises [2]. Elle distingue deux situations [2] :
- l'obésité clinique : maladie chronique et générale, avec altération du fonctionnement de tissus, d'organes ou de l'ensemble de la personne en raison de l'excès de masse grasse [2] ;
- l'obésité préclinique : excès de masse grasse avec fonctionnement conservé des organes et des tissus, mais risque en général accru de développer une obésité clinique et d'autres maladies chroniques [2].
Définitions de l'OMS fondées sur l'indice de masse corporelle (IMC). Les seuils sont les suivants [1] :
| Âge | Surpoids | Obésité |
|---|---|---|
| Adulte | IMC supérieur ou égal à 25 [1] | IMC supérieur ou égal à 30 [1] |
| Enfant et adolescent de 5 à 19 ans | IMC pour l'âge supérieur à 1 écart type au-dessus de la médiane de la référence de croissance de l'OMS [1] | IMC pour l'âge supérieur à 2 écarts types au-dessus de la médiane [1] |
| Enfant de moins de 5 ans | Poids pour la taille supérieur à 2 écarts types au-dessus de la médiane des normes de croissance de l'OMS [1] | Poids pour la taille supérieur à 3 écarts types au-dessus de la médiane [1] |
Causes et mécanisme
L'obésité est favorisée par des environnements dits « obésogènes » : ils limitent l'accès à une alimentation saine, abordable et produite durablement, restreignent les possibilités d'activité physique en sécurité, et sont façonnés par les forces du marché et par des cadres juridiques et réglementaires insuffisants [1]. Les causes sont multifactorielles [2].
Les facteurs sur lesquels agissent la prévention et les soins comprennent [1] :
- une alimentation riche en aliments gras, sucrés et salés, les boissons sucrées et les aliments très caloriques mais pauvres en nutriments [1] ;
- le manque d'activité physique et la sédentarité, y compris le temps passé devant les écrans chez l'enfant et l'adolescent [1] ;
- un sommeil insuffisant et un mal-être émotionnel [1] ;
- le poids de la mère avant la grossesse et sa prise de poids pendant la grossesse, ainsi que l'absence d'allaitement exclusif les 6 premiers mois [1] ;
- la susceptibilité génétique individuelle [1].
Transition nutritionnelle en Afrique subsaharienne. Une revue systématique de 24 études décrit la coexistence de régimes traditionnels et de régimes de type occidental ; les régimes riches en fruits et légumes sont associés à moins d'obésité, tandis que les régimes occidentaux et les régimes riches en snacks et boissons sont associés à des maladies chroniques, et les régimes traditionnels sont aussi liés à l'obésité [9]. Les femmes, les adultes plus jeunes et les citadins adhèrent davantage aux régimes de type occidental [9].
Transmission et facteurs de risque
L'obésité n'est pas une maladie contagieuse : elle résulte de la combinaison de facteurs de l'environnement, du comportement et de la biologie, dont une susceptibilité génétique propre à chaque personne [1]. Le poids de la mère avant et pendant la grossesse fait partie des facteurs sur lesquels on peut agir pour prévenir l'obésité de l'enfant [1].
Épidémiologie
Monde (OMS, 2024). Une personne sur 7 dans le monde (1,1 milliard) vivait avec une obésité [1]. Chez les adultes de 18 ans et plus, 45 % (2,6 milliards) étaient en surpoids, dont 940 millions (16 % de tous les adultes) avec une obésité [1]. L'obésité de l'adulte a plus que doublé et celle de l'adolescent a quadruplé entre 1990 et 2024 [1].
Enfants et adolescents (OMS, 2024). 35 millions d'enfants de moins de 5 ans étaient en surpoids [1]. Chez les 5 à 19 ans, 400 millions étaient en surpoids, dont 170 millions avec une obésité ; la part en surpoids est passée de 8 % en 1990 à 20 % en 2024, et celle avec obésité de 2 % (31 millions) à 8 % (170 millions) [1].
Tendances et projections. Selon l'étude Global Burden of Disease 2021, environ 1,00 milliard d'hommes et 1,11 milliard de femmes adultes avaient un surpoids ou une obésité en 2021, et la prévalence a augmenté dans tous les pays depuis 1990 [4]. Si les tendances se poursuivent, 3,80 milliards d'adultes seraient concernés en 2050, et le nombre de personnes concernées en Afrique subsaharienne devrait augmenter de 254,8 % [4].
Poids pour la santé. En 2023, un IMC supérieur à l'optimum a causé environ 3,7 millions de décès, par l'augmentation des maladies cardiovasculaires, du diabète et des cancers [1]. De 2000 à 2021, les années de vie en bonne santé perdues (DALY) attribuables à un IMC élevé ont augmenté, avec une exposition croissante de 1,8 % par an [5].
Signes cliniques
L'obésité se reconnaît d'abord à un excès de masse grasse, mesuré par l'IMC et par le tour de taille, le rapport taille/hanches ou le rapport tour de taille/taille [2]. L'excès de graisse peut exister sans symptôme : c'est alors une obésité préclinique [2].
L'obésité devient une maladie clinique lorsqu'elle retentit sur le fonctionnement du corps. La Commission retient deux types de manifestations [2] :
- des signes, symptômes ou examens montrant une réduction du fonctionnement d'un ou plusieurs organes ou tissus du fait de l'obésité [2] ;
- des limitations importantes, pour l'âge, des activités quotidiennes : mobilité, ou activités de base comme se laver, s'habiller, aller aux toilettes, ou s'alimenter [2].
Chez l'enfant et l'adolescent, le surpoids et l'obésité nuisent au bien-être physique, mental et social ; ils sont associés à la stigmatisation, aux discriminations, au harcèlement, à une moins bonne qualité de vie et à de moins bons résultats scolaires [1].
Signes de gravité
Complications. L'obésité contribue à la charge croissante de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires, de maladies du foie et du rein et de plusieurs cancers [1]. Elle peut entraîner des atteintes sévères des organes, parfois mortelles : infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral et insuffisance rénale [2]. Voir diabète de type 2, hypertension artérielle, infarctus du myocarde et accident vasculaire cérébral.
Chez l'enfant et l'adolescent, le surpoids et l'obésité augmentent le risque de maladies non transmissibles, dont le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires, et en accélèrent l'apparition [1].
Un excès de poids peut entraîner des atteintes graves des organes sans symptôme évident : un bilan médical (tension artérielle, glycémie, état des organes) est justifié même en l'absence de plainte [1,2].
Diagnostic
Diagnostic clinique
L'OMS demande aux professionnels de santé d'évaluer systématiquement le poids et d'identifier tôt le surpoids et l'obésité [1]. Le diagnostic de l'obésité de l'adulte repose classiquement sur l'IMC (30 ou plus) [1].
La Commission du Lancet Diabetes & Endocrinology recommande de ne plus utiliser l'IMC seul comme mesure de santé individuelle : il sert de repère de risque pour les populations, les études et le dépistage [2]. L'excès de masse grasse est à confirmer [2] :
- soit par une mesure directe de la masse grasse, lorsqu'elle est disponible [2] ;
- soit par au moins un critère de mesure du corps (tour de taille, rapport taille/hanches ou rapport tour de taille/taille) en plus de l'IMC, avec des seuils adaptés à l'âge, au sexe et à l'origine [2] ;
- chez les personnes dont l'IMC dépasse 40 kg/m², l'excès de masse grasse peut être présumé sans autre confirmation [2].
Une personne dont l'obésité est confirmée doit ensuite être évaluée pour savoir s'il s'agit d'une obésité clinique : réduction du fonctionnement d'organes ou de tissus, ou limitation des activités quotidiennes [2]. La graisse du ventre (centrale) prédit mieux le risque cardiométabolique que l'IMC seul [8].
Examens biologiques
Il n'existe pas d'examen unique pour diagnostiquer l'obésité : l'excès de masse grasse se mesure directement ou par des mesures du corps, et le retentissement se cherche par des tests de fonctionnement des organes [2]. Les revues récentes décrivent des mesures du corps et des examens d'imagerie de la composition corporelle, dont la valeur varie selon les populations [3].
L'OMS recommande d'évaluer les complications et les maladies associées : hypertension, diabète, handicap, santé mentale et autres facteurs de risque de maladies non transmissibles [1].
Les experts de l'Endocrine Society soulignent le manque de protocoles standardisés de mesure du corps, la distinction limitée entre graisse sous la peau et graisse viscérale, et la nécessité de seuils adaptés à l'âge, au sexe et à l'origine [8].
Diagnostic différentiel
Un IMC élevé n'est pas toujours synonyme d'obésité, et un IMC normal n'exclut pas un excès de graisse : l'IMC peut sous-estimer ou surestimer la masse grasse et ne renseigne pas sur l'état de santé de la personne [2]. On distingue donc [2,8] :
| Situation | Éléments à connaître |
|---|---|
| Obésité préclinique | Excès de masse grasse avec organes fonctionnant normalement ; risque plus élevé que la population générale de développer une obésité clinique, un diabète de type 2, une maladie cardiovasculaire ou certains cancers [2]. Les études de validation montrent un risque accru dans cet état [8]. |
| Obésité clinique | Excès de masse grasse avec altération du fonctionnement d'un organe ou limitation des activités quotidiennes ; risque encore plus élevé que dans l'obésité préclinique [2,8]. |
| IMC élevé sans excès de masse grasse confirmé | L'IMC seul peut surestimer la masse grasse : l'excès de masse grasse doit être confirmé par une mesure directe ou par un critère de mesure du corps, sauf si l'IMC dépasse 40 kg/m² [2]. |
| « Obésité métaboliquement saine » | Ce concept est limité par des définitions variables et une mauvaise stabilité dans le temps ; les auteurs proposent de la remplacer par la distinction entre obésité préclinique et clinique [10]. |
Évolution, complications et pronostic
L'obésité est une maladie chronique dans laquelle l'obésité préclinique peut évoluer vers l'obésité clinique et vers d'autres maladies non transmissibles [2].
Le risque de maladie et de décès augmente de façon continue avec la quantité de graisse corporelle [2]. Les études de validation montrent que les personnes classées en obésité clinique ont un risque encore plus élevé que celles en obésité préclinique [8].
Avec un traitement adapté, il est possible d'améliorer, voire de faire disparaître (rémission) certaines manifestations cliniques de l'obésité et d'empêcher l'atteinte définitive des organes [2]. L'OMS recommande des plans de soins individualisés, de long terme, avec un suivi régulier pour améliorer la santé cardiométabolique, entretenir la perte de poids et réduire les complications [1].
Traitement
L'OMS recommande d'orienter les personnes obèses vers une prise en charge chronique globale, centrée sur la personne et multimodale : interventions sur le comportement, conseils nutritionnels, soutien psychologique, traitement médicamenteux, et chirurgie métabolique et bariatrique selon les cas [1]. Les personnes en obésité clinique doivent recevoir sans retard un traitement fondé sur les preuves [2]. Les personnes en obésité préclinique relèvent de conseils de santé, d'une surveillance dans le temps et, si besoin, d'interventions pour réduire le risque [2].
Mode de vie. Alimentation saine riche en fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes et noix, activité physique régulière, sommeil suffisant et soutien du bien-être émotionnel font partie des conseils de base de l'OMS [1].
Médicaments. En décembre 2025, l'OMS a publié une recommandation sur l'usage des traitements de la famille du GLP-1 (peptide-1 de type glucagon) pour l'obésité de l'adulte : elle soutient leur inclusion sûre et équitable comme un des éléments d'une prise en charge globale, avec les mesures de comportement, de nutrition et de soutien psychologique [1]. Dans l'essai STEP UP (1 407 adultes, IMC ≥ 30, sans diabète, 72 semaines), le sémaglutide hebdomadaire à la dose la plus élevée testée a fait perdre en moyenne 18,7 % du poids, contre 3,9 % sous placebo ; les effets indésirables digestifs ont concerné 70,8 % des participants contre 42,8 % sous placebo [6].
Chirurgie métabolique et bariatrique. Elle est considérée comme l'intervention la plus efficace dans l'obésité sévère et ses maladies associées [7]. Les deux techniques les plus pratiquées sont le bypass gastrique (Roux-en-Y) et la gastrectomie en manchon (sleeve) : le bypass est meilleur sur le diabète de type 2, le cholestérol LDL et le reflux gastro-œsophagien, la sleeve entraîne moins de complications, avec une perte de poids et une qualité de vie comparables [7]. Le choix est individualisé ; un suivi pluridisciplinaire à long terme est nécessaire [7].
Prévention
L'OMS recommande, à tous les âges de la vie [1] :
- atteindre un poids sain avant la grossesse et limiter la prise de poids pendant la grossesse [1] ;
- allaiter exclusivement pendant les 6 premiers mois de la vie, puis poursuivre jusqu'à 2 ans ou plus [1] ;
- chez l'enfant et l'adolescent, favoriser une alimentation saine, l'activité physique, un bon sommeil, et limiter la sédentarité et le temps d'écran [1] ;
- limiter les boissons sucrées et les aliments très caloriques mais pauvres en nutriments ; manger beaucoup de fruits, de légumes, de légumineuses, de céréales complètes et de noix, et peu de graisses, de sucres et de sel [1] ;
- pratiquer une activité physique régulière tout au long de la vie [1] ;
- éviter le tabac et l'usage nocif de l'alcool [1].
Les politiques publiques jouent un rôle central : mesures structurelles, fiscales et réglementaires pour rendre les aliments sains disponibles, abordables et désirables, action sur l'urbanisme, les transports et l'éducation, et renforcement des soins de santé primaires pour dépister et prendre en charge l'obésité [1]. L'industrie agroalimentaire peut réduire les graisses, sucres et sel des aliments transformés et limiter la publicité visant les enfants [1]. La stigmatisation du poids est un obstacle majeur à la prévention et aux soins [2].
Quand consulter en urgence
Consultez un professionnel de santé si votre poids augmente régulièrement, si votre IMC atteint 30 ou plus, ou si l'excès de poids gêne vos activités de tous les jours (marche, toilette, habillage) [1,2].
Un enfant ou un adolescent dont le poids dépasse nettement la courbe de croissance doit être examiné : l'obésité peut avoir des effets sur sa santé physique, son bien-être et sa scolarité [1].
Les personnes en excès de poids doivent faire vérifier leur tension artérielle et leur glycémie, car l'obésité augmente le risque d'hypertension et de diabète de type 2 [1].
L'obésité peut mener à un infarctus du myocarde, à un accident vasculaire cérébral ou à une insuffisance rénale : ne tardez pas à consulter si votre poids est élevé et que vous avez déjà un diabète, une hypertension ou des difficultés à vous déplacer [1,2].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Obesity and overweight (aide-mémoire). 2026. Page consultée le 18 octobre 2026
- Référence professionnelle · Rubino F, Cummings DE, Eckel RH, et al. Definition and diagnostic criteria of clinical obesity. Lancet Diabetes Endocrinol. 2025;13(3):221-262. 2025.
- Revue à comité de lecture · Tandar CE, Lin JC, Stanford FC. Diagnosis, staging and management of obesity: a synthesis of contemporary guidelines. Nat Rev Endocrinol. 2026. 2026.
- Revue à comité de lecture · Collaborateurs du Global Burden of Disease Study 2021. Global, regional, and national prevalence of adult overweight and obesity, 1990-2021, with forecasts to 2050: a forecasting study for the Global Burden of Disease Study 2021. Lancet. 2025;405(10481):813-838. 2025.
- Revue à comité de lecture · Collaborateurs du Global Burden of Disease Study 2021. Global burden and strength of evidence for 88 risk factors in 204 countries and 811 subnational locations, 1990-2021: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2021. Lancet. 2024;403(10440):2162-2203. 2024.
- Revue à comité de lecture · Wharton S, Freitas P, Hjelmesæth J, et al. Once-weekly semaglutide 7·2 mg in adults with obesity (STEP UP): a randomised, controlled, phase 3b trial. Lancet Diabetes Endocrinol. 2025;13(11):949-963. 2025.
- Revue à comité de lecture · Benaiges D, Pedro-Botet J, Casajoana A. Gastric bypass and sleeve gastrectomy: Impact on cardiovascular risk factors. Clin Investig Arterioscler. 2026:500962. 2026.
- Référence professionnelle · Muniyappa R, Chukir T, Desai D, et al. Defining disease or delaying care? A conceptual and clinical appraisal of the Lancet obesity framework. J Clin Endocrinol Metab. 2026;111(6):1503-1512. 2026.
- Revue à comité de lecture · Ekerette NN, Santos LP, Xavier MDSR, Vaz JDS. Dietary patterns among adults in sub-Saharan Africa are shaped by food groups and contextual influences: a systematic review. Nutr Res. 2026;153:1-19. 2026.
- Revue à comité de lecture · Rodriguez C, Ravussin E. Does metabolically healthy obesity really exist: going toward new definitions. J Clin Endocrinol Metab. 2026;111(10):e2227-e2259. 2026.
Fiche mise à jour le 18 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 18 octobre 2028.