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Épilepsie

Maladie chronique du cerveau qui provoque des crises répétées, dues à une activité électrique anormale et brutale de certaines cellules cérébrales. Les crises peuvent être brèves (absence, mouvements inhabituels) ou spectaculaires (perte de connaissance avec secousses). Les médicaments antiépileptiques suppriment les crises chez jusqu'à deux personnes sur trois, et la neurocysticercose est une cause fréquente en Afrique subsaharienne.

Autres noms : Mal comitial, Crises d'épilepsie. En anglais : Epilepsy. CIM-10 : G40. Système : Maladies du système nerveux.

Définition

L'épilepsie est une maladie du cerveau, définie sur le plan pratique par l'une des situations suivantes : au moins deux crises non provoquées (ou réflexes) survenues à plus de 24 heures d'intervalle ; ou une seule crise non provoquée avec une probabilité de nouvelles crises comparable au risque observé après deux crises (au moins 60 % sur les 10 années suivantes) ; ou le diagnostic d'un syndrome épileptique [1].

Une crise épileptique est un épisode bref lié à une activité anormale du cerveau ; ses manifestations varient selon la zone du cerveau concernée. La classification internationale distingue les crises focales (début dans une partie du cerveau), généralisées et de début inconnu, et précise si la conscience est conservée ou altérée pendant une crise focale [2,3].

L'épilepsie est considérée comme « résolue » chez la personne qui est restée sans crise pendant 10 ans, dont au moins 5 ans sans traitement antiépileptique, ou qui a dépassé l'âge d'un syndrome épileptique lié à l'âge ; « résolue » ne signifie pas forcément « guérie » [1].

Causes et mécanisme

L'épilepsie n'est pas une maladie à cause unique : c'est un ensemble de manifestations avec de multiples facteurs de risque et une forte prédisposition génétique [4]. Les progrès de la génétique montrent l'architecture complexe des formes courantes [4].

En Afrique subsaharienne, une cause infectieuse fréquente est la neurocysticercose (infection du cerveau par la larve du ténia du porc, Taenia solium, voir ténia et cysticercose). Une méta-analyse de 25 études estime que 22 % des personnes épileptiques en Afrique subsaharienne ont une neurocysticercose (6 % en Afrique centrale et de l'Ouest selon cette analyse, 25 % en Afrique de l'Est, 45 % en Afrique australe) ; le risque d'épilepsie est multiplié par 2,4 en cas de neurocysticercose [8]. Une autre méta-analyse, mondiale, estime cette proportion à 25,2 % parmi les personnes ayant des crises épileptiques, avec une baisse entre 2008 et 2023 dont la réalité reste à confirmer [9].

Transmission et facteurs de risque

L'épilepsie n'est pas une maladie infectieuse en elle-même : elle résulte de facteurs de risque multiples et d'une prédisposition génétique [4]. Seules certaines causes, comme la neurocysticercose due à Taenia solium, sont infectieuses ; l'épilepsie qui en résulte ne se transmet pas d'une personne à l'autre [8,9].

Épidémiologie

Monde. L'épilepsie touche plus de 70 millions de personnes dans le monde ; le risque d'apparition est le plus élevé chez les nourrissons et les personnes âgées (répartition en deux pics) [4].

Afrique. Selon une revue de 2024, plus de 80 % des personnes épileptiques vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, et environ 25 millions de personnes en Afrique seraient atteintes (estimation de l'Organisation mondiale de la Santé citée par cette revue) [10].

Signes cliniques

Les signes dépendent du type de crise [2,3] :

  • crise focale : manifestations limitées à une partie du corps ou de l'esprit (mouvements automatiques, arrêt de l'activité, sensations ou émotions inhabituelles) ; la conscience peut être conservée ou altérée [2,3] ;
  • crise généralisée : touche l'ensemble du cerveau d'emblée, par exemple absence (rupture brève du contact) ou crise tonico-clonique généralisée (raidissement puis secousses) [2,3] ;
  • crise focale évoluant vers une crise tonico-clonique bilatérale : une crise d'abord focale qui s'étend aux deux côtés du cerveau [2].

Une crise peut aussi rester d'origine inconnue ou ne pas être classable ; on le précise alors dans la description [3].

Signes de gravité

Blessures. Dans une méta-analyse de sept études en Afrique subsaharienne (1 724 personnes), les blessures physiques liées aux crises (brûlures, fractures, accidents, blessures dentaires et des tissus mous, noyade) touchaient environ 64 % des personnes épileptiques [10].

Maladies associées. Les maladies associées (comorbidités) sont de plus en plus reconnues comme un marqueur important de la cause et du pronostic de l'épilepsie [4].

État de mal épileptique. Une crise qui dure plus de 5 minutes est une urgence : les troubles respiratoires et cardiaques sont les complications les plus fréquentes, et c'est l'absence de traitement, plus que le traitement, qui expose aux difficultés respiratoires [7].

Une crise convulsive qui dure plus de 5 minutes ou qui se répète sans réveil entre deux crises est une urgence vitale : appeler les secours ou conduire immédiatement la personne à l'hôpital [7].

Diagnostic

Diagnostic clinique

Le diagnostic repose d'abord sur une histoire clinique détaillée et sur un témoignage fiable de la crise par une personne qui l'a vue : ce sont les piliers du diagnostic [4].

Il faut distinguer une crise provoquée (liée à une cause immédiate) d'une crise non provoquée : seules les crises non provoquées, ou réflexes, entrent dans la définition de l'épilepsie [1]. Le type de crise est ensuite décrit selon la classification de l'ILAE [3].

Examens biologiques

Des examens complémentaires aident à préciser la cause et le pronostic [4]. Les progrès de l'imagerie cérébrale permettent de repérer les causes et les conséquences structurelles et fonctionnelles de l'épilepsie [4].

En zone d'endémie du ténia du porc, la recherche d'une neurocysticercose s'appuie sur l'imagerie cérébrale (scanner) ou sur des tests sanguins, les proportions trouvées variant avec la méthode utilisée [8].

Diagnostic différentiel

Une crise isolée ne suffit pas à poser le diagnostic d'épilepsie : il faut écarter les crises provoquées et évaluer le risque de récidive [1]. Chez les personnes qui vivent dans une région où le ténia du porc est présent, la neurocysticercose doit être évoquée comme cause de crises [8,9].

Évolution, complications et pronostic

Les médicaments antiépileptiques peuvent supprimer les crises chez jusqu'à deux personnes sur trois, mais ils ne modifient pas l'évolution à long terme de la maladie [4]. Une revue Cochrane rappelle que jusqu'à 70 % des personnes ayant une épilepsie active peuvent devenir sans crise et entrer en rémission durable après le début d'un traitement par un seul médicament [6].

Chez certaines personnes dont les crises focales résistent aux médicaments, la chirurgie de l'épilepsie est le moyen le plus efficace d'obtenir une absence de crise durable ; elle est probablement sous-utilisée [4].

Traitement

Le traitement de fond repose sur des médicaments antiépileptiques pris régulièrement, en général d'abord un seul médicament (monothérapie). Le choix dépend du type de crise et du syndrome épileptique [5,6]. Le dosage figure dans les fiches des médicaments et dans le protocole national.

  • Carbamazépine : traitement de première intention des crises focales aux États-Unis et en Europe [6] ;
  • Phénobarbital : plus ancien, il n'est plus considéré comme un traitement de première intention dans les pays riches en raison d'effets indésirables (notamment du comportement chez l'enfant), mais il reste très utilisé dans les pays à revenu faible ou intermédiaire en raison de son faible coût [6] ;
  • Valproate de sodium : à éviter autant que possible pendant la grossesse (voir Prévention) [11].

Une revue Cochrane (13 essais) conclut qu'il est probable que la carbamazépine soit plus efficace que le phénobarbital pour la rétention du traitement, mais cette conclusion ne suffit pas à elle seule à guider le choix chez un patient donné [6]. Les recommandations de la Ligue internationale contre l'épilepsie (ILAE) classent les médicaments selon leur niveau de preuve par type de crise [5].

État de mal épileptique convulsif (crise de plus de 5 minutes). Chez l'adulte, le midazolam par voie intramusculaire, le lorazépam ou le diazépam par voie intraveineuse, ou le phénobarbital intraveineux sont des traitements initiaux d'efficacité établie ; le midazolam intramusculaire est supérieur au lorazépam lorsqu'aucune voie veineuse n'est posée [7]. Chez l'enfant, le lorazépam et le diazépam intraveineux sont efficaces, et le diazépam rectal ou le midazolam intramusculaire, intranasal ou buccal sont probablement efficaces [7]. En traitement suivant, la phénytoïne est une alternative acceptable (la fosphénytoïne lui est préférée quand elle est disponible) [7].

Les médicaments suppriment les crises mais ne guérissent pas la maladie ; ils ne doivent pas être arrêtés sans avis médical [4].

Médicaments de la base cités dans cette fiche

Prévention

Éviter les blessures. Les blessures sont fréquentes chez les personnes épileptiques en Afrique subsaharienne (brûlures, noyade, accidents) : elles justifient des conseils de sécurité adaptés (feu, eau, route) donnés par l'équipe soignante [10].

Prévenir une cause infectieuse. Dans les zones où le ténia du porc est présent, la neurocysticercose contribue de façon importante à l'épilepsie ; lutter contre cette infection (voir ténia et cysticercose) fait partie de la prévention de certaines épilepsies [8].

Grossesse. L'exposition du fœtus aux médicaments antiépileptiques augmente le risque d'autisme (valproate, carbamazépine, oxcarbazépine) ; le risque est le plus élevé avec le valproate [11]. Toute femme épileptique en âge d'avoir des enfants doit en parler à son médecin avant une grossesse, sans arrêter son traitement de sa propre initiative [11,4].

Quand consulter en urgence

Consultez sans attendre après une première crise (perte de connaissance avec secousses, absence brutale, mouvements inhabituels), même si elle a duré peu de temps : une évaluation médicale est nécessaire pour savoir s'il s'agit d'une épilepsie [1,4].

Si vous êtes déjà traité, consultez si les crises continuent malgré le traitement bien suivi : une prise en charge spécialisée, voire une chirurgie, peut être envisagée [4].

Urgence : crise de plus de 5 minutes, crises qui se répètent sans réveil entre elles, difficultés pour respirer ou blessure après une crise. Appeler les secours sans attendre [7].

Maladies associées

Sources et mise à jour

  1. Revue à comité de lecture · Fisher RS, Acevedo C, Arzimanoglou A, et al. ILAE official report: a practical clinical definition of epilepsy. Epilepsia. 2014;55(4):475-482. 2014.
  2. Référence professionnelle · Fisher RS, Cross JH, French JA, et al. Operational classification of seizure types by the International League Against Epilepsy: Position Paper of the ILAE Commission for Classification and Terminology. Epilepsia. 2017;58(4):522-530. 2017.
  3. Référence professionnelle · Beniczky S, Trinka E, Wirrell E, et al. Updated classification of epileptic seizures: Position paper of the International League Against Epilepsy. Epilepsia. 2025. 2025.
  4. Revue à comité de lecture · Thijs RD, Surges R, O'Brien TJ, Sander JW. Epilepsy in adults. Lancet. 2019;393(10172):689-701. 2019.
  5. Référence professionnelle · Glauser T, Ben-Menachem E, Bourgeois B, et al. ILAE treatment guidelines: evidence-based analysis of antiepileptic drug efficacy and effectiveness as initial monotherapy for epileptic seizures and syndromes. Epilepsia. 2006. 2006.
  6. Revue à comité de lecture · Nevitt SJ, Marson AG, Tudur Smith C. Carbamazepine versus phenobarbitone monotherapy for epilepsy: an individual participant data review. Cochrane Database Syst Rev. 2018;10:CD001904. 2018.
  7. Référence professionnelle · Glauser T, Shinnar S, Gloss D, et al. Evidence-Based Guideline: Treatment of Convulsive Status Epilepticus in Children and Adults: Report of the Guideline Committee of the American Epilepsy Society. Epilepsy Curr. 2016;16(1):48-61. 2016.
  8. Revue à comité de lecture · Owolabi LF, Adamu B, Jibo AM, et al. Neurocysticercosis in people with epilepsy in Sub-Saharan Africa: A systematic review and meta-analysis of the prevalence and strength of association. Seizure. 2020;76:1-11. 2020.
  9. Revue à comité de lecture · Jalal MS, Figuet O, Di Bacco K, et al. An updated estimate of the proportion of neurocysticercosis among people with epileptic seizures: a systematic review and Bayesian meta-analysis. Infect Dis Poverty. 2026;15(1). 2026.
  10. Revue à comité de lecture · Kibret Abebe G, Abate BB, Birara Zemariam A, et al. Prevalence and associated factors of physical injuries among patients with epilepsy in Sub-Saharan Africa: A systematic review and meta-analysis. Epilepsy Behav. 2024. 2024.
  11. Revue à comité de lecture · Amaral de Lara IC, de Souza Wagner PH, Freitas Uchôa Matheus GT, et al. Association of prenatal exposure to antiseizure medication with risk of autism: a systematic review and meta-analysis. Seizure. 2025;130:41-47. 2025.

Fiche mise à jour le 13 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 13 octobre 2028.