Bronchopneumopathie chronique obstructive
Maladie chronique des poumons dans laquelle les bronches se rétrécissent de façon durable, ce qui gêne le passage de l'air. Elle se manifeste par un essoufflement, une toux chronique avec ou sans crachats et de la fatigue, avec des poussées d'aggravation (exacerbations). Elle est due surtout au tabac et à la fumée de cuisson ou de chauffage (bois, charbon), et n'est pas contagieuse. Elle ne se guérit pas, mais l'arrêt du tabac, les médicaments inhalés, la vaccination et la réadaptation respiratoire permettent de mieux respirer et d'éviter les complications.
Autres noms : BPCO, Bronchite chronique obstructive, Broncho-pneumopathie chronique obstructive. En anglais : Chronic obstructive pulmonary disease, COPD. CIM-10 : J44. Système : Maladies de l'appareil respiratoire.
Définition
La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est une maladie pulmonaire courante qui réduit le flux d'air et cause des problèmes respiratoires ; elle peut s'accompagner d'un emphysème ou d'une bronchite chronique [1].
L'emphysème est la destruction progressive des alvéoles pulmonaires ; la bronchite chronique est une inflammation des voies respiratoires à l'origine d'une toux chronique avec expectorations [1]. Plusieurs processus peuvent rétrécir les voies respiratoires : destruction de certaines parties des poumons, sécrétions qui obstruent les bronches, inflammation et œdème de la paroi des voies respiratoires [1].
La BPCO résulte d'interactions répétées, tout au long de la vie, entre les gènes et l'environnement, qui abîment les poumons ou modifient leur développement et leur vieillissement normaux [2]. Elle n'est pas curable, mais on peut la soulager [1]. Elle est causée par l'inhalation de particules nocives, notamment la fumée du tabac et les polluants, et l'on reconnaît de plus en plus de facteurs de risque tout au long de la vie [3].
Causes et mécanisme
La BPCO apparaît progressivement, souvent sous l'effet de plusieurs facteurs de risque associés [1] :
- l'exposition au tabac, par le tabagisme ou la fumée inhalée passivement [1] ;
- l'exposition professionnelle à des poussières, des émanations ou des produits chimiques [1] ;
- la pollution de l'air à l'intérieur des habitations : le bois, la bouse, les résidus de récolte ou le charbon, utilisés pour la cuisine et le chauffage dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, exposent à des niveaux élevés de fumée [1] ;
- les événements du début de la vie (retard de croissance in utero, prématurité, infections respiratoires fréquentes ou graves dans l'enfance), qui empêchent les poumons de se développer au maximum [1] ;
- l'asthme dans l'enfance [1] ;
- le déficit en alpha-1-antitrypsine, maladie génétique rare pouvant causer une BPCO à un âge jeune [1].
Le tabagisme est responsable de plus de 70 % des cas de BPCO dans les pays à revenu élevé, mais de 30 à 40 % seulement dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où la pollution de l'air intérieur est un facteur de risque majeur [1]. Moins de 50 % des gros fumeurs développent une BPCO [2].
Dans une étude portant sur 12 396 adultes de 13 régions à ressources limitées (dont l'Afrique subsaharienne), les personnes exposées à la fumée des combustibles de cuisine (biomasse) avaient 41 % de risque en plus d'avoir une BPCO ; cette exposition expliquerait environ 13,5 % des cas, contre 12,4 % pour le tabac, avec une association plus forte chez les femmes [5].
La pollution de l'air extérieur est aussi une cause majeure de BPCO, responsable d'environ la moitié du risque attribuable dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, sans seuil « sans danger » apparent [2]. Les expositions professionnelles expliquent 19,2 % des BPCO (31,1 % chez les non-fumeurs) selon une enquête américaine citée par le GOLD [2].
Transmission et facteurs de risque
La BPCO n'est pas contagieuse : elle ne se transmet pas d'une personne à l'autre mais résulte de l'exposition prolongée à des substances irritantes inhalées (tabac, fumées, poussières) sur un terrain génétique et de développement pulmonaire propre à chaque personne [1,2].
Les exacerbations sont souvent dues à une infection respiratoire [1] ; la grippe et la pneumonie sont des infections pulmonaires dont le risque augmente chez les personnes atteintes [1].
Épidémiologie
Monde. La BPCO est la troisième cause de décès dans le monde : 3,4 millions de décès en 2023, soit environ 6 % des décès mondiaux [1]. C'est la septième cause de morbidité (années de vie ajustées sur l'incapacité) [1]. Près de 90 % des décès par BPCO avant 70 ans surviennent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire [1].
Une revue systématique de 42 études a estimé la prévalence de la BPCO (mesurée par spirométrie) à 12,64 % chez les 40 ans et plus avec le critère du rapport fixe, et à 7,38 % avec la limite inférieure de la normale ; elle est plus élevée chez les hommes, les fumeurs et les personnes âgées [4]. Les auteurs soulignent un manque important de données en Afrique [4].
Afrique. Dans une zone rurale de Tanzanie, la prévalence de la BPCO chez les adultes de 35 ans et plus était estimée à 17,5 % (21,7 % chez les hommes, 12,9 % chez les femmes) ; 99,5 % des ménages cuisinaient avec des combustibles de biomasse, et seuls 1,7 % des malades avaient déjà reçu un médicament [6]. Dans le district de Chikhwawa (Malawi), 8,7 % des adultes avaient une obstruction à la spirométrie ; les symptômes respiratoires chroniques étaient liés au tabagisme actuel ou passé, à un antécédent de tuberculose et à l'exposition au monoxyde de carbone [7].
Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, la spirométrie est souvent impossible et la maladie n'est donc pas diagnostiquée [1]. Les médicaments inhalés y sont peu accessibles : en 2023, le salbutamol en inhalation n'était généralement disponible dans les établissements publics de soins primaires que dans moins des deux tiers de ces pays [1].
Signes cliniques
Les symptômes les plus courants sont la dyspnée (essoufflement), la toux chronique (parfois avec des crachats muqueux), la respiration sifflante et la fatigue [1,2]. Ils apparaissent vers l'âge de 45 ans [1].
À mesure que la maladie progresse, les gestes quotidiens deviennent de plus en plus difficiles, souvent à cause de l'essoufflement [1]. Les symptômes peuvent s'aggraver rapidement : ce sont les exacerbations, qui durent généralement quelques jours et nécessitent souvent des médicaments supplémentaires [1].
La BPCO s'accompagne souvent d'autres maladies [1] :
- infections pulmonaires comme la grippe ou la pneumonie [1] ;
- cancer du poumon [1] ;
- problèmes cardiaques [1] ;
- faiblesse musculaire et fragilité des os [1] ;
- dépression et anxiété [1].
Signes de gravité
Les exacerbations pèsent sur l'état de santé, l'évolution et le pronostic de la maladie [2]. Elles sont définies comme une aggravation aiguë des symptômes respiratoires qui nécessite un traitement supplémentaire ; d'autres causes (insuffisance cardiaque, embolie pulmonaire, pneumonie) peuvent les imiter ou les aggraver [2,8].
Les maladies cardiovasculaires sont très fréquentes en cas de BPCO (20 à 70 % des patients) ; environ 30 % des patients ont des dilatations des bronches et environ 14 % une apnée du sommeil [2].
Une aggravation brutale de l'essoufflement au repos, une respiration très rapide, une baisse de l'oxygène dans le sang, une confusion ou une somnolence, une cyanose (lèvres ou doigts bleutés) ou des œdèmes nouveaux des jambes imposent une prise en charge à l'hôpital [2].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Il faut suspecter une BPCO devant une dyspnée, une toux chronique avec ou sans crachats, des infections respiratoires basses répétées ou une exposition aux facteurs de risque (tabac, fumées de cuisine, poussières professionnelles) [1,2].
Le diagnostic doit être confirmé par la spirométrie (mesure de la fonction pulmonaire) [1,2]. L'examen clinique seul ne suffit pas, car l'asthme et d'autres maladies donnent aussi une obstruction des voies aériennes [2].
Une fois le diagnostic posé, l'évaluation initiale détermine [2] :
- la sévérité de l'obstruction (grades GOLD 1 à 4, de légère à très sévère) [2] ;
- la nature et l'importance des symptômes [2] ;
- les exacerbations survenues l'année précédente, la meilleure estimation du risque d'exacerbations futures [2] ;
- les autres maladies associées [2].
Examens biologiques
La spirométrie après bronchodilatateur est l'examen nécessaire au diagnostic ; elle repose sur le rapport VEMS/CVF (volume expiré en une seconde sur capacité vitale forcée) fixé à moins de 0,7 [2]. Si ce rapport est compris entre 0,60 et 0,80, la mesure doit être refaite à une autre occasion [2].
Le dépistage par spirométrie n'est probablement pas indiqué chez les personnes sans symptôme ni exposition notable, mais l'examen est utile chez celles qui ont des symptômes ou des facteurs de risque [2].
| Examen | Intérêt |
|---|---|
| Spirométrie après bronchodilatateur | Confirme l'obstruction persistante et en mesure la sévérité [2] |
| Radiographie du thorax | Ne confirme pas la BPCO, mais écarte d'autres diagnostics (fibrose, dilatation des bronches, atteinte pleurale, cardiomégalie) et repère des maladies associées [2] |
| Scanner thoracique | Renseigne sur l'emphysème et les dilatations des bronches, et permet le dépistage du cancer du poumon chez le fumeur [2] |
Diagnostic différentiel
Certains symptômes de la BPCO et de l'asthme sont identiques (toux, respiration sifflante, dyspnée), et certaines personnes ont les deux maladies [1] ; une réversibilité complète de l'obstruction après bronchodilatateur est incompatible avec une BPCO [2].
Un antécédent de tuberculose pulmonaire est associé à la BPCO dans une étude rurale de Tanzanie et aux symptômes respiratoires chroniques dans une étude du Malawi [6,7].
Une aggravation de l'essoufflement chez un patient connu peut aussi venir d'une insuffisance cardiaque décompensée, d'une pneumonie ou d'une embolie pulmonaire [2].
Évolution, complications et pronostic
La BPCO n'est pas curable ; l'obstruction est persistante et s'aggrave progressivement [1,2].
Les exacerbations sont des événements clés : elles font progresser la maladie, augmentent les hospitalisations et la mortalité, et constituent le principal poste de coût de la maladie [8]. Prévenir une récidive précoce et une réhospitalisation est important [8].
Le tabagisme actif aggrave le pronostic et la progression : environ 40 % des personnes atteintes continuent de fumer malgré le diagnostic [2]. Arrêter de fumer est bénéfique même après de nombreuses années de tabagisme [1].
Traitement
La BPCO n'est pas curable, mais on peut la soulager. Le traitement repose sur l'arrêt du tabac et de l'exposition à la pollution de l'air, la vaccination, les médicaments inhalés, l'oxygénothérapie et la réadaptation pulmonaire [1]. Le traitement médicamenteux s'associe toujours aux mesures non médicamenteuses, en commençant par l'aide à l'arrêt du tabac [2].
Médicaments (principes, sans posologie) [1,2] :
- Bronchodilatateurs inhalés : médicaments les plus importants, ils détendent les voies respiratoires [1]. Les bronchodilatateurs à courte durée d'action (par exemple le salbutamol) agissent en quelques secondes pendant 4 à 6 heures et servent surtout lors des exacerbations [1].
- Bronchodilatateurs à action prolongée : pris tous les jours, ils agissent plus longtemps ; ils peuvent être associés à des corticoïdes inhalés [1]. Selon le GOLD, l'association de deux bronchodilatateurs de longue durée (bêta-2 mimétique et anticholinergique) est recommandée d'emblée chez les patients les plus symptomatiques ou à risque d'exacerbations ; les corticoïdes inhalés s'ajoutent selon le taux d'éosinophiles dans le sang, et l'association corticoïde inhalé et bêta-2 mimétique seule n'est plus encouragée [2].
- Corticoïdes en comprimés et antibiotiques : souvent utilisés lors des exacerbations, notamment si elles sont dues à une infection respiratoire [1,8].
- Oxygénothérapie en cas de BPCO ancienne ou sévère [1], et ventilation non invasive à l'hôpital si nécessaire [2,8].
Les médicaments inhalés doivent être pris avec une technique appropriée, parfois avec une chambre d'inhalation ; la formation du patient à l'usage de l'inhalateur et son contrôle régulier sont essentiels [1,2].
Mesures non médicamenteuses : éducation du patient, aide à l'arrêt du tabac, vaccinations (grippe, pneumocoque, COVID-19, coqueluche, zona selon les recommandations locales), activité physique et réadaptation respiratoire [1,2]. Dans certains cas de BPCO sévère, la chirurgie ou la réduction endoscopique du volume pulmonaire, voire la greffe pulmonaire, peuvent être envisagées [1,2]. Les soins palliatifs sont à considérer en cas de maladie avancée [2].
Les maladies associées (cardiovasculaires, ostéoporose, diabète, reflux gastro-œsophagien) sont traitées selon les recommandations usuelles [2]. En cas d'asthme associé, le patient doit être traité comme un asthmatique [2].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
Prévention
Arrêter de fumer ou de vapoter est extrêmement important ; il faut aussi éviter la fumée secondaire et la fumée de cuisson à l'intérieur [1].
La prévention repose sur la réduction de l'exposition à la fumée de tabac (Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac) et sur des solutions d'énergie domestique propre pour la cuisine et le chauffage [1].
Pour se protéger des infections pulmonaires : vaccination annuelle contre la grippe, vaccination contre la pneumonie et contre la COVID-19 [1].
Rester physiquement actif et s'informer sur sa maladie, son traitement et les mesures d'hygiène de vie aident à conserver sa forme [1].
Quand consulter en urgence
Consultez si vous avez une toux qui dure, avec ou sans crachats, un essoufflement qui s'installe à l'effort ou une respiration sifflante, surtout si vous fumez ou avez longtemps respiré la fumée de cuisson, de tabac ou des poussières [1,2]. Seule la spirométrie confirme le diagnostic [1].
Si vous êtes déjà suivi, consultez rapidement si vos symptômes s'aggravent plus que d'habitude pendant plusieurs jours (essoufflement, toux, crachats) : ce peut être une exacerbation qui nécessite un traitement supplémentaire [1,8].
Urgence : essoufflement brutal au repos, respiration très rapide, confusion, somnolence, lèvres ou doigts bleutés ou gonflement nouveau des jambes chez une personne atteinte de BPCO — rendez-vous immédiatement à l'hôpital [2].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) (aide-mémoire). 2026. Version du 10 juin 2026.
- Référence professionnelle · Agustí A, Celli BR, Criner GJ, et al. Global Initiative for Chronic Obstructive Lung Disease 2023 Report: GOLD Executive Summary. Eur Respir J. 2023;61(4). 2023.
- Revue à comité de lecture · Christenson SA, Smith BM, Bafadhel M, Putcha N. Chronic obstructive pulmonary disease. Lancet. 2022;399(10342):2227-2242. 2022.
- Revue à comité de lecture · Al Wachami N, Guennouni M, Iderdar Y, et al. Estimating the global prevalence of chronic obstructive pulmonary disease (COPD): a systematic review and meta-analysis. BMC Public Health. 2024;24:297. 2024.
- Revue à comité de lecture · Siddharthan T, Grigsby MR, Goodman D, et al. Association between Household Air Pollution Exposure and Chronic Obstructive Pulmonary Disease Outcomes in 13 Low- and Middle-Income Country Settings. Am J Respir Crit Care Med. 2018;197(5):611-620. 2018.
- Revue à comité de lecture · Magitta NF, Walker RW, Apte KK, et al. Prevalence, risk factors and clinical correlates of COPD in a rural setting in Tanzania. Eur Respir J. 2018;51(2). 2018.
- Revue à comité de lecture · Nightingale R, Lesosky M, Flitz G, et al. Noncommunicable Respiratory Disease and Air Pollution Exposure in Malawi (CAPS). A Cross-Sectional Study. Am J Respir Crit Care Med. 2019;199(5):613-621. 2019.
- Revue à comité de lecture · MacLeod M, Papi A, Contoli M, et al. Chronic obstructive pulmonary disease exacerbation fundamentals: Diagnosis, treatment, prevention and disease impact. Respirology. 2021;26(6):532-551. 2021.
Fiche mise à jour le 13 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 13 octobre 2028.