Cancer du foie, carcinome hépatocellulaire
Cancer qui naît dans les cellules du foie, le plus souvent chez une personne ayant déjà une cirrhose ou une hépatite B ou C chronique. Il est découvert tard dans beaucoup de régions du monde, ce qui limite les possibilités de traitement. Une surveillance régulière des personnes à risque, la vaccination contre l'hépatite B et le traitement des hépatites chroniques permettent d'en réduire le risque ou de le détecter plus tôt. Selon le stade, on propose la chirurgie, la destruction de la tumeur, la greffe ou des traitements médicamenteux.
Autres noms : Cancer primitif du foie, Carcinome hépatocellulaire, Hépatocarcinome, CHC. En anglais : Hepatocellular carcinoma, Liver cancer. CIM-10 : C22. Système : Tumeurs (cancers), Maladies de l'appareil digestif.
Définition
Le carcinome hépatocellulaire (CHC) est le principal cancer primitif du foie, c'est-à-dire un cancer qui naît dans le foie lui-même ; c'est l'un des cancers les plus fréquents dans le monde et un enjeu majeur de santé publique [2].
Il se développe le plus souvent sur un foie déjà malade : les personnes atteintes de cirrhose (quelle qu'en soit la cause) ou d'hépatite B chronique sont les plus exposées [3]. Voir aussi la cirrhose [3].
Causes et mécanisme
Les hépatites virales et l'alcool restent des facteurs de risque importants, et la stéatose hépatique liée au métabolisme (« foie gras ») devient rapidement l'une des premières causes de CHC [2]. Les personnes à risque élevé suivies de façon systématique sont [3] :
- les personnes atteintes de cirrhose, quelle qu'en soit la cause : hépatite B, hépatite C, alcool, stéatohépatite non alcoolique [3] ;
- les personnes atteintes d'hépatite B chronique sans cirrhose, notamment les hommes de plus de 40 ans et les femmes de plus de 50 ans venant d'une zone d'endémie, et les personnes originaires d'Afrique à un âge plus précoce [3] ;
- les personnes ayant un antécédent familial de CHC [3].
L'exposition aux aflatoxines (toxines produites par des moisissures présentes dans les aliments) est associée au CHC dans une revue systématique, mais la certitude des preuves est jugée très faible [6]. En Afrique, la forte mortalité par cancer du foie est attribuée surtout aux hépatites virales, aux aflatoxines et à un accès limité aux soins [5].
Transmission et facteurs de risque
Le cancer du foie est la conséquence de maladies du foie et de facteurs de risque (virus, alcool, troubles métaboliques) [2]. Ce sont les virus des hépatites qui peuvent se transmettre : dans les zones de forte endémie, le virus de l'hépatite B se transmet surtout de la mère à l'enfant à la naissance [1].
Chez les nourrissons et les jeunes enfants infectés, l'infection devient chronique dans environ 95 % des cas ; l'hépatite B chronique expose à la cirrhose et au cancer du foie [1].
Épidémiologie
Monde. Selon les estimations GLOBOCAN 2020, 905 700 personnes ont reçu un diagnostic de cancer du foie et 830 200 en sont décédées dans le monde ; les taux standardisés les plus élevés étaient observés en Asie de l'Est, en Afrique du Nord et en Asie du Sud-Est [4]. Les taux d'incidence et de mortalité sont plus élevés chez l'homme que chez la femme dans toutes les régions [4].
Le cancer du foie figurait parmi les trois premières causes de décès par cancer dans 46 pays [4]. Le nombre de nouveaux cas pourrait augmenter de 55 % entre 2020 et 2040, pour atteindre environ 1,4 million en 2040 [4].
Afrique. L'Afrique supporte désormais les taux de mortalité standardisés les plus élevés pour la cirrhose et le cancer du foie, en raison surtout des hépatites virales, de l'exposition aux aflatoxines et du manque d'accès aux soins [5]. L'hépatite B est responsable d'environ 1,1 million de décès par an (chiffre de 2024), dus principalement à la cirrhose ou au CHC [1]. Dans une étude menée à Lagos (Nigéria), l'âge moyen des patients atteints de CHC lié à l'hépatite B était de 41,4 ans [7].
Signes cliniques
Dans les régions à ressources limitées, la plupart des personnes atteintes d'un cancer du foie consultent à un stade tardif [1]. Dans une série de 92 patients atteints de CHC lié à l'hépatite B à Lagos, 69,5 % avaient une ascite (liquide dans le ventre), 66,3 % avaient des nodules occupant plus de la moitié du foie et 67,4 % une encéphalopathie hépatique modérée (confusion liée à l'insuffisance du foie) [7].
Le cancer survient chez des personnes ayant déjà une maladie chronique du foie, d'où l'intérêt d'un suivi régulier avant l'apparition de signes [3].
Diagnostic
Diagnostic clinique
Le diagnostic ne repose pas sur les seuls signes cliniques : chez les personnes à risque, il s'appuie sur l'imagerie et, au besoin, sur l'examen d'un fragment de tumeur [3].
La décision de prise en charge tient compte du stade de la tumeur, de la fonction du foie et de l'état général du patient [2].
Examens biologiques
Surveillance. Chez les personnes à risque pouvant bénéficier d'un traitement, l'échographie du foie associée au dosage de l'alpha-fœtoprotéine (AFP) est proposée environ tous les 6 mois [3].
Imagerie. Chez les personnes atteintes de cirrhose ou d'hépatite B chronique, le diagnostic repose sur des critères d'imagerie non invasifs (classification LI-RADS), par scanner multiphasique ou IRM avec produit de contraste [3]. Pour un nodule de 2 cm ou plus, une prise de contraste précoce (phase artérielle) associée à un autre critère (lavage, capsule, croissance) suffit à poser le diagnostic [3].
Biopsie. Un examen anatomopathologique est indiqué pour un nodule chez une personne sans cirrhose ni hépatite B, ou lorsque l'imagerie est de type LR-M ; une seconde biopsie est recommandée si les résultats sont non concluants [3].
AFP. Un scanner ou une IRM avec contraste est conseillé si l'AFP est supérieure ou égale à 20 ng/ml ou en hausse ; l'AFP seule ne suffit pas à faire le diagnostic [3].
Diagnostic différentiel
Une image de type LR-M évoque un risque de tumeur mixte ou de tumeur maligne du foie autre que le CHC, ce qui impose une biopsie [3].
Chez une personne sans cirrhose ou sans hépatite B, tout nodule du foie doit être confirmé par l'examen anatomopathologique [3].
Évolution, complications et pronostic
Dans les régions à faible revenu, la plupart des personnes atteintes d'un cancer du foie décèdent dans les mois qui suivent le diagnostic ; dans les pays à revenu élevé, la chirurgie et la chimiothérapie, voire la greffe, peuvent prolonger la vie de plusieurs mois à plusieurs années [1].
Le pronostic dépend du stade de la tumeur, de la fonction du foie et de l'état général [2]. L'arrivée de l'immunothérapie a amélioré les perspectives des formes avancées [2]. Dans une série nigériane, la plupart des patients étaient vus à un stade tardif, avec un pronostic généralement mauvais [7].
Traitement
La prise en charge est décidée en réunion multidisciplinaire et adaptée au stade de la tumeur, à la fonction du foie et à l'état général du patient [2]. Les options comprennent la greffe de foie, la chirurgie, la destruction par voie percutanée, la radiothérapie, les traitements par voie artérielle et les traitements médicamenteux [2].
Selon le stade [3] :
- forme limitée, sans cirrhose : la chirurgie (résection) est le traitement de choix ; avec cirrhose, elle est envisagée si la tumeur est limitée et la cirrhose bien compensée [3] ;
- tumeur isolée de petite taille : l'ablation thermique (radiofréquence ou micro-ondes) est le traitement de choix pour une tumeur de 3 cm ou moins non opérable ou refusant la chirurgie [3] ;
- maladie du foie avancée avec hypertension portale ou décompensation : la greffe de foie est le traitement de choix chez les patients éligibles [3] ;
- stade intermédiaire : chimioembolisation par voie artérielle [3] ;
- forme avancée avec cirrhose bien compensée : l'atézolizumab associé au bévacizumab, ou le durvalumab associé au trémélimumab, sont les options de première intention préférées [3].
Le ramucirumab est indiqué en deuxième intention chez les patients dont l'AFP est supérieure ou égale à 400 ng/ml [3].
L'accès aux thérapies avancées est limité dans les régions à ressources restreintes, et la greffe de foie reste accessible à une minorité de patients dans le monde [5].
Médicaments de la base cités dans cette fiche
- Atézolizumab (Immunothérapie, associée au bévacizumab, en première intention des formes avancées)
- Bévacizumab (Associé à l'atézolizumab en première intention des formes avancées)
- Durvalumab (Immunothérapie, associée au trémélimumab, en première intention des formes avancées)
- Trémélimumab (Associé au durvalumab en première intention des formes avancées)
- Ramucirumab (Deuxième intention si l'AFP est supérieure ou égale à 400 ng/ml)
Prévention
Vaccination contre l'hépatite B. Le vaccin est sûr et efficace ; les nouveau-nés devraient le recevoir dès que possible après la naissance (dans les 24 heures), puis deux ou trois doses ensuite à au moins quatre semaines d'intervalle [1]. Il protège pendant au moins 20 ans, probablement toute la vie [1].
Traitement de l'hépatite B chronique. Les antiviraux oraux (ténofovir, entécavir) ralentissent la cirrhose et réduisent l'incidence du cancer du foie [1]. Chez l'adulte dont l'ADN du virus est de 20 000 UI/ml ou plus, le traitement est associé à un risque de CHC réduit (rapport de risques ajusté 0,39) ; il faut traiter 15 personnes pendant une durée médiane de 13,6 ans pour éviter un cas [8].
Dépistage et surveillance. L'OMS recommande le dépistage de l'hépatite B chez tous les adultes dans les zones de séroprévalence moyenne à élevée et chez toutes les femmes enceintes [1]. Les personnes à risque bénéficient d'une surveillance semestrielle par échographie et AFP [3].
Une partie des cancers du foie est évitable si la lutte contre leurs causes est priorisée [4].
Quand consulter en urgence
Consultez si vous avez une hépatite B ou C chronique, une cirrhose, ou si un proche a eu un cancer du foie, afin de mettre en place une surveillance régulière (échographie et AFP environ tous les 6 mois) [3].
Consultez aussi sans attendre si le ventre gonfle (ascite) ou si des troubles de la conscience apparaissent chez une personne dont le foie est malade : dans les séries africaines, ces signes accompagnent un stade déjà tardif [7].
Urgence : gonflement important du ventre (ascite) ou confusion, somnolence ou changement de comportement chez une personne atteinte d'une maladie du foie ; ces signes témoignent d'une atteinte avancée du foie [7].
Maladies associées
Sources et mise à jour
- OMS · Organisation mondiale de la Santé. Hépatite B (aide-mémoire). 2026. Chiffres de 2024.
- Revue à comité de lecture · Vogel A, Meyer T, Sapisochin G, Salem R, Saborowski A. Hepatocellular carcinoma. Lancet. 2022;400(10360):1345-1362. 2022.
- Référence professionnelle · Singal AG, Llovet JM, Yarchoan M, et al. AASLD Practice Guidance on prevention, diagnosis, and treatment of hepatocellular carcinoma. Hepatology. 2023;78(6):1922-1965. 2023.
- Revue à comité de lecture · Rumgay H, Arnold M, Ferlay J, et al. Global burden of primary liver cancer in 2020 and predictions to 2040. J Hepatol. 2022;77(6):1598-1606. 2022.
- Revue à comité de lecture · Devarbhavi H, Asrani SK, Arab JP, Pose E, Nartey YA, Kamath PS. Global Burden of Liver Disease: 2026 Update. Gastroenterology. 2026. 2026.
- Revue à comité de lecture · Goessens T, Bader Y, Vertriest F, et al. Systematic review and meta-analysis of adverse health effects associated with mycotoxin exposure. Environ Int. 2026;216:110540. 2026.
- Revue à comité de lecture · Nwude VN, Lesi OA, Onyekwere C, Charpentier E, Hübschen JM. Clinical Characteristics of Hepatitis B Virus-Associated Hepatocellular Carcinoma Patients in Southwest Nigeria. Pathogens. 2025;14(2):169. 2025.
- Revue à comité de lecture · Im YR, Chen SE, Jagdish R, et al. Efficacy of antiviral therapy in adults with chronic hepatitis B according to baseline hepatitis B virus DNA and alanine aminotransferase concentrations: a systematic review and meta-analysis. Lancet Gastroenterol Hepatol. 2026;11(5):397-416. 2026.
Fiche mise à jour le 13 octobre 2026. Prochaine révision au plus tard le 13 octobre 2028.